Macron : intimidation et répression n’arrêteront pas les révolutionnaires !

Il y a plus de 3 mois, nous avions annoncé que le mouvement de masse commencé par les “Gilets Jaunes” allait être une lutte prolongée. Premièrement, une lutte prolongée dans le mouvement lui-même, puisqu’il entamera demain son Acte XIX, mais aussi une lutte prolongée pour la construction d’un mouvement révolutionnaire sérieux, organisé et déterminé dans l’Etat français, ce qui est notre tâche principale aujourd’hui.

Intimidation et répression, les outils de l’Etat bourgeois pour attaquer

Après plusieurs mois de lutte, le gouvernement de Macron, un gouvernement de la bourgeoisie impérialiste, a pris de nombreuses mesures, en plusieurs vagues, pour enrayer le mouvement de masse et criminaliser les révolutionnaires.

Il y a eu sur ces 4 mois plus de 9 000 interpellations liées aux Gilets Jaunes, qui se sont soldées par plus de 1 800 condamnations ; des nombres en constante hausse semaine après semaine. Ces condamnés, ce sont des femmes et des hommes des masses, que l’Etat souhaite casser en deux. Plus de 13 000 tirs de LBD, 2 200 manifestants blessés selon les chiffres officiels, et 11 décès, dont 5 Gilets Jaunes. En déployant son arsenal de répression, l’Etat a quadrillé les villes, détruit les structures sur les ronds points de campagne avec sa gendarmerie, et gazé sans compter. Face à l’autodéfense, il a attaqué très fort, souhaitant constamment afficher sa “fermeté”, jusque dans la justice bourgeoise qui lui répond. C’est d’ailleurs cette “fermeté” qui l’a conduit à remplacer le préfet de police de Paris, Delpuech, après l’acte XVIII et l’incendie du Fouquet’s. Toucher aux symboles de la bourgeoisie, c’est trop pour le gouvernement, qui réagit au quart de tour. La synchronisation avec laquelle le gouvernement a annoncé le “succès” du flop qu’a été le “Grand Débat” et ses mesures répressives renouvelées, montre bien la parodie de démocratie que la bourgeoisie essaie de nous vendre.

Mais l’Etat n’a pas fait qu’utiliser les outils déjà à sa disposition, il en a aussi testé de nouveaux, et a repoussé les limites de ce qui était permis légalement jusqu’à présent. Avec la loi “anti-casseurs”, passée en grande pompe au Parlement et seulement partiellement censurée par le Conseil Constitutionnel, il autorise des mesures administratives préventives et une répression plus forte sans que des preuves soient nécessaires. A partir de ce samedi, il appliquera dans les jets d’eau un produit chimique, qui permettra de tracer les manifestants comme du bétail, et qui peut servir de preuve devant les tribunaux. Lorsque même l’ONU invective l’Etat français, sans conséquence bien sûr car l’ONU est dirigé par les impérialistes où la France est en bonne place, ses chiens de garde dans les médias aboient au loup et demandent des excuses internationales.

Le plus grand symbole de cette dynamique, c’est le recours inédit ce samedi de l’Etat aux militaires de l’Opération Sentinelle, qui seront postés, en armes, sur des points stratégiques à défendre. Le gouverneur militaire de Paris l’a dit sur les antennes : “Si leur vie ou celle des personnes qu’ils défendent est menacée”, les militaires pourront “aller jusqu’à l’ouverture du feu”. Un tel déploiement de militaires contre une lutte des masses, c’est un rappel des soldats de l’Opération Sentinelle “passés” à Beaumont-sur-Oise l’an dernier autour d’un événement de La Vérité pour Adama, et surtout des gestions militaires coloniales et anti-ouvrières du XXème siècle, comme le déploiement de l’armée contre la foule en Martinique en 1974, ou lors des grèves de 1948. La répression de l’Etat du mouvement de masse va de pair avec celle des quartiers, puisque son dispositif de “Reconquête Républicaine” et de “zones à risque” annoncé par Castaner, semble de plus en plus couvrir de larges pans de l’Etat français à mesure que les semaines passent et que la révolte gronde, comme à Grenoble après la mort d’Adam et de Fatih.

Face à la répression, les révolutionnaires ne s’arrêteront pas

Comme hier, l’aggravation continue de la crise du système impérialiste amène les partis bourgeois de droite ou de gauche à prendre des mesures réactionnaires creusant le lit du fascisme au niveau de l’Etat. Dans ce contexte des partis fascistes dont l’idéologie a ses racines dans le passé, se développent en adaptant leur discours à la nouvelle situation. Les formes modernes du fascisme se forment au cours d’un double processus : renforcement réactionnaire de l’appareil d’Etat à travers une lutte idéologique, politique, culturelle entre les partis bourgeois de droite et de gauche et le développement et la structuration du Parti fasciste (FN), la multiplication des groupes fascistes et néo-nazis, la mobilisation réactionnaire des masses.

-Textes de Base du Parti Communiste maoïste

La bourgeoisie impérialiste fait face à une crise : crise de son impérialisme face aux pays qu’elle opprime, crise de son pouvoir politique sur les masses populaires en lutte, et enfin crise de son impérialisme face aux autres impérialismes concurrents. Depuis plusieurs décennies, cette situation de crise générale de l’impérialisme s’intensifie, et conduit à une restructuration de l’appareil d’Etat pour y faire face : un grand mouvement par lequel la bourgeoisie garde les rennes du pouvoir politique et les maintient vers elle à tout prix. Cette dynamique est valable dans le monde entier, c’est une caractéristique de l’époque du capitalisme pourrissant dans laquelle nous vivons. Dans l’Etat français, les mesures que nous avons évoqué plus haut sont quelques exemples d’une accumulation quantitative de répression, qui n’est pas une fin pour l’Etat bourgeois, mais seulement un moyen qui fait les choux gras de la frange la plus réactionnaire de la bourgeoisie, qui pousse toujours plus loin.

La bourgeoisie croit pouvoir briser les masses en mouvement, en s’en prenant à celles et ceux qui sont à l’avant, qui vivent l’exploitation et l’oppression tous les jours, qui s’organisent pour lutter pour leur vie. C’est à ça que sert sa police, c’est à ça que la bourgeoisie est réduite derrière ses discours de “défense des droits et libertés”. Nous savons, grâce à l’expérience historique, que la classe bourgeoise au pouvoir ne recule devant rien pour se maintenir et pour attaquer celles et ceux qui relèvent la tête. Nous en tirons cette leçon : il faut rendre coup pour coup. Un ennemi qui ira jusqu’au bout, c’est le signe que nous non plus ne devons pas nous arrêter.

Face à la structuration et la construction d’un mouvement révolutionnaire, demandé par les masses dans l’Etat français qui en ont assez de l’impuissance, l’Etat bourgeois s’arme lui nécessairement d’un mouvement contre-révolutionnaire le plus féroce possible. Parfaitement conscients de cette réalité, nous devons développer l’autodéfense populaire, et permettre à nos frères et sœurs de classe et des masses populaires de lutter pour la conquête et la construction du Nouveau Pouvoir révolutionnaire ici et ailleurs. Cette révolution n’est possible qu’avec trois instruments : le Parti, la Force Combattante et le Front Uni. C’est notre méthode, notre tâche constante dans la lutte en cours et dans les luttes à venir. C’est de cette manière, et seulement de cette manière, que nous parviendrons à gagner.

Face à la répression, rendons coup pour coup !

Solidarité de classe avec celles et ceux que l’Etat bourgeois arrête, mutile et emprisonne !

Macron, en prison !

18 Mars 2019 : Liberté pour le Camarade Ajith !

Liberté pour Ajith! Soutenons la guerre populaire en Inde!

“La guerre populaire a maintenant été érigée en position de pôle révolutionnaire reconnu à l’échelle nationale, un pôle qui s’oppose totalement au pôle contre-révolutionnaire des classes dirigeantes et de l’impérialisme. Les classes dirigeantes, qui la considéraient jusqu’à récemment comme insignifiante, sont maintenant obligées de la reconnaître comme la plus grande menace interne à laquelle elles sont confrontées.”

– Parti Communiste d’Inde (ML) Naxalbari: “Message à la conférence internationale de soutien à la guerre populaire en Inde, Hambourg”

“L’arrestation du camarade Murali [Ajith] en particulier est l’une des plus grandes pertes subies par notre parti et le comité central.”

– Comité Central du parti Communiste d’Inde (maoïste): Déclaration du 16-05-2015

L’Inde n’est pas, comme les impérialistes aiment à le proclamer, la “plus grande démocratie du monde”, mais une prison des peuples aux proportions énormes. L’impérialisme américain, ainsi que certains impérialistes européens, règnent sur l’Inde par le biais du capitalisme bureaucratique et maintiennent également le féodalisme dans une grande mesure. Le fait que les impérialistes parlent de «démocratie» face au génocide perpétré quotidiennement en Inde, à la ruine d’innombrables paysans, au système de castes, au meurtre de femmes, au génocide des Adivasi et à bien d’autres exemples, montre clairement ce que les impérialistes veulent dire quand ils parlent de “démocratie“. Le pillage et l’oppression des masses indiennes sont alimentés par de nombreuses résistances, une multitude de luttes: mouvements paysans militants, luttes populaires contre les centrales nucléaires et la répression, luttes de libération nationale et grandes grèves ouvrières… elles le montrent bien aux forces progressistes et anti-impérialistes du monde entier. Cependant, pour décrire “la plus grande menace pour la sécurité intérieure de l’Inde”, le gouvernement indien a bien parlé de la guerre populaire, dirigée par le Parti Communiste d’Inde (maoïste). Le CPI (maoïste) mène avec la guerre populaire la révolution de Nouvelle Démocratie qui détruit l’ancien appareil d’État et libère de l’impérialisme et de la servitude.

Par le biais de l’opération “Green Hunt” et de la méthode de lutte contre les insurgés “Hearts and Minds”, qui veulent toutes les deux dire génocide, les classes dirigeantes tentent d’isoler le CPI (maoïste) et d’étouffer la Guerre Populaire dans le sang des masses. Aussi furieux qu’ils soient, ils n’y parviennent pas! Le CPI (maoïste) et les masses sont devenus de plus en plus liés, et la Guerre Populaire a des racines profondes dans les masses, qui se tiennent fermement aux côtés de la révolution de Nouvelle Démocratie. L’attachement profond du Parti aux masses et la détermination avec laquelle il dirige la révolution, la Guerre Populaire, constituent un exemple et un espoir remarquables pour les forces révolutionnaires du monde entier. Dans le contexte de la crise qui a débuté en 2008, les impérialistes ont de plus en plus promu la politique fasciste hindou qu’ils soutenaient afin de renforcer leur lutte contre les mouvements de masse et, surtout, contre la Guerre Populaire. Ces projets ont échoué, car le 1er mai 2014, le CPI (ML) Naxalbari, dont le porte-parole était le camarade Ajith, a rejoint le CPI (maoïste), qui a émergé en 2004 lors du 9e Congrès du Parti / Congrès de l’Unité, après la fusion de deux partis.

Cette fusion a été un grand pas en avant dans la lutte des ouvriers, des paysans et des masses opprimées pour un seul centre dirigeant de la révolution de Nouvelle Démocratie À cette étape historique, le camarade Ajith a joué un rôle de premier plan et est devenu membre du Comité Central du CPI (maoïste). Depuis près de quarante-cinq ans, le camarade Ajith, qui a rejoint le mouvement révolutionnaire en 1976, y a joué un rôle important à l’international et en Inde. Il a lutté sans relâche contre de nombreuses déviations anti-marxistes, il a dirigé la publication de nombreux documents et publications périodiques. Par son travail de traduction, il a également ouvert la possibilité aux forces révolutionnaires et anti-impérialistes du monde de mieux comprendre la révolution de Nouvelle Démocratie en Inde. En mai 2015, le gouvernement a pu emprisonner le camarade Ajith, mais cet emprisonnement a déclenché une vague internationale de solidarité avec le camarade Ajith et la Guerre Populaire en Inde. Son emprisonnement fait partie de la guerre contre-révolutionnaire contre les masses populaires en Inde, un coup furieux du fascisme hindou contre la révolution de Nouvelle Démocratie Ceux qui, à l’époque de l’emprisonnement, ont commencé à dire que l’unification du parti était un «échec», répandant le pessimisme contre-révolutionnaire et des critiques sans principes, se sont révélés des alliés de la réaction. Le camarade Ajith a montré par son exemple que ces forces n’avaient pas de base pour parler. Même dans les dures conditions de détention, le camarade Ajith n’a pas été brisé et a même trouvé des méthodes et des moyens de mener à bien un travail de traduction déjà commencé. La santé du camarade Ajith, qui avait subi une opération au cœur quelques années auparavant, s’est gravement détériorée dans les conditions d’emprisonnement fascistes. Aucune disposition ne prévoyait des soins adéquats, la torture et les conditions de détention les plus dures sont toujours utilisées. Le camarade Ajith doit être libéré sous caution dans un avenir proche. Mais cette méthode a été utilisée à plusieurs reprises par les classes dirigeantes indiennes contre les révolutionnaires emprisonnés: ils sont libérés à titre de concession à court terme aux mouvements de solidarité, avant d’être à nouveau arrêtés peu après. Cette approche montre que le travail de solidarité avec les prisonniers politiques, qui se déroule en Inde et également au niveau international, pourrait déjà développer une certaine force. Les classes dirigeantes tentent de confronter cette force avec leurs tactiques vicieuses. Leur action fait partie des tentatives de briser les prisonniers, de la guerre psychologique qui poursuit l’objectif de l’anéantissement final et du meurtre des révolutionnaires.

Ces sinistres projets doivent être condamnés avec détermination et toutes les forces démocratiques, révolutionnaires et anti-impérialistes du monde leur sont résolument opposées! Nous appelons à la forte et claire revendication du 18 mars, Journée internationale des prisonniers politiques, en faveur de la libération immédiate et inconditionnelle du camarade Ajith! Nous défendons le camarade Ajith, qui a mis toute sa vie au service du CPI (maoïste) et de la Guerre Populaire, de la révolution de Nouvelle Démocratie. On a raison de se révolter contre l’impérialisme et cela requiert une solidarité internationale et un soutien solide. Les organisations et les initiatives signataires s’attaqueront à cette cause commune en prenant des mesures au cours de la semaine du 18 mars, créant ainsi un puissant élan de propagation et d’élargissement de la solidarité avec la Guerre Populaire en Inde!

Liberté pour Ajith!
Liberté pour tous les prisonniers politiques en Inde!
Soutenons la Guerre Populaire en Inde!
Vive la solidarité internationale! Lal Salam!

Signataires :

Comité de soutien à la guerre populaire en Inde, Autriche

Comité galicien d’appui à la guerre populaire en Inde

Comité international de soutien à la guerre populaire en Inde

Partizan Europe

Parti Communiste maoïste (France)

Les communistes et la question de l’impôt

Les communistes et la question de l’impôt

La gauche est pour l’impôt et les taxes, la droite est contre. C’est une idée reçue très répandue, qui mériterait qu’on s’y arrête.

A droite, on refuse les taxes car elles empêcheraient le commerce et écraseraient les petits propriétaires, les patrons, les entrepreneurs. On parle de « charges », d’un poids qui serait injuste. Libéraux, fascistes et conservateurs critiquent tous au moins une partie de ces taxes – soit en défendant les grandes entreprises sensées créer de l’emploi, soit pour protéger les commerçants et artisans. L’idée principale, c’est que l’Etat devrait gérer l’ordre public pour que le commerce se passe bien, mais sans interférer dans l’économie. Bien sûr ce n’est pas du tout ce qui se passe dans la réalité. Les gouvernements successifs ont besoin de financements. Les « services publics » tels que la santé, les transports en commun, l’éducation et les aides au logement sont financés via les impôts et les taxes. Mais ces services sont nécessaires à la reproduction de la force de travail : pour faire tourner une économie moderne, il faut pouvoir former, loger, soigner et déplacer les prolétaires pour qu’ils accomplissent leur travail.

A gauche, on défend les prélèvements en expliquant que ces services publics sont la base d’une économie plus sociale. Il s’agit pourtant avant tout de mesures permettant le bon fonctionnement de la production. Les acquis sociaux obtenus suite aux luttes de la classe ouvrière tels que les congés payés et la sécurité sociale sont peu à peu supprimés. Les taxes sont utilisées pour bénéficier à la classe dominant l’Etat, et les transformations fiscales de ces dernières années le prouvent bien. Les libéraux peuvent bien prétendre que la France taxe trop les grandes fortunes, ça ne change rien au fait que la TVA est un impôt particulièrement injuste qui touche principalement les plus pauvres.

Deux lignes s’opposent alors. La gauche réformiste déclare que les taxes et les impôts doivent évoluer dans un sens plus social. Il s’agit donc de gérer le capitalisme d’une autre manière, de l’humaniser. Il serait possible de réduire les inégalités par des réformes successives.

Cette position est idéaliste. Entre le désert capitaliste et la révolution, il n’y a rien de concret : l’échec des gauches “radicales” européennes telles que le parti grec Syriza prouve que l’on ne peut pas négocier avec le capital. Les communistes reviennent aux fondamentaux, à une conception du monde et un point de vue de classe.

Et celui-ci est très net. Toute personne vivant dans un milieu prolétaire sait que les taxes sont très mal perçues. Elles rendent invivable une situation déjà difficile. Les amendes des radars automatiques s’ajoutent à la taxe d’habitation, les factures s’additionnent aux impôts pour transformer chaque fin de moins en calvaire. Il s’agit d’un rejet net aux raisons très légitimes. Nous savons bien que le paiement de l’impôt permet de diviser le prolétariat en « bon contribuable » à jour et en « parasite » ne le payant pas, pour mieux contrôler les classes dangereuses. Nous savons également que nous enrichissons toujours plus la classe dominante avec la TVA et les redevances. Nous savons aussi que les radars automatiques ne nous épargneront pas les heures de transport quotidien du domicile au taf. Si nous allons vite, que nous nous mettons en danger (et les autres avec), c’est à cause d’horaires indécents et d’une organisation de l’espace faite pour éloigner les prolétaires des centre-villes. Nous savons enfin que la nouvelle taxe qui a servi d’étincelles au mouvement des « gilets jaunes » n’aurait que très peu financé la transition écologique dont nous parle la bourgeoisie qui détruit notre planète depuis des siècles.

Voilà pourquoi en tant que communistes, nous devons marquer notre rupture sur tous les plans avec la « gauche » telle qu’elle existe dans notre Etat.  En méprisant les révoltes des masses populaires sans chercher à les comprendre, elle devient de plus en plus impuissante. Nous n’avons pas la même conception du monde ni les mêmes valeurs. Nous ne souhaitons pas gérer mieux le capitalisme que les libéraux au pouvoir, nous voulons l’abattre.

Le libéralisme omniprésent nous dépossède de la politique en ne nous laissant que des solutions individuelles déconnectées des enjeux de notre époque. On ne change pas la société en votant. On ne sauve pas la planète en triant ses déchets. Et on ne bâtit pas le socialisme en vantant les taxes. Nous ne voulons pas survivre, mais vivre. Et cela ne peut se faire qu’en venant à bout collectivement de cet Etat bourgeois.

8 mars 2019 : Pas de révolution sans libération ! Pas de révolution sans féminisme prolétarien !

Hier en Corse, une femme de 34 ans est morte, tuée par son ex-conjoint. Elle est depuis le 1er Janvier 2019 la trentième victime de féminicides dans l’Etat français. Fin janvier, ce nombre s’élevait déjà à 17. De son côté le mouvement de libération de la parole sur les violences sexuelles initié par MeToo a récemment prouvé que les milieux “progressistes” ou qui mettent en avant le “féminisme” ne sont pas épargnés par ces phénomènes.

Ceci nous montre bien une chose : ces violences physiques et sexuelles meurtrières et destructrices subies par les femmes ne relèvent en rien des faits divers : elles font partie du quotidien des femmes de la société capitaliste, et elles ne sont que la partie visible de l’exploitation structurelle du patriarcat.

Les femmes sont, dans notre société, assignées à un rôle précis, en plus de leur rôle assigné par leur classe : celui de reproduire la force de travail des hommes et la leur. En effet, les capitalistes n’ont jamais voulu avoir à payer la reproduction de la force de travail, c’est à dire toutes les tâches domestiques liées au foyer et aux enfants. Pourtant, ces tâches sont indispensables pour que la société tourne correctement. On voit facilement cette division du travail genré en regardant le pourcentage énorme des tâches domestiques reposant sur les épaules des femmes.

Mais la où il y a oppression, il y a résistance, et partout où le patriarcat est maintenu et renforcé par l’impérialisme, un mouvement des femmes s’organise. Nous pourrions parler des très larges mouvements pour le droit à l’avortement en Irlande ou en Argentine où des sénateurs réactionnaires ont refusé de voter la législation sur le droit à l’IVG, ou de l’Espagne où une gigantesque grève a été organisée le 8 Mars dernier mobilisant des centaines de milliers de femmes. Mais au-delà de ces revendications réformistes, le mouvement des femmes joue un rôle essentiel dans les mouvements révolutionnaires du monde entier.

Dans toutes les révolutions, nous voyons le rôle fondamental qui est occupé par les femmes. Lors de la Commune de Paris, en pleine Semaine Sanglante, c’est un bataillon de femmes entier qui tenait une des barricades les plus importantes de Paris, rue Château d’Eau. Ces 53 femmes révolutionnaires, comme beaucoup d’autres qui se battaient pour la Commune, ont été fusillées par les armées de la bourgeoisie.

Lors des Révolutions russes en 1917, chinoise en 1949, des luttes de libération nationale dans les colonies et semi-colonies, ou encore de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine en 1966, nous voyons bien la place centrale jouée par les femmes.

Ce n’est pas étonnant que les réactionnaires et les contre-révolutionnaires cherchent à faire taire celles qui affirment cette Histoire. Lorsque nos camarades d’Inde, des Philippines, de Turquie, du Pérou ou du Manipur se soulèvent contre l’oppression qu’elles subissent, s’arment contre l’État bourgeois et patriarcal, l’ennemi s’en sert pour dénigrer la révolution. Dans les médias bourgeois, on lit que les femmes maoïstes d’Inde servent par exemple à « distraire les forces de sécurité » (BBC, 2013). La bourgeoisie montre bien ce qu’elle pense des femmes avec ces exemples. Quand elles se soulèvent, elles ne peuvent pas pour eux être des combattantes communistes sincères mais simplement « utilisées ». Dans la libération par la révolution, les femmes brisent cette image patriarcale.

Ainsi il est donc crucial pour les communistes de poser la question du féminisme prolétarien, car elle est fondamentale pour analyser le rôle de l’oppression spécifique des femmes dans la société capitaliste à son stade impérialiste, pour œuvrer à la destruction du système patriarcal qui exploite et oppresse les femmes. Tant qu’il subsistera, il empêchera une société véritablement communiste de voir le jour et restera un foyer majeur de la contre révolution.

Pas de révolution sans libération

Beaucoup de conceptions révisionnistes et opportunistes de droite font aujourd’hui de la lutte contre le patriarcat et du féminisme prolétarien quelques chose d’accessoire, voire d’obsolète, et qui sous prétexte de « diviser la lutte » n’aurait pas besoin d’être mis en avant.

Une première de ces conceptions erronées est celle prétendant que les phénomènes patriarcaux aujourd’hui ne seraient que des survivances de la société féodale, que le capitalisme aurait contribué à renverser.

Cette erreur est typique du « matérialisme » mécaniste bourgeois voyant l’Histoire comme un progrès continuel et linéaire, confondant les réels progrès obtenus par les féministes bourgeoises avec des progrès permis par le capitalisme. En réalité, ces progrès ont certes été concédés par la bourgeoisie à l’issue de luttes réformistes, mais l’on observe aussi que lors des grandes crises du système capitaliste, et notamment dans les phénomènes de montée du fascisme, ces droits sont parmi les premiers à être remis en cause comme étant l’expression d’une « décadence de la société ». Ce fut le cas dans la dictature fasciste chilienne ou dans l’Espagne de Franco, et c’est le cas actuellement en Pologne où le gouvernement réactionnaire cherche à supprimer entièrement le droit à l’IVG.

C’est bien là la preuve que le patriarcat n’est pas un vestige de l’ancienne société féodale mais bien une part entière de l’époque de l’impérialisme, tant dans les pays dominés où il maintient les femmes dans un état d’oppression maximale en empêchant le développant économique, que dans les pays impérialistes.

Le capitalisme nécessite pour la reproduction de la force de travail des ouvrières et des ouvriers, l’existence d’une exploitation domestique. Lors des périodes d’accumulation primitive et de l’avènement final du capitalisme, on a en réalité vu la condition des femmes et leur liberté se dégrader considérablement, reléguant la femme à un travail reproductif toujours plus nécessaire et intense au fur et à mesure que l’accumulation capitaliste s’intensifiait. Le fait que les femmes soient, en plus de ce travail reproductif toujours plus intense, exploitées dans le cadre du travail productif comme prolétaire (où elles sont même exploitées davantage que les hommes) n’est en réalité pas contradictoire, ces deux formes d’exploitations étant essentielles au capitalisme et à la création de profit.

Les femmes prolétaires dans notre société sont doublement opprimées et exploitées, en tant que femmes et en tant que prolétaires, le capitalisme ne permet en rien de libérer les femmes et le patriarcat fait pleinement partie du système capitaliste et de sa superstructure.

Mais une autre conception erronée de la lutte pour la libération des femmes est fréquemment revendiquée par beaucoup de prétendus révolutionnaires. Bien que reconnaissant l’existence d’une domination sur la femme dans le cadre du capitalisme, ils pensent que le combat féministe et le mouvement des femmes ne sont pas une nécessité, sous prétexte qu’ils seraient interclassistes. Ils prétendent que la révolution prolétarienne provoquera mécaniquement la disparition du patriarcat et que la contradiction entre les femmes et les hommes, car elle est secondaire, se résoudra d’elle-même avec la résolution de celle entre la production sociale et la propriété privée.

C’est ici une conception typique du révisionnisme mécaniste qui suit le principe selon lequel « deux fusionnent en un »

En réalité, si on peut effectivement considérer la contradiction entre les hommes et les femmes comme une contradiction au sein du peuple, donc déterminée par la contradiction principale entre la production sociale et la propriété privée, la considérer comme insignifiante et la voir seulement comme un moyen opportuniste d’intégrer les femmes au mouvement révolutionnaire, c’est oublier trois choses cruciale que nous apprend le matérialisme dialectique et le Marxisme-Léninisme-Maoïsme :

  • Premièrement qu’une contradiction au sein du peuple peut revêtir un aspect principal dans le cadre des luttes qui la concernent spécifiquement ou principalement, c’est le cas par exemple pour les luttes contre les violences faites aux femmes et contre les violences et abus sexuels.
  • Deuxièmement dans l’application de la ligne de masse, une contradiction bien que « secondaire » n’en revêt souvent pas moins un aspect crucial, c’est le cas par exemple des grèves du personnels hôtelier ayant été impitoyablement réprimées l’année dernière. Dans ce cas-là, bien qu’il s’agisse d’une grève contre une entreprise capitaliste, négliger ou ignorer le rôle que joue l’oppression patriarcale auprès d’un milieu ouvrier composé en très grande majorité de femmes, confrontées quotidiennement a cette oppression spécifique et surexploitées en tant que femmes, aboutirait à une analyse superficielle et une mauvaise application de la ligne de masse.
  • Enfin et surtout, c’est ne pas ignorer le rôle de la superstructure dans le développement de la contre-révolution. Depuis la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne nous savons que celle-ci ne s’efface pas automatiquement quand le pouvoir capitaliste est renversé et qu’elle contribue à maintenir et à alimenter le camp de la réaction. Dans le cadre de la construction du socialisme où continue la lutte de classe, des Révolution Culturelles sont nécessaires pour mettre à bas la contre révolution. Penser, comme les révisionnistes, que les contradictions entre femmes et les hommes vont se résoudre par la simple accumulation de réformes est une erreur fondamentale. Le patriarcat, l’exploitation reproductive des femmes et l’idéologie réactionnaire de la famille continueront d’exister après la révolution, et ne pas les combattre frontalement reviendra à mettre en péril la révolution.

Tout cela vaut aussi pour les autres contradictions au sein du peuple, comme l’oppression raciste.

Ainsi, contrairement à ce qu’affirment ces conceptions révisionnistes, il est essentiel de construire, au sein du mouvement révolutionnaire mené par le Parti Communiste, un front prolétarien des femmes, avec comme ligne centrale le féminisme prolétarien. Tout cela afin d’affronter frontalement ces problématiques féministes et sauvegarder la révolution en menant la lutte, au sein du mouvement révolutionnaire et des masses, contre le patriarcat et ses défenseurs réactionnaires. Car bien que les hommes des masses populaires aient intérêt à la révolution et à sa sauvegarde sur le long terme, ils ne peuvent diriger ce mouvement des femmes, car ils ont aussi un intérêt à court terme à leur exploitation et donc une tendance à vouloir conserver ces pratiques réactionnaires. La constitution d’un front Féminin féministe prolétarien et non-mixte n’est pas seulement nécessaire à l’intégration de femmes à la révolution, mais aussi à la défense et au maintien de celle-ci.

Pas de libération sans révolution

Le rôle historique de notre classe dans le domaine du mouvement des femmes, c’est de développer le féminisme prolétarien. Cette vérité n’a jamais été plus claire, plus de cent ans après la mise en place du 8 mars. Comme nous l’avons dit, nous n’aurons pas de révolution sans libération ! Mais nous n’aurons non plus pas de libération sans révolution ! Nous devons placer à l’avant de nos préoccupations le développement d’une théorie et pratique claire sur ce qu’est le féminisme prolétarien aujourd’hui, et son rôle dans notre révolution.

Nous vivons aujourd’hui dans une société de classe. Toutes les questions qui se posent dans la société de classe contiennent un point de vue de classe qui leur est propre. Nous reconnaissons donc que la lutte de libération des femmes dans la révolution ne peut aller jusqu’au bout que si elle est dirigée par les femmes prolétaires. Nous, les femmes prolétaires, composons une grande partie du prolétariat et de la classe ouvrière, et notre rôle dans la classe est donc moteur. Notre libération doit nécessairement partir du rôle social des femmes dans la société, qui est l’aspect principal du patriarcat à notre époque. Briser cet aspect principal, transformer le rôle social des femmes par la révolution, et mettre à bas tout ce qui maintient l’oppression patriarcale, c’est ça le processus de libération des femmes prolétaires par le féminisme prolétarien.

Cette position est une ligne de démarcation claire avec d’autres lignes de classe sur le féminisme. Le féminisme bourgeois historique est lui toujours axé sur la reconnaissance légale des droits des femmes, comme si l’État bourgeois dans une société patriarcale pouvait assurer une égalité femme-homme. Officiellement, un nombre important de pratiques patriarcales, comme les violences sexistes et sexuelles, sont illégales. Pourtant, elles continuent d’exister sous les formes les plus féroces et barbares, répandues dans toute la société. La police, chien de garde de l’État, refuse de traiter ces cas. Où est l’égalité là-dedans ? Nous n’en voyons aucune. D’un autre côté, les courants féministes universitaires et petits bourgeois, issus des luttes des années 60 et 70, cherchent à régler le problème tout en ignorant sa racine. On substitue à la révolution sociale, seule solution radicale, l’évolution culturelle, ou le changement individuel. Dans certains cas, ces pratiques sont théorisées, sous la forme de la déconstruction par exemple, pour garantir un milieu qui serait soi-disant sûr, comme un îlot sans patriarcat au milieu d’une société qui l’est toujours. Ces positions ne sont que des pratiques excluantes, qui relèguent au second plan le changement du monde pour lui préférer un supposé changement de soi, qui ne sera en réalité jamais accompli dans la société patriarcale.

Ce féminisme culturel domine le féminisme occidental et a ainsi influencé la pensée féministe dans les pays du tiers monde. Il s’allie ainsi facilement avec la tendance post-moderniste et a dévié toute l’orientation du mouvement des femmes d’une lutte pour changer les conditions matérielles de la vie des femmes vers une analyse des « représentations » et des symboles. Elles se sont opposées à l’idée que les femmes deviennent une force militante parce qu’elles mettent l’accent sur la nature non violente des femmes. Elles ne tiennent pas compte du rôle que les femmes ont joué dans les guerres contre la tyrannie à travers l’histoire. Les femmes ont eu et doivent continuer à jouer un rôle actif dans les guerres justes destinées à mettre fin à l’oppression et l’exploitation. Ainsi, elles seront des participantes actives dans la lutte pour le changement.

-Anuradha Ghandy, Dirigeante du Parti Communiste d’Inde (maoïste), Les courants philosophiques dans le mouvement féministe, 2006

L’ensemble de ces courants féministes ignore également dans son ensemble la question des femmes dans les pays dominés par l’impérialisme (colonies, semi-colonies) ainsi que la position des femmes prolétaires immigrées dans l’État français. Ces courants, le plus souvent depuis les pays impérialistes d’Europe et d’Amérique, négligent, méprisent ou refusent d’analyser les grands mouvements de femmes dans les colonies et les semi-colonies, comme dans les guerres populaires. La force du mouvement des femmes dans les zones rouges en Inde, ou leur place centrale dans le développement rapide des guerres populaires aux Philippines à partir de 1968, en Turquie, au Pérou à partir de 1980, ou au Népal à partir de 1996, ne sont jamais abordées. L’utilisation par les femmes maoïstes de grands mouvements de masse est ignorée. Ils sont pourtant de première importance, grâce à leur capacité à mobiliser les femmes des masses populaires contre les pratiques patriarcales féodales pour commencer à briser avec succès leurs chaînes par la révolution. Si l’on prend un exemple, on peut penser en Inde aux femmes adivasis (tribales). Grâce à un mouvement de masse réussi, elles ont pris la décision dans certaines zones rouges rurales d’interdire la production et la consommation d’alcool aux hommes (et donc à tout le monde, puisque la société patriarcale ne les autorisait pas à en consommer), car l’alcool augmentait le nombre de violences et renforçait le pouvoir des hommes.

Il est primordial de synthétiser toutes les expériences du mouvement des femmes des masses populaires, toutes les pratiques justes et dont on peut tirer un enseignement universel, pour avoir à notre disposition les armes de notre libération. C’est le point de vue essentiel du féminisme prolétarien. Notre objectif est la destruction du patriarcat par la révolution, alors toutes les théories qui nous désarment ou nous détournent de cet objectif sont des parasites pour notre libération. Nous voyons le développement dans tous les pays du mouvement des femmes, en parallèle au développement du mouvement communiste international. Dans l’État français, un État impérialiste et colonial qui opprime les femmes bien au-delà de la population métropolitaine, il est de la première importance de développer le féminisme prolétarien. Des organisations révolutionnaires adoptant le féminisme prolétarien comme point de vue de classe dans le mouvement des femmes sont plus que jamais nécessaires. Tous nos efforts vont au développement de telles organisations, et au renforcement indispensable du féminisme prolétarien dans notre Parti.

Vive le 8 Mars !

Pas de révolution sans libération !

Pas de libération sans révolution !

Développons le féminisme prolétarien dans l’Etat français et le monde entier !