Immeubles effondrés à Marseille : ce n’est pas un accident , c’est un crime !

Lundi 5 novembre, 2 immeubles se sont effondrés à Marseille, dans le quartier de Noailles, un quartier populaire du centre ville, à cause de leur vétusté. Un troisième immeuble mitoyen, lui aussi habité, a été dans la foulée détruit par précaution tant la situation était précaire. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan définitif fait état de 8 morts, dont 5 étaient habitants sur place.

Immédiatement les pouvoirs publics ont tenté d’apaiser la situation en déclarant que ces immeubles n’étaient pas habités, ou que les gens à l’intérieur seraient des « squatteurs » ayant illégalement pénétré sur les lieux, soit disant déserts et murés à cause de leur insalubrité. Bien entendu ces déclarations étaient des mensonges, car au moins un de ces immeubles était habité « légalement ».

La mairie de Marseille a honteusement dénoncé la pluie qui est tombée ces derniers jours comme responsable du sinistre. Marseille est une des villes ou les précipitations moyennes sont les plus basses de l’État français, cet argument est donc une insulte lancée aux faces des familles des victimes et de celles et ceux qui subissent de plein fouet la crise du logement.

Le porte parole de l’association des habitants du quartier a déclaré :

“La situation des deux immeubles effondrés était connue de tout le monde. A la mairie, ils sont au pouvoir depuis 25 ans et ils laissent pourrir des immeubles sur pied, ils ne s’intéressent pas à la population de Noailles et ne veulent pas de logement social dans le centre”.

Un habitant du quartier ajoute :

“Les immeubles étaient délabrés, fissurés, ça se voyait que c’était du rafistolage. Ça a été évacué à un moment donné, puis les pauvres malheureux qui y habitaient sont revenus. Vous savez, c’est un quartier pauvre avec des marchands de sommeil…”

Les habitants du quartiers soulèvent ce problème de manière juste et désignent les principaux responsable de ce drame : les marchands de sommeil et leurs alliés des pouvoirs publics !
Cette situation n’est pas rare à Marseille. Déjà en 2015, une étude a mis en avant que 40 000 logements étaient indignes, insalubres et menaçaient la sécurité et la santé de 100 000 habitants. Le quartier de la Belle de Mai, également dans le centre ville, est considéré comme le troisième le plus pauvre d’Europe, et 55% de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Dans ces quartiers de Marseille, la mairie laisse pourrir les classes populaires. Les écoles, les maisons de quartiers, les crèches, tout ce qui ne rapporte pas ferme.La bourgeoisie veut gentrifier ces quartiers et exclure le prolétariat .

Les prix des terrains dans le centre des grandes villes ont atteint des prix faramineux, c’est pourquoi depuis Haussmann, les quartiers populaires ont été démolis pour faire place aux appartements somptueux, aux bureaux, aux banques et commerces. Les prolétaires sont chassés vers les cités des banlieues. Paris et sa région sont l’exemple le plus accompli de cette dynamique en France. Les banlieues ouvrières et prolétaires forment depuis des décennies une ceinture de fer autour du centre ville bourgeois. A Marseille comme ailleurs, les propriétaires des vieux immeubles ne les réparent pas et les vendent aux promoteurs qui les font partir à la découpe ou les louent à des prix élevés. Parfois des incendies criminels accélèrent la juteuse « rénovation ». Les prix des ventes et des loyers s’envolent.

Les plus démunis ne peuvent plus se loger que dans des taudis insalubres, vétustes, loués à prix d’or par les marchands de sommeil. Les plus pauvres, les SDF, ne peuvent même pas louer un logement quand ils travaillent car il faut 3 fois le salaire ou des garanties énormes dans les grandes villes.
Tout aboutit au mal logement et à la catastrophe sociale. L’effondrement d’immeubles insalubres habités n’est pas un accident isolé dans les pays impérialistes, c’est un meurtre de classe. Nous avions malheureusement déjà évoqué l’an dernier ce sujet dans un article sur les incendies du capitalisme à Grenfell, en Angleterre, et à Pedrógão Grande, au Portugal.

Photo d’un immeuble habité rapportée par une habitante de Saint-Denis (93) après l’effondrement des immeubles de Marseille

Friedrich Engels écrivait déjà en 1872 dans La Question du Logement :

«  Ce qui est certain, c’est qu’il y a dans les grandes villes déjà suffisamment d’immeubles à usage d’habitation pour remédier sans délai par leur emploi rationnel à toute véritable « crise du logement ». Ceci ne peut naturellement se faire que par l’expropriation des propriétaires actuels, par l’occupation de leurs immeubles par des travailleurs sans abri ou immodérément entassés dans leurs logis ; et dès que le prolétariat aura conquis le pouvoir politique, cette mesure exigée par le bien public sera aussi facile à réaliser que le sont aujourd’hui les expropriations et réquisitions de logements par l’État.  »

En matière de logement, comme dans chaque domaine, la bourgeoisie a pour politique le profit:
sur le logement, elle se sert 4 fois!
1. La plus-value prise sur le travail des travailleurs des carrières, fabriques de ciment, plâtre, verre, profilés d’aluminium, fer à béton, etc. ;
2. La plus-value prise sur le travail des ouvriers du bâtiment qui travaillent dans des conditions dégueulasses ;
3. La spéculation foncière, (vente de terrain et revente de locaux, appartements, etc.) et la rente foncière (location, fermage) ;
4. Le prêt bancaire pour l’achat des logements.

Le terrain est d’abord la terre à l’état brut : terres agricoles, prairies naturelles, forêts, montagnes, etc. En général, les municipalités, la région ou l’Etat rachètent à prix bas ces terrains dont les propriétaires ne connaissent pas la destination et donc la valeur future. Ils se chargent de les viabiliser (eau, électricité, égouts, routes, transports collectifs…) en faisant appel aux entreprises qui seront payées par les impôts. Leur prix bondit après viabilisation. Seulement, ils sont revendus au prix initial à des promoteurs immobiliers qui n’ont pris aucun risque mais encaisseront les profits lors de la revente: C’est la spéculation sur les terrains.

Le terrain viabilisé fait l’objet de spéculation foncière, qu’il s’agisse de terre agricole qui Dans ce régime, la viabilisation d’un terrain sert d’abord la spéculation foncière.
Les agents immobiliers et les promoteurs sont sur les rangs. Les deux font monter le prix du terrain et encaissent au passage une commission. En plus, ils prennent leurs bénéfices sur la vente des appartements et locaux construits ou récoltent la rente foncière sous forme de loyer pendant que les banques accordent des crédits qui vont faire doubler le prix d’achat de l’appartement en 20 ans. C’est le premier cycle de la spéculation foncière.

Pour maintenir le taux de profit, la bourgeoisie doit entretenir une certaine rareté dans la construction de logements ou la remise en état de logements anciens, sinon le cycle est fermé, la spéculation ne peut s’amplifier faute d’acheteurs ou de locataires demandeurs en attente. C’est pourquoi la bourgeoisie limite au minimum la construction de logements sociaux ou l’entretien des immeubles. La concurrence n’est ici qu’une façade: les gros promoteurs immobiliers tombent toujours d’accord sur notre dos!

Toutes les municipalités, quelle que soit leur couleur, sont prises dans l’engrenage de la spéculation et ne peuvent pas régler le problème du logement. Elles sont obligées de faire le choix du capitalisme. A l’échelon supérieur, l’État français avance lui aussi dans la même direction. Depuis la Loi ELAN adoptée le mois dernier, il vise un « choc de l’offre » (comprendre une attractivité renouvelée des logements pour les propriétaires et les riches municipalités) avec l’ouverture de baux précaires et la réduction des demandes sur les parcs de logements sociaux entre autres. Les villes riches, comme Neuilly par exemple, n’appliquaient déjà pas ces directives, préférant les amendes au coût social d’avoir des pauvres dans leurs centre villes et leurs banlieues chics. Des mesures répressives sont prévues contre les squatteurs et les mal logés, ce qui va rendre encore plus impossible le relogement pour les prolétaires dans les situations les plus précaires, comme les prolétaires immigrés.

En tant que communistes de l’État français, nous appliquons les deux leçons suivantes, que nous avions déjà soulignées il y a un an :

Tout d’abord, que les révolutionnaires ont un rôle à jouer dans les catastrophes que subissent les masses populaires, comme dans l’effondrement de ces immeubles à Marseille. Ces immeubles, nous y habitons, ces rues, ces quartiers, ces villes entières délabrées, laissées à l’abandon et rejetées par l’ordre bourgeois jusqu’à la rupture et le désastre, ce sont nos rues, nos quartiers et nos villes. Auprès des masses, nous devons aider les victimes des calamités, et nous atteler à démasquer les marchands de sommeil et les gentrificateurs. Nous devons chercher en tout lieu et à tout instant à développer la solidarité populaire, et à prévenir de telles catastrophes. Les luttes dont nous sommes témoins dans le monde, comme celles au quartier de Boyle Heights à Los Angeles, nous inspirent sur les méthodes d’organisation qu’adoptent les masses pour s’opposer au destin que la bourgeoisie leur a concocté à travers la gentrification et le mal-logement.

Deuxièmement, que la seule manière de combattre efficacement la situation actuelle des catastrophes du capitalisme en général, et du logement en particulier, c’est la solution de la révolution et la construction du socialisme comme moyens de protéger les masses. Notre stratégie révolutionnaire, la guerre populaire prolongée, nous apprend qu’il est primordial pour les masses de construire leur nouveau pouvoir en opposition à l’ancien pouvoir de la bourgeoisie.
Dans le cas du logement, nous avons montré comment tous les acteurs bourgeois, du propriétaire individuel en passant par la mairie et enfin l’État, assuraient par leur pouvoir qu’un système de logement meurtrier et dangereux pour les masses se perpétue. Cette situation est la preuve de la faillite du réformisme, et qu’il ne faut pas attendre un « gentil proprio », une municipalité « de gauche » ou un État bourgeois « providence », pour que la situation change.

C’est seulement par le développement de ce nouveau pouvoir, organisé par les masses elles-mêmes dans le cadre de la révolution socialiste, la guerre populaire, que les structures (comités d’immeubles, organisations de quartier, assemblées du logement) qui créeront les conditions nécessaires pour éradiquer définitivement les problèmes du logement sous le capitalisme pourront émerger et nous permettre de reprendre nos affaires en main.

A propos du référendum du 4 Novembre en Kanaky

Demain, dimanche 4 Novembre 2018, l’État français organise sur le territoire de la Kanaky (appelée Nouvelle-Calédonie par l’État colon) un référendum à propos de l’indépendance de la nation kanak. Abordée dans la presse comme une question périphérique, comme tout ce qui touche en général aux colonies de l’État français, cette votation est pourtant l’occasion de pointer du doigt la nature de cet État et les intérêts qu’il défend dans les territoires qu’il continue à occuper.

En effet, l’État français souhaite évidemment conserver la Kanaky dans son giron, car elle est un point d’importance.

Important pour la bourgeoisie monopoliste de ce pays, puisque cet ensemble d’îles et d’archipels au large du Pacifique et de la Mer de Corail couvre à lui seul environ 15 % des zones économiques exclusives (ZEE) françaises au large de ses nombreuses côtes. C’est l’apport des colonies, d’abord de la dite Polynésie française et de la dite Nouvelle-Calédonie, qui font de la France la deuxième plus grande ZEE mondiale. Les eaux concernées en Kanaky sont à des profondeurs océaniques, poissonneuses et potentiellement riches en minerais et bassins sédimentaires. La supervision et l’extraction est déjà prévue depuis plusieurs années par des programmes de repérage du gouvernement. Les ZEE sont un pilier de l’économie maritime. Elles étaient un argument phare et souvent abordé dans les interventions de Jean-Luc Mélenchon lors des élections de 2017 par exemple. Comme le reste des politiciens et des bourgeois de métropole, sa position sur le référendum est issue de sa place de choix dans l’État colon. Si, contrairement à une grande partie de la droite et du gouvernement qui veulent explicitement la victoire du « non », Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas prononcé, il admet pencher du côté du « rester ensemble » comme il l’a dit le 30 septembre sur France 3 (https://la1ere.francetvinfo.fr/jean-luc-melenchon-refuse-se-prononcer-referendum-independance-nouvelle-caledonie-633058.html). En plus de ces richesses marines, entre 20 et 40 % des réserves mondiales de nickel sont réparties sur le territoire de la Kanaky et l’État français tente de garder l’emprise par tous les moyens sur cette ressource stratégique. Même en cas d’indépendance formelle, l’impérialisme français conserverait la mainmise sur ces ressources comme il l’a fait pour ses ex-colonies africaines.

Alors « rester ensemble » ? Sous cette formule bien creuse, la réalité est très différente d’un simple choix qui se résumerait à « ensemble ou séparés ».

La Kanaky n’est pas une partie intégrante de l’État français, elle est une colonie depuis maintenant deux siècles. Successivement et conjointement colonie pénitentiaire où sont déportés les opposants et révoltés indigènes, colonie d’extraction minière, colonie de plantation et colonie de peuplement, la Kanaky n’a jamais été, depuis la proclamation de la domination française en 1853, libre et indépendante.

Face à cette situation, il est naturel que la résistance devienne le mot d’ordre. Le Front Indépendantiste puis le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS), son successeur, développent, dans les années 1980, des positions justes et visent la libération nationale pour la Kanaky. Ils pratiquent le boycott actif des scrutins et représentations « démocratiques » organisées par le colonisateur. En 1984, le leader Machoro défonce une urne à coup de hache. C’est le début des actions offensives du FLNKS. Ils organisent des prises d’otages et des attaques ciblées sur les ennemis du peuple kanak, en particulier les agents du colonisateur français sur place. Sur l’île d’Ouvéa en 1988, le FLNKS attaque une gendarmerie et organise son occupation et la séquestration des gendarmes. Cela intervient entre les deux tours de l’élection présidentielle française, pour protester contre le nouveau statut du territoire, les exactions et manipulations juridiques françaises ainsi que la votation fantoche organisée un an plus tôt. L’assaut des forces de l’État colon sur les commandos fait 19 morts, une grande partie d’entre eux étant décédés dans des circonstances suspectes. L’État étouffe l’affaire, ment et se blanchit d’avoir pratiqué des exécutions sommaires après les combats.

Avec des exemples tels que celui-ci, il est facile de comprendre pourquoi la lutte du peuple kanak est importante. Alors pour quelle raison ce référendum est-il ignoré et peu médiatisé hors de Kanaky ? Comment expliquer que les organisations indépendantistes kanaks les plus déterminées ait appelé à la « non-participation » au scrutin ?

C’est que la présence française en Kanaky ne se manifeste pas que par l’administration coloniale. Au contraire, l’afflux de métropolitains est tel que les kanaks représentent désormais seulement 40 % de la population des îles de la Kanaky. Malgré leur majorité relative, les Kanaks vivent face à face avec les colons, qu’ils soient Caldoches (européens installés depuis les débuts de la colonisation en Kanaky) ou Métropolitains, arrivés avec le boom du nickel dés les années 1960 et l’attrait économique renouvelé des îles. La composition de classe de l’économie du territoire ne trompe pas, et on retrouve aux postes clefs des entreprises exploitantes de l’archipel une majorité écrasante venue de la minorité européenne. L’Etat français n’a eu de cesse depuis les « accords » signés à Matignon à la suite du massacre d’Ouvéa en 1988 entre le FLNKS et le gouvernement de François Mitterrand, de repousser l’échéance de la consultation, initialement prévue en 1998. Le gouvernement Jospin le repoussera a 2014, pour ne la voir finalement organisée qu’en 2018, laissant le temps à l’État colonial français de renforcer son emprise coloniale et économique sur la région. La Kanaky est aujourd’hui, comme l’était l’Algérie en 1954, une colonie de peuplement, où 73000 colons français écrasent démographiquement les kanaks dans les centres urbains du pays. Les kanaks eux, sont repoussés dans les périphéries ou dans des bidonvilles autour de Nouméa. Le rapport de domination économique et géographique entre colons et colonisés n’a fait que se renforcer d’années en années, en dépit des illusions d’ « autonomie » promises par l’État français.

Les conditions de vote au référendum, si elles excluent les nouveaux arrivants, donnent une voix favorable au vote en bloc des français présents pour le maintien de la Kanaky dans l’État français. De cette manière, les conditions démographiques spécifiques de l’archipel déterminent déjà à l’avance le résultat.  Et bien avant elles, ce sont les aspects socio-économiques de la Kanaky qui priment. Les nombreuses dénonciations d’un « simulacre » ou d’une « escroquerie » sont donc bien fondées.

Nous avons dit jusqu’ici pourquoi la situation en Kanaky, l’une des dernières colonies majeures de l’État français, était importante pour eux, pour la bourgeoisie monopoliste impérialiste française, pour ses agents sur le terrain, qu’ils soient bourgeois, petits bourgeois venus profiter des îles ou forces de répression. Mais pourquoi est-elle importante pour nous, communistes de l’État français ?

En tant que marxistes-léninistes-maoïstes, nous affirmons le droit inconditionnel des peuples à disposer d’eux-mêmes, et nous reconnaissons que les luttes de libération nationale à l’époque de l’impérialisme sont liées indéniablement aux luttes pour la révolution prolétarienne mondiale. La politique coloniale pratiquée en Kanaky par l’État français bafoue tous les droits des masses populaires et la résistance revendiquée par le peuple kanak est par conséquent justifiée et légitime !

Le référendum de ce dimanche n’est qu’une poudre aux yeux jetée à l’opinion nationale et internationale. Il doit provoquer en nous l’effet contraire.

Il doit nous rappeler que nous vivons et luttons contre un État toujours colonial, toujours impérialiste, qui opprime tant dans la métropole que dans ses colonies directes et ses semi-colonies.

Les martyrs d’Ouvéa nous rappellent que sous une façade démocratique, l’impérialisme est toujours prêt à massacrer ses opposants quand il se sent menacé.

La catastrophe ne peut plus être niée : seule la révolution sociale peut empêcher le désastre

Tout le monde s’accorde à le dire : la situation environnementale est alarmante. Il ne s’agit plus d’une lubie de radicaux ou d’un obscur concept scientifique. Médias, politiciens et dirigeants d’entreprises capitalistes n’essaient plus de nier la catastrophe en court. Mais ils ne peuvent pas non plus la traiter frontalement. Ils la minimisent donc, en prétendant faire leur part, en publiant des « appels » relayés sur les principaux médias et listant un ensemble de mesures qui bien sûr ne sont jamais appliquées. Quant aux responsables, qui sont-ils ? Certains commencent à pointer du doigt les décideurs politiques, à la suite des grandes entreprises – dont 100 sont responsables de plus de 70% des émissions mondiales de carbone selon le Carbon Majors Report 2017. Mais la classe dirigeante individualise le problème, prétendant à longueur de temps qu’il s’agit d’un simple choix individuel, de consommation. Mangez bio, économisez l’eau de votre douche, triez vos déchets, consommez « éthique », et ne vous plaignez pas, en somme, quand les catastrophes arrivent. Fermez les yeux sur la destruction systématique de l’environnement liée à la production de déchets toxiques, à la pêche intensive, à l’anéantissement des forêts, à la pollution des sols, des airs et des eaux par le glyphosate, les particules fines, le plastique et tant d’autres choses…

La transformation du climat terrestre directement due à l’activité humaine impose des mesures radicales dans les deux prochaines années, selon le cinquième rapport des experts du GIEC demandé lors de la COP21. Pourtant, les projets les plus ambitieux des gouvernements visant à réduire l’étendue de la catastrophe s’étalent sur cinquante ans, et additionnent des mesures minimales, avec très peu de contraintes pour les entreprises. Comment considérer autrement que comme des criminels ou des déments, des personnes tenant les rênes du pouvoir, et préférant voir la Terre ravagée plutôt que de froisser des entreprises en touchant à la sacro-sainte croissance ?

Nous sommes arrivés à une époque où il devient plus facile d’imaginer la fin de la vie sur Terre telle que nous la connaissons, que d’imaginer la fin du mode de production capitaliste. Les défis qui nous attendent sont donc tout à fait nouveaux par rapport aux mouvements politiques des deux derniers siècles. Il ne s’agit plus seulement de renverser un système économique injuste ne profitant qu’à une minorité. Il s’agit de préserver le patrimoine commun de toute l’humanité. D’offrir aux générations futures, mais également à la vie naturelle telle qu’elle existe sur notre planète, un avenir. Il est désormais trop tard pour empêcher que des dégâts terribles soient infligés à l’environnement. Des espèces disparaissent par dizaines, le dérèglement du climat produit des catastrophes de plus en plus meurtrières, des mers s’assèchent. Mais nous pouvons encore éviter le pire.

Cela ne se fera pas sans sacrifice. Disons-le tout net : cela ne se fera pas sous le capitalisme. Le marché n’est pas la solution, mais la cause du désastre. Les économistes récompensés par le “Prix Nobel” d’économie 2018, William Nordhaus et Paul Romer, théorisent un « développement durable » permis par les avancées technologiques ou déterminent le coût économique de la production de carbone. En résumé, les meilleurs penseurs libéraux en sont réduits à se mettre la tête dans le sable, tentant de concilier deux impératifs opposés : un marché mondial en pleine croissance, ou la préservation de la vie sur Terre.

A quoi s’attendre dans les prochaines années ? Le dérèglement climatique lié à la réduction des espaces vivables aura des conséquences touchant directement la grande majorité de l’humanité. En termes de classe, c’est toujours le prolétariat qui subira au niveau mondial les guerres de repartage impérialistes, les déplacements forcés dus à ces conflits et aux changements climatiques, les catastrophes naturelles, la pollution, etc. La bourgeoisie pourra encore ignorer le déluge un temps avant de sombrer elle aussi, mais elle aura entraîné le monde entier dans sa chute. A court terme, destruction de nos droits et montée du fascisme face à la crise ; à moyen terme, guerres de repartage inter-impérialistes, comme celles qui déchirent actuellement le Moyen-Orient ; à long terme, destruction de la vie sur Terre telle que nous la connaissons. Voilà ce que nous réserve le futur sans organisation et sans révolution, les exploités étant encore une fois en première ligne.

C’est pourtant du prolétariat, et plus particulièrement de la classe ouvrière, que dépend l’avenir. Seule une restructuration profonde de la production mondiale peut permettre un changement économique radical. Aucune alternative existant en marge du capitalisme globalisé ne sera suffisante, aussi autogestionnaire et éthique soit-elle. Il ne s’agit plus de faire vivre un autre monde en marge de la tempête, mais d’affronter cette dernière avant qu’elle ne balaie tout. Cette restructuration profonde que même Francis Fukuyama, le théoricien de la « fin de l’Histoire » néolibérale, a récemment admis comme nécessaire, passe par la planification. Par le socialisme. Une économie socialiste n’est pas une économie de misère, c’est la mise en commun des moyens de production pour répondre de manière rationnelle aux besoins du plus grand nombre.

Nous ne croyons pas au libéralisme, nous ne croyons pas non plus aux impasses réformistes et aux rêveries alternatives. Nous croyons dans un combat, dans une lutte de classe menée pour la survie de l’environnement et pour la révolution sociale, les deux étant désormais liées. Nous croyons ce que nous voyons, comme les colonnes de guérilla aidant les populations à lutter contre les intempéries et à chasser les grands projets capitalistes aux Philippines et en Inde. Tout changement radical implique un affrontement, car nous savons que la classe dominante préférera voir le monde s’effondrer plutôt que de céder ses privilèges. Il est temps de prendre nos responsabilités, il est temps de renforcer les forces menant le combat révolutionnaire.

Aujourd’hui plus que jamais, notre stratégie est la guerre populaire pour la mise en place d’une société nouvelle, débarrassée du capitalisme.

Socialisme ou destruction de la vie sur Terre !

Macron, le plan pauvreté et l’attaque contre la classe ouvrière

Macron, le plan pauvreté et l’attaque contre la classe ouvrière

Le gouvernement Macron détruit de manière rapide le droit du travail conquis par la classe ouvrière dans une lutte de classe intense, car l’intensification de la concurrence entre les pays impérialistes ne permet plus au capitalisme français de s’offrir un système d’Etat-providence comme c’était le cas après-guerre.

Le plan pauvreté de Macron, c’est un filet de sécurité très bas, bien plus bas que ce qui existe actuellement, pour permettre aux travailleurs de survivre et les obliger à revenir au travail.

Dans notre société, les travailleurs doivent vendre leur force de travail pour vivre : c’est à dire qu’ils vont sur le marché du travail, et vendent un temps (par exemple, 7h), chaque jour, à un patron. Ce patron leur paye leur marchandise. Il paye la valeur de la marchandise : le temps nécessaire à sa production. La marchandise force de travail nécessite un certain nombre de biens et services pour être reproduite de la même façon.

Seulement, les patrons, les entreprises, pour embaucher, ne veulent pas payer cher cette marchandise. Car elles doivent valoriser leur capital, c’est à dire faire du profit pour détenir plus de capital et résister à la concurrence. Donc, l’Etat donne des aides sociales. C’est à dire : après avoir pris l’argent des travailleurs (payé sous forme de TVA, d’impôts directs et indirects), il en redonne une partie suivant leur revenu pour aider à leur survie, et leur permettre de revenir au travail en étant productif.

Il y a plusieurs types de mesures dans ce plan pauvreté.

Les premières sont de l’ordre de l’aide aux entreprises : pour la petite enfance, par exemple, il y a des aides pour les entreprises qui s’installent dans des zones prolétariennes pauvres où leur profit serait surement faible. Mais il ne s’agit pas d’aider les masses ! Le gouvernement aide les entreprises à conquérir de nouveaux marchés laissés pour compte car la rentabilité immédiate n’est pas assurée. Ça ne changera rien pour les plus pauvres de ces zones, qui n’auront toujours pas accès à ces services où les listes d’attentes énormes et les tarifs élevés privent les parents qui en auraient le plus besoin d’aide pour leurs enfants.

Les secondes sont de l’ordre de la formation : un plan de formation de 600 000 personnes pour la petite enfance, un plan pour élargir la “garantie jeune” à 500 000 personnes, une aide à la reprise d’emploi pour 250 000 personnes “très éloignées de l’emploi”.. Le but est évidemment de former des travailleurs en masse, qualifiés ou non. Certains étaient très éloignés de l’emploi pendant un temps et pouvaient “survivre” grâce aux aides sociales, à l’aide des familles, etc. D’autres auraient aimé faire des études supérieures plutôt que d’être relégué aux missions non qualifiées, comme la manutention ou le service au restaurant. Enfin, on formera plus de travailleurs qualifiés dans l’industrie (informatique, santé, etc) pour casser encore le coût du travail.

Les troisièmes sont l’élargissement d’un “filet de protection” (très bas) pour les travailleurs : ça fait social, ça aide un peu quelques personnes, par exemple les repas à 1 à la cantine, l’élargissement de la CMU… Cela permet aux plus pauvres de continuer à se soigner à minima, de nourrir leurs enfants à minima. Le gouvernement de Macron adopte une position idéologique bien connue de la bourgeoisie quant à la pauvreté : il ne s’agit pas de rendre les pauvres moins pauvres, mais de créer les conditions pour que certain pauvres deviennent riches. C’est évidemment une position idéaliste.

Avec des mesures comme ce “filet”, l’Etat révèle sa nature de classe à travers l’écran de fumée idéologique : il ne s’agit pas d’adresser les causes de la pauvreté et de la précarité de la classe ouvrière de l’Etat français, mais d’appliquer un pansement sur une jambe de bois, en attendant que les problèmes structurels apparaissent au prochain quinquennat… ou à celui d’après.

Enfin, la dernière mesure, la plus importante, c’est la création d’un simili de “revenu universel” qui détruit les aides sociales. Et qui, bien sûr, est conditionné à la recherche d’emploi active, l’inscription à un programme “d’insertion” (de formation pour un travail de merde), etc… En bref : baisser le coût des aides sociales grâce à une aide unique ; et obliger les prolétaires à prendre un emploi sans pouvoir réellement bénéficier d’un chômage, pour lequel ils ont pourtant cotisé. D’un autre coté, le prélèvement à la source permettra aussi de transformer les cotisations sociales en un impôt, qui n’ira plus à la caisse du chômage mais à l’Etat, directement, qui pourra décider par décret de la baisse ou de la hausse des aides.

Le sens de ces mesures est simple : il faut détruire la possibilité de ne pas travailler pour les prolétaires ; pour beaucoup de gens, le chômage est un passage régulier dans notre société, où l’on enchaîne pour beaucoup de prolétaires travail difficile, chômage, petits boulots, RSA, activités au noir, etc…

Cela permet d’augmenter la masse permanente de travailleurs en recherche d’emploi, donc de baisser le coût du travail dans certains secteurs assez qualifiés, comme la santé ou l’informatique, et de permettre aux entreprises non qualifiées de recruter plus facilement des gens qui fuient ces secteurs. Le but : un système à l’anglaise ou l’allemande, ou se généralise le travail obligatoire, qui permet de toucher 1 ou 2€ de l’heure en plus de prestations sociales. Et cela pour le plus grand bénéfice des entreprises.

Toutes ses mesures ont un coût : ce qui est économisé sur les aides sociales est remis en place pour faire survivre les travailleurs les plus pauvres, mais une grande somme d’argent est mise en place pour la formation ou les aides aux entreprises, pour le bénéfice unique de ces entreprises. En somme : il va falloir, à coté de ça, faire des économies… sur le dos des travailleurs.

Maintenant, à quoi s’attendre ?

Le niveau d’organisation ainsi que le niveau de politisation dans notre société est encore bas, il n’y aura probablement pas de grande résistance combative à cette réforme. Mais la lutte de classe ne s’arrête jamais, elle est le sang qui coule dans les veines de la société de classe. Dans les entreprises, dans les quartiers, les masses résistent à la baisse des salaires et aux difficultés posées par la vie de tous les jours.

Les prochaines réformes vont empirer le clientélisme, la pauvreté, le travail forcé, le travail au noir et tous les modes de survie : on peut s’attendre à un renforcement du contrôle du RSA et du chômage avant leur fusion dans une aide unique ; à un recul de l’âge de la retraite, à une baisse des cotisations pour maintenir le salaire quotidien – ce qui détruira encore un peu plus les services publics, les aides sociales, poussera à leur privatisation et à la baisse des salaires dans ces secteurs.

Ainsi les Communistes ne doivent plus compter seulement sur les grands mouvements comme en 2006, 2008 ou 2010 pour organiser les masses, mais plutôt sur un long travail quotidien d’aide au peuple, ce qui veut dire : le servir directement pour l’aide quotidienne, attaquer ses ennemis, et organiser ses activités pour y impliquer les masses, leur donner les clefs de notre résistance.

Non au plan pauvreté !

Non à la politique réactionnaire du gouvernement !

La seule solution : avancer vers la révolution socialiste !

La lutte de libération nationale dans l’État Français – L’année 1944

Il est important aujourd’hui de réaffirmer le caractère de classe de la Résistance et du combat qui a été mené face à une droitisation de plus en plus importante de l’historiographique française à ce sujet. Entre le mythe des « vichysto-résistants », de la « gauche qui aurait plus collaboré que l’extrême-droite » ou encore de « la Résistance qui serait finalement un tout interclassiste », il est vital de rappeler que ce sont majoritairement les masses populaires qui se sont lancées dans la Résistance et qui ont mené la lutte armée, là où d’autres secteurs de la Résistance affiliés à Londres où à la droite, n’attendaient que le débarquement des Alliés.

(suite…)