Pas de débat avec les assassins du peuple !

Aujourd’hui, Macron a lancé sa « tournée des maires » en vue du « Grand débat » en allant à Grand Bourgtheroulde en Normandie. La ville a été quadrillée, des équipes de haute sécurié déployées et un état quasi-militaire imposé afin de garantir que la visite présidentielle « se passe bien ». C’est un exemple de la différence qui existe entre les masses partout où l’on se révolte, où l’on est injustement contrôlé, interpellé, arrêté, emprisonné, blessé, tué, et les dirigeants bourgeois, pour qui on met à l’arrêt et au pas militaire un village entier. Il est évident qu’on ne peut pas discuter avec ceux qui nous tirent dessus.

Pourtant, Macron et son gouvernement continuent leur enfumage avec leur « Grand débat ». Ce n’est rien de moins qu’une escroquerie de plus de leur part, nous faisant croire que la solution se trouverait dans le dialogue et la concertation.

Évidemment, ce sont eux qui fixent les règles et qui nous disent ce qu’on a le droit de dire ou pas. Le « Grand débat », censé apporter des solutions à nos problèmes ne va servir qu’à diviser le mouvement en l’orientant sur de fausses solutions, et ils essaieront alors de nous faire croire à une victoire de leur « démocratie » sur les « casseurs ».

Mais tout cela sert avant tout à cacher la vraie nature du système. La loi fondamentale du capitalisme, c’est que la bourgeoisie fasse le plus de profit dans un minimum de temps. Et ce profit, il vient de notre exploitation: travailleuses et travailleurs. Car la vérité, c’est que nous produisons toutes les richesses de ce système mais que ce sont les bourgeois qui ont la plus grosse part du gâteau. Nous n’avons que les miettes. Et Macron et son gouvernement sont là pour s’assurer que rien ne change dans l’ordre des choses. Pour cela ils sont prêts à tout.

Vu à Montpellier

C’est ainsi qu’à chaque manifestation, à chaque occupation, les chiens de garde de l’État que sont les flics nous répriment avec une violence plus grande et que leurs juges nous condamnent et nous emprisonnent « avec la plus grande fermeté », comme ils disent. Mais la peur n’est plus la même et change de camp. Et c’est clairement la force de ce mouvement.

Le mouvement des Gilets Jaunes a réussi à s’affranchir en grande partie du pacifisme qui condamnait avant tout la violence des manifestants avant de s’en prendre à celle du système ; un pacifisme qui pense que c’est en dialoguant qu’on peut « changer les choses » ; un pacifisme qui pense que mettre un bulletin dans l’urne est plus puissant que la violence révolutionnaire. Le mouvement des Gilets Jaunes nous montre bien que c’est l’inverse qui est vrai. Sans les actes les plus déterminés, les assemblées populaires n’auraient pas eu plus d’avenir que Nuit debout et les autres types de mouvementismes.

Alors devant des masses qui ont décidé de relever la tête et reprendre leurs affaires en mains (et surtout qui s’en donnent les moyens!), la répression de l’Etat fait rage : une dizaine de morts ; des milliers de blessés et mutilés ; plus de 220 emprisonnés ; des milliers de condamnations diverses.

Et la solution serait le dialogue ? Il y a pourtant clairement deux camps que tout oppose, la solution n’est pas dans le dialogue mais dans la lutte prolongée jusqu’à la victoire. Leur « Grand débat » est un piège que nous devons non seulement éviter mais surtout faire échouer.

Vu à Saint-Etienne

Par tous les moyens nécessaires, nous devons nous opposer à ce débat, le dénoncer, le faire échouer. A chaque fois qu’on nous parlera de ce débat nous répondrons « Pas de débat avec les assassins du peuple ! ». A la place de leur débat, nous devons exiger réparation, justice et vérité pour les camarades morts, blessés, mutilés ainsi qu’exiger la libération de tous les camarades emprisonnés, l’arrêt des poursuites en cours et l’annulation de toutes les condamnations. Cela ne vaut pas que pour les prisonniers du mouvement, mais bien plus largement pour toutes celles et ceux qui sont victimes au quotidien de la violence de l’État français et de sa police ici, et de son armée à l’étranger ou dans ses colonies.

Nous ne participerons pas à leur mascarade. Nous continuerons de renforcer la lutte par tous les moyens nécessaires, en s’inscrivant dans la durée. Nous continuerons à construire nos organisations, les instruments de la révolution, afin que toutes celles et ceux de notre classe et des masses qui ont fait irruption sur le devant de la scène politique puissent trouver des outils de plus en plus puissants, de plus en plus spécifiques et adaptés à répondre à tous leurs besoins pour la révolution.

Nous continuerons d’assumer nos tâches révolutionnaires afin d’avancer pas à pas vers la révolution qui remplacera la loi fondamentale du capitalisme « le profit maximum en un temps minimum » par la loi fondamentale de la transition socialiste « satisfaction maximale des besoins de la société dans son ensemble ».

Pas de débat avec les assassins du peuple !

Violences policières : autodéfense populaire !

Osons lutter, osons vaincre !

Sur le centenaire de la naissance du KPD

Entre le 30 Décembre 1918 et le 1er Janvier 1919, un congrès se tient à Berlin. Ce congrès va jeter les bases de la création du futur Parti Communiste d’Allemagne, plus connu sous abrégé KPD. ( Kommunistische Partei Deutschlands) L’histoire du KPD est d’une grande importance pour les communistes en Europe et elle l’est d’autant plus pour les forces qui œuvrent aujourd’hui à la reconstitution d’un authentique Parti Communiste en Allemagne. Sa courte période d’existence, de sa création en 1919 à son interdiction en 1933 (Puis de 1933 à 1945 dans sa lutte en totale clandestinité contre le nazisme) va profondément marquer la structuration du mouvement communiste en Allemagne, ses forces mais également ses faiblesses.

Pour nous marxistes-léninistes-maoïstes, il est important de tirer un bilan de l’activité du KPD durant ces années, d’en tirer des leçons pour notre pratique aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que le KPD était considéré à juste titre comme le Parti le plus avancée de son époque en Europe, ce qui explique entre autre pourquoi au moment de l’arrivée au pouvoir du nazisme, une terrible répression va s’abattre sur lui et chercher à le faire disparaître par la force. Célébrer le centenaire de la naissance du KPD, c’est donc se souvenir de la lutte pour le socialisme, de la lutte antifasciste mené durant cette période et des martyrs tombés, soit sous les balles ou les coups des SA, ou les balles et les coups des sociaux-démocrates.

LE KPD SE CRÉE DANS LE FEU DE LA LUTTE DES CLASSES

Il est impossible de parler de l’histoire du KPD sans parler du contexte de sa création. La révolution socialiste d’Octobre 1917 en Russie est le premier détonateur, tandis que l’abdication de Guillaume II et la défaite de l’Empire Allemand durant la première guerre mondiale en est le deuxième.

Les marins de Kiel se mutinent et forment des conseils similaires à ceux en Russie. Comme une traînée de poudre, le mouvement s’élargit à l’ensemble du pays et une forte agitation révolutionnaire et insurrectionnelle s’empart des masses.

Il y a alors trois principales organisations politiques dans le pays qui s’emparent de la situation révolutionnaire : Le SPD (Parti Social-Démocrate d’Allemagne), l’USPD (Parti Social-Démocrate Indépendant d’Allemagne, scission du SPD) et la Ligue Spartakiste, qui deviendra le 1er Janvier 1919 le KPD. Le KPD va se forger continuellement dans la lutte et les combats, ainsi que dans des actions insurrectionnelles et révolutionnaires. Le 5 Janvier 1919, l’insurrection spartakiste éclate à Berlin suite au renvoi du chef de la police, un membre de l’USPD qui avait refusé d’utiliser la force contre le mouvement ouvrier à la fin de l’année 1918. L’insurrection éclate et malgré leur opposition de principe, Luxembourg et Liebknecht décident de la suivre, de la soutenir et de la coordonner.

Leur assassinat par les Freikorps (Corps franc, des milices d’anciens combattants nationalistes), soutenu par le Ministre de l’Intérieur Gustav Noske (Membre du SPD) va marquer la rupture définitive entre les communistes et les sociaux-démocrates : Les premiers voulant une révolution comme celle qui s’était produit en Octobre 1917 en Russie, les seconds ne souhaitant aucunement un changement révolutionnaire et se rangeant du côté de la réaction. L’écrasement de l’insurrection à Berlin va se poursuivre avec l’écrasement de plusieurs mouvements révolutionnaires dans toute l’Allemagne, notamment à Munich ou à Brême, où des républiques des conseils avaient été crée. La fin brutale de ce premier épisode révolutionnaire en Allemagne et la proclamation de la République de Weimar, ne signifiera pas cependant la fin de toute agitation révolutionnaire. Au contraire, les révolutionnaires vont apprendre de leurs erreurs, renforcer la discipline du Parti et ses racines dans les masses prolétariennes.

Né lors de la Révolution Allemande de 1918, le KPD va participer au soulèvement de la Ruhr en 1920 et à la création de l’Armée Rouge de la Ruhr, va lancer « l’action de Mars » en 1921 et tenter une grève insurrectionnelle et également tenter une insurrection sur tout le territoire allemand en 1923 qui n’aboutira qu’à une insurrection à Hambourg qui sera réprimé.

Il participera ensuite à la lutte contre les milices du NSDAP, contre les Section d’Assaut, se développera sur tous les fronts, et y luttera par des moyens tant légaux qu’illégaux. Les combats de rues impliquant les communistes feront de nombreux morts, la police réprimant sauvagement les antifascistes tout en protégeant les nazis, tandis que la justice s’acharnera à condamner lourdement les combattants antifascistes.

Le KPD, par son développement qui suit la lutte des classes en Allemagne, qui participe au feu de l’action, ne deviendra pas un Parti opportuniste et électoraliste comme ont pu le devenir les Partis Communistes d’Italie ou de France, mais au contraire un Parti qui préparait la lutte clandestine, qu’il lancera dès son interdiction en 1933. Il ne sera jamais totalement écrasé malgré sa quasi destruction en 1933, l’envoi de ses militants dans les camps de concentration, malgré les assassinats, malgré l’emprisonnement puis la mise à mort de son plus grand dirigeant, Ernst Thälmann en 1944. Tous les révolutionnaires ne peuvent qu’étudier son organisation et sa méthode, sa capacité à mener la lutte révolutionnaire autant légale qu’illégale dans un centre impérialiste, dans une des classes ouvrières pourtant parmi les moins pauvres du monde.

LE KPD COMME MODÈLE DU PARTI COMMUNISTE EN EUROPE

L’histoire mouvementé du KPD suit de très près les multiples soubresauts révolutionnaires qui parcourent l’Allemagne durant une grande partie des années 20. C’est à travers ces multiples luttes, actions, soulèvements, grèves et tentatives insurrectionnelles qu’il va évoluer et se transformer. Sur quelles axes le KPD va t-il s’appuyer pour devenir un Parti Communiste qui ne succombera pas au révisionnisme ou à l’opportunisme, comme par exemple le PCF dans l’État Français ? Cela tient avant tout à la réussite de sa « bolchévisation », qui va mettre un terme respectivement à la ligne de gauche qui poussera sans arrêt à l’insurrection révolutionnaire et à la ligne de droite qui s’oppose à la bolchevisation et cherche des compromis avec le SPD.

Le KPD va alors évoluer et être capable d’être le Parti qui dirige dans un style léniniste, d’être une organisation discipliné capable de mobiliser largement la classe ouvrière. Ce style de travail va notamment se voir dans la multiplication des fronts qui vont être crées et permettre de toucher l’ensemble de la classe ouvrière. L’on peut citer par exemple les comités de chômeurs, les syndicats rouges, le Secours Rouge Allemand, les multiples fronts pour les intellectuels ou encore le Roter Frontkämpferbund (Union des combattants du Front Rouge) que les communistes voyaient comme le noyau d’une future armée rouge, à l’instar des Gardes Rouges dans la Russie révolutionnaire.

Ses fronts ont pour but d’étendre l’influence du KPD au sein de la population et de la classe ouvrière, de lui offrir des lieux de sociabilités divers et variés, le KPD organisera même des fronts pour la jeunesse ou encore pour la pratique d’activités sportives. Il participera à la « bataille des Tavernes », une bataille politico-militaire dans les quartiers populaires des grandes villes, ou communistes et nazis s’affrontent pour le contrôle politique des lieux de sociabilité populaire. Aucune grande question sociale ou culturelle n’est oubliée. Le KPD développe l’agitation contre le capitalisme, renforce l’organisation des masses partout où la lutte est possible.

Surtout, le KPD ne laisse pas de côté la question de la militarisation. Les nombreux combats de rues contre les forces paramilitaires nationalistes puis nazi, seront aussi d’une grande utilité quand le Parti sera plongé dans la clandestinité après son interdiction en 1933. Cette lutte, qui se faisait au moyen d’armes de poing, qui se faisait aussi contre la police de Weimar, bien plus prompt à réprimer les communistes que les nazis, prenait la forme d’un embryon de guerre populaire prolongée. La Ligue des Combattants du Front Rouge (Roter Frontkämpferbund, RFB), compte 40.000 combattants en 1925 et 106.000 en 1928. Le KPD ne lésine pas sur la question militaire, une revue politico-militaire baptisé Oktober répondait à la nécessité pour le Parti de former les militants à la question militaire et de tirer des leçons des actions lancés par le Parti. Enfin, un M-Apparat (Militär-Apparat ou Appareil Militaire) servait d’État-major et de service de renseignement et de sécurité. Des effectifs et une organisation considérable, comparé à la maigreur des formations paramilitaires du Parti Communiste Français à la même époque.

LE KPD ET SES LIMITES

Il est nécessaire d’opérer une synthèse plus large sur le développement du KPD ainsi que sa stratégie d’ensemble. Bien qu’elle puisse être considérée comme étant à la pointe du mouvement communiste en Europe, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des points à critiquer. Les leçons historiques que nous devons tirer de l’expérience du KPD doit également nous servir à ne pas reproduire les même erreurs, mais à chercher à les comprendre pour pouvoir les dépasser. Dans sa stratégie d’ensemble, le KPD a été traversé par un courant « gauchiste » jusqu’au milieu des années 20, qui sous l’influence du Komintern, cherchait à pousser à des tentatives insurrectionnelles pour jeter à bas la République de Weimar et permettre l’arrivée au pouvoir d’un régime soviétique en Allemagne.

Cet opportunisme de gauche qui se fixait l’insurrection comme moyen et comme but, venait directement de l’interprétation mécaniste des évènements d’Octobre 1917 en Russie. En effet, devant la poussé révolutionnaire dans toute l’Europe (voir même le monde, avec les événements anti-impérialistes en Chine, les syndicats ouvriers massifs dans le monde anglo-saxon, la fondation de Partis Communistes solides dans de nombreux pays dominés par l’impérialisme), beaucoup de communistes pensent qu’il faut lancer l’insurrection et que la masse suivra.

Sans ancrage solide dans la classe ouvrière, c’est à dire sans l’existence de zones rouges qui peuvent servir de bases d’appuis, les tentatives insurrectionnelles étaient condamnés à échouer et à être réprimé, en plus de n’être pas suivi massivement par la classe ouvrière.

Le deuxième point noir souvent reproché au KPD est son impréparation à l’arrivée au pouvoir du nazisme, alors qu’il était en première ligne pour s’y opposer de manière frontale. Sa compréhension sommaire de la nature du fascisme et les appels à l’unité avec le SPD qui resteront lettre morte, explique sans doute la rapidité avec laquelle le KPD se retrouve quasiment annihilé après l’incendie du Reichstag. Lors du congrès de 1929 de la Ligue des Combattants du Front Rouge, Ernst Thälman ne mentionne même pas le fascisme, et ne considère Hitler que comme un « égal » des autres politiciens bourgeois.

La puissante organisation souterraine du KPD, malgré son échec à se mobiliser au moment de la contre-révolution, permettra cependant au KPD de continuer à exister et d’être l’un des principaux acteurs de la résistance allemande sous le nazisme. Enfin, le KPD arrivait à mobiliser une partie importante de la classe ouvrière, mais n’arrivait pas à toucher la petite bourgeoisie victime de la crise et paupérisée, la grande masse des paysans ou encore du lumpenproletariat victime de plein fouet de la crise de 1929. En effet, les jeunes chômeurs de la petite industrie, les ouvriers à temps partiel, proche du lumpenprolétariat étaient souvent proche du nazisme. En 1939, quasiment la moitié des jeunes chômeurs hommes étaient membres de la SA ; le chiffre, bien que très inférieur, était déjà immense en 1933. Toutefois, le RBF cité plus haut comptait pour la plupart de ses combattants une jeunesse prolétarienne en voie de lumpenprolétarisation. C’est peut être ici qu’il faut chercher ce que les communistes allemands auraient pu développer comme approche et comme tactique pour attirer massivement à euxcontre les nazis.

LA RECONSTRUCTION DES PARTIS COMMUNISTES AVEC LE MLM POUR ARME

L’analyse de l’histoire du KPD et de ses actions doit être mené avec le marxisme-léninisme-maoïsme comme guide. La reconstruction des partis communistes dans les centres impérialistes est une nécessité afin de doter les masses d’un instrument de guerre capable de s’opposer au capitalisme, à la réaction et au fascisme.

A l’image du KPD, il faut une organisation capable de se forger dans la lutte des classes et au travers des luttes des masses. Une telle organisation nécessitera également une grande discipline et de montrer toute son utilité et son efficacité dans les luttes les plus âpres, les plus dures.

A l’image du KPD, être capable d’organiser massivement la classe ouvrière et les masses au sein de larges fronts, ces fronts devant servir à renforcer le Parti mais également l’implication des masses dans leurs luttes.

A l’image du KPD, il nous faut nous organiser contre le fascisme, nous organiser pour répondre pied à pied à toutes agressions et à toutes attaques de la part de nos ennemis. Voilà pourquoi célébrer et étudier le centenaire de la naissance du KPD est d’une importance vitale, car malgré ses errements et ses échecs, il nous montre vers quoi doit tendre un Parti Communiste de type nouveau, avec comme guide le marxisme-léninisme-maoïsme.

VIVE LE CENTENAIRE DU KPD !
VIVE LE FRONT ROUGE COMBATTANT ! LE COMBAT CONTRE LE FASCISME DOIT CONTINUER !

Gilets Jaunes – La fin de l’impuissance

S’il est heureusement bien trop tôt pour faire le bilan d’un mouvement qui se poursuit et s’approfondit, nous savons déjà qu’il s’agit d’un tournant historique. En termes de combativité de masse, déjà. Cet aspect est le plus évident car il est au centre de tous les débats. L’allocution d’Edouard Philippe au soir du 7 janvier est à ce titre tout à fait révélatrice. Le premier ministre n’a pas dit un mot de la crise sociale, focalisant uniquement sur l’aspect répressif. Ministres, éditorialistes et responsables syndicaux ou politiques n’ont pas de mots assez durs : il s’agirait d’une « ultra-violence », de « terrorisme », et toute personne ne condamnant pas les révoltés est accusée de capituler devant l’horreur absolue. Les morts, les peines de prison tombant par centaines, les blessures innombrables, la violence policière se déployant partout sont à la hauteur de la terreur qui touche la classe dominante.

Car les bourgeois ont peur. Les Gilets Jaunes représentent un retour brutal et triomphant de la lutte des classes dans leur quotidien. Ils espéraient pouvoir continuer comme si de rien n’était, avec En Marche remplaçant leurs partis de droite et de gauche, et un adversaire bien pratique sous la forme du Rassemblement national (ex-FN). Ils auraient continué à débattre de l’Europe et de la Croissance dans des salons dorés en votant de temps en temps, pendant que dehors d’autres crevaient de faim ou mourraient sur les chantiers, et alors que la Terre agonisait.

Dans leur arrogance, les bourgeois ont cru pouvoir instrumentaliser le mouvement des Gilets Jaunes à ses débuts. Ils le croyaient inoffensif car réduit à la question des taxes. Mais la marmite a explosé et toutes les questions liées au coût de la vie et à la justice sociale ont commencé à être portées par les masses. Notre classe, les prolétaires, a refusé de rentrer à la maison quand les petits patrons ont obtenu quelques concessions et se sont retirés. Nous avons occupé des ronds-points, des péages, des entrepôts, des bâtiments publics. Nous nous sommes liés d’amitié, avons résisté et avons préféré passer les fêtes avec notre nouvelle famille. Ni les mensonges des médias, ni la violence des flics et de la justice ne nous ont découragés. Et nous voilà repartis à l’offensive chaque jour en s’impatientant d’un rassemblement plus large le samedi. Toujours aussi déterminés, toujours plus aguerris.

Alors les bourgeois ont clamé que la République était menacée. Qu’elle était frappée à chaque tag sur un monument, à chaque moulage cassé, à chaque porte de ministère enfoncée. Et ils n’ont pas tort ! Leur République bourgeoise, ce n’est pas la nôtre, et elle peut bien crever. C’est une République dans laquelle les statues et les vieilles pierres sont sacrées, et où les ouvriers éborgnés, tabassés et jetés en prison sont la norme. Nous n’en voulons plus. Depuis la Commune, nous savons que cette République assassine le peuple quand il se soulève, qu’elle n’est plus que l’outil d’une classe dominante et parasitaire. En assumant l’affrontement et les blocages, en s’organisant avec beaucoup de créativité et d’efficacité, les ouvriers et ouvrières représentent ce que les masses populaires font de mieux. Ce mouvement valide ce que disaient depuis des années les communistes, durant la période de reflux ayant commencé dans les années 1980 et à peine interrompue par quelques révoltes telle celle de 2005.

Mais même les communistes osaient à peine espérer cela. En rejetant en bloc responsables, médias et élus, les Gilets Jaunes posent des questions fondamentales, et en premier lieu celle du pouvoir. Du pouvoir au peuple, d’une république rouge. Les communistes révolutionnaires ne militent ni pour le chaos, ni pour le retour à un passé fantasmé, mais pour l’instauration d’un nouvel ordre, construit et dirigé par la classe produisant toutes les richesses : la classe ouvrière. Mais le chemin pour y parvenir est long. La situation actuelle ne peut mener à une insurrection, nous ne devons avoir aucune illusion à ce sujet, et nous ne croyons pas d’ailleurs dans le Grand soir.

Vu à Montpellier ce samedi lors de la mobilisation

Prenons alors ce mouvement pour ce qu’il est et construisons à partir de là : nous vivons un tournant historique. Pour la première fois, la violence des masses est acceptée voire défendue par une majorité du peuple. Et cela dépasse cette question. Les formes d’organisation prolétariennes mises en place – assemblées générales, commissions, piquets de blocage et groupes d’action – représentent une source inépuisable d’inspiration pour les révolutionnaires qui se mettent à l’école des masses. La détermination dans l’émeute est inspirante, tout comme la diversité des tactiques : marches des femmes, envahissements de gares, jonction avec d’autres luttes… Sur ce dernier point, les thèses des réformistes en tout genre et des libéraux s’évanouissent face à la réalité de la révolte prolétarienne. Le mythe de l’évaporation des responsables dans les paradis fiscaux s’effondre. Les grands discours des universitaires fragmentant les luttes deviennent inaudibles. Les plus honnêtes rejoignent et servent le mouvement, les autres crachent dessus. Il en va de même pour les syndicats, plus que jamais coupés de leur base. Et des médias, notamment les chaînes de télévision qui n’ont jamais paru si peu crédibles. Le gouvernement se retrouve donc isolé et affaibli. Les élus/serviteurs de la bourgeoisie sont dénoncés et traqués. La situation actuelle doit constituer la première marche vers une offensive prolétarienne de grande ampleur et de long cours capable non seulement de triompher d’obstacles répressifs, mais de voir plus loin, en proposant une voie politique cohérente, collant aux aspirations du peuple.

Encore plus qu’avant, renverser ce système est une nécessité car les bourgeois ont non seulement peur, mais ils savent que les masses ont vu la peur dans leurs yeux (les cadres se montrent d’ailleurs de moins en moins) et qu’elles ont pris conscience de leur force et donc de leur capacité à renverser cette société. Ils vont sûrement faire preuve de toute leur cruauté pour tenter de nous le faire oublier, pour faire rechanger la peur de camp. Ils n’y arriveront pas. Plus rien ne sera comme avant.

Nous avons connu les batailles du passé dans les livres ou dans les récits de nos aînés. Nous voilà nous aussi confrontés à une époque de tempêtes qui ébranlent les fondements du vieux monde. Il s’agit d’une perspective grisante et effrayante car elle implique de grands changements. L’ère du déni et de la politique-spectacle est révolue : aujourd’hui, nous devons relever et porter haut le drapeau rouge pour faire émerger l’offensive révolutionnaire.

2019 : 171 ans du Manifeste du Parti Communiste

2019 : 171 ans du Manifeste du Parti Communiste

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. » C’est ainsi que s’ouvre le Manifeste du Parti Communiste, écrit en 1848 par Karl Marx et Friedrich Engels. Quand Marx et Engels écrivent le Manifeste du Parti Communiste, rien n’augure à ce qu’il prenne plusieurs décennies plus tard l’importance qu’il a encore aujourd’hui, cent-soixante et onze ans après sa rédaction. « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d’Allemagne. » On peut facilement remplacer les personnes cités ici, par d’autres figures politiques, religieuses ou économiques de 2018. Le Manifeste et le Communisme soient officiellement considérés comme morts et enterrés par la bourgeoisie, on voit cette même bourgeoisie continuer à criminaliser les mouvements communistes partout à travers le monde. Le Manifeste aujourd’hui continue à nous donner des clés pour comprendre la réalité et la transformer radicalement.

L’entrée de Marx et Engels au sein de la Ligue des Justes est l’élément déclencheur qui va conduire à la rédaction du Manifeste. La Ligue des Justes, fondée en 1836 par des socialistes allemands en exil, n’a pas de réel programme théorique et pratique. Ses idées sont celles du socialisme utopique, avec des apports du christianisme ou encore du babouvisme. Sa devise est d’ailleurs « Tous les hommes sont frères », rappelant que le but de la Ligue des Justes serait de construire une ‘’Nouvelle Jérusalem’’ où n’existerait plus l’exploitation et la propriété privée. La nécessité d’écrire un programme clair et court sur les buts de l’organisation semble s’affirmer d’elle-même. Avant la parution du Manifeste, Engels planche sur un brouillon qui servira de base à sa rédaction : Écrit à la manière d’un catéchisme, il s’intitulera les Principes du Communisme. De ces principes, surgira alors le Manifeste du Parti Communiste, mieux structuré et développant plus longuement certains des 25 points énoncés par Engels. A la fin de l’année 1847, la Ligue des Justes devient la Ligue des Communistes, après un vote lors de son dernier Congrès. La vieille devise est remplacée par le désormais célèbre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Marx et Engels travaillent alors conjointement pour donner à la Ligue des Justes son programme, qui sera le Manifeste du Parti Communiste.

L’importance première du Manifeste tient en sa volonté de synthétiser et de doter une organisation ouvrière d’une ligne directrice, un programme. Cette synthèse est également importante à un moment où une multitude de sectes socialistes ou socialisantes se créent et servent de point de rencontre, de débat et d’action pour la classe ouvrière. Marx et Engels mettent en avant ce qui est le moteur de l’histoire, c’est à dire la lutte des classes et plus important encore, la lutte entre la bourgeoisie et la prolétariat. Reconnaissant volontiers que la bourgeoisie a pu jouer dans l’histoire un rôle progressiste, son accession au pouvoir en tant que classe dominante l’a fait devenir réactionnaire. Seul maintenant subsiste comme classe révolutionnaire le prolétariat, qui n’a pas pour vocation de devenir une énième classe dominante, mais de mettre fin à la société de classe et d’instaurer le communisme. Le Manifeste démontre que contrairement à d’autres organisations socialistes, les communistes ne s’appuient pas uniquement sur des bons sentiments ou le bon vouloir de la bourgeoisie au pouvoir. Au contraire, elle lui déclare ouvertement la guerre, une guerre qui pour Marx et Engels doit permettre la constitution du prolétariat en classe, de renverser la domination de la bourgeoisie et de permettre la conquête du pouvoir politique par le prolétariat. Or, ils remarquent que ce qui différencie les communistes des autres partis ouvriers ne se trouve pas là, mais que « Ce qui caractérise le communisme, ce n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise. » Un long développement est également mené pour contrer un à un les arguments de la bourgeoisie contre le communisme et montrer de manière affirmative ce que souhaitent réellement les communistes, loin de ce qu’en raconte la propagande bourgeoise. Avec le Manifeste, Marx et Engels cherchent à démarquer la Ligue des Communistes des autres formes de socialisme, qu’ils critiquent impitoyablement. Se retrouve alors critiquer toute une série de variante du socialisme, le socialisme réactionnaire ou féodal essayant de dépeindre la société pré-capitaliste comme idyllique, les différentes variantes du socialisme petits-bourgeois ou encore le socialisme utopique, à qui ils reprochent de nier l’action politique révolutionnaire du prolétariat et le fait de ne pas voir en lui l’acteur qui mènera à la révolution. Enfin, Marx et Engels notent avec une grande justesse que « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. » Comment ne pas voir ici avec une grande justesse, une critique qui peut-être adressé aux révisionnistes modernes qui sous couvert de ne pas ‘’effrayer les masses’’, dissimulent leurs idées, opinions et projets ?

Lorsque paraît le Manifeste, fin février 1848, les révolutions de 1848 éclatent partout en Europe. Malgré les coïncidences entre les dates, le Manifeste ne joue quasiment aucun rôle lors de ces événements. Il n’est d’ailleurs pas signé par Marx et Engels, mais par un collectif d’éducation de travailleurs présent à Londres. Le Manifeste ne connaît d’ailleurs aucune réelle grande audience pendant plusieurs décennies, avant de réapparaître sur le devant de la scène à partir des années 1870. Cela peut s’expliquer par l’affirmation de la pensée de Marx au sein de l’Association Générale des Travailleurs, l’expérience de la Commune de Paris et par la création du SPD en Allemagne qui favorisera sa diffusion large et massive. Son écriture en 1848 et sa popularité à partir des années 1870 vaudra lors de sa réédition, à plusieurs préfaces afin de rappeler le contexte de l’écriture du Manifeste et ce qui peut le rendre obsolète sur certains points, mais encore très actuel. « Bien que les circonstances aient beaucoup changé au cours des vingt-cinq dernières années, les principes généraux exposés dans ce Manifeste conservent dans leurs grandes lignes, aujourd’hui encore, toute leur exactitude. », notaient Marx et Engels dans la préface de l’édition allemande de 1872. Document historique, le Manifeste n’a jamais été corrigé ou modifié, sauf pour la phrase d’accroche traitant de la lutte des classes à travers l’histoire, Engels rajoutant que cela s’avère exact si l’on exclu la période du communisme primitif.

Le Manifeste du Parti Communiste n’en reste pas moins un ouvrage fondamental, dû à son rayonnement international et comme ouvrage de référence pour les militants et militantes communistes. « Les prolétaires n’y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! » Cette conclusion, 171 ans après la parution du Manifeste, reste encore brûlante d’actualité.

Message pour le 50ème anniversaire du Parti Communiste des Philippines

Ce message a été lu le 29 décembre 2018 à Utrecht,

Message pour le 50ème anniversaire du Parti Communiste des Philippines

Chers camarades, nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer 50 ans de lutte acharnée pour le Parti Communiste des Philippines.

Cet événement a une importance particulière, car il montre le succès de véritables communistes dans la reconstitution d’un Parti dans leur État. Cela prouve également que sous une idéologie et un leadership corrects, ce Parti peut avancer sur la voie de la révolution par la guerre populaire en cours contre l’État des bureaucrates et propriétaires terriens des Philippines et ses forces armées, clients des pouvoirs impérialistes. Le Parti, à la tête de l’Armée Populaire, avance avec le Front Uni pour la révolution démocratique et la libération de l’impérialisme, sur la voie du socialisme pour le communisme.

Par notre idéologie commune, le marxisme-léninisme-maoïsme, nous voyons la lutte dirigée par le Parti Communiste des Philippines comme d’une grande importance pour les communistes et les révolutionnaires du monde entier qui préparent et mènent la lutte pour faire s’effondrer le système impérialiste et ouvrir la voie au communisme.

Dans l’Etat français, notre Parti est encore jeune, nous ne célébrerons que le 3ème anniversaire de l’unification des communistes au début de l’année prochaine. À travers nos camarades plus expérimentés, nos luttes d’aujourd’hui sont indéniablement liées aux luttes du passé. Notre cher camarade Pierre, décédé il y a un an, a été l’un des rares à avoir toujours tenté de lever le drapeau rouge dans l’obscurité au cours des décennies de manque criant d’un Parti Communiste dans l’État français. Sa lutte de 1968 à sa mort pour la renaissance du communisme dans l’État où il a vécu inspire tous nos jeunes camarades. Forts de nos racines solides tirées de décennies et de siècles de lutte dans l’État français, nous tenons fermement sur les jeunes fondements de notre parti.

Néanmoins, parce que nous célébrons un anniversaire et que nous sommes un jeune Parti, nous voulons souligner une chose avec le Parti Communiste des Philippines, à savoir la nature prolongée de sa lutte.

Même à ce moment-là, le CPP a maintenu son cap et a lutté pour une révolution complète et non pour la conciliation avec le révisionnisme et l’impérialisme. Lorsque des erreurs ont été commises et que des déviations de “gauche” et de droite devenaient apparentes, le CPP a lancé son deuxième mouvement de rectification et inversé la situation. Cette pratique constante de la critique-auto-critique et d’autres principes communistes pour la rectification et le développement dans la lutte en ligne en est un témoignage. Un témoignage que le CPP s’est avéré dans la pratique être l’avant-garde de la classe ouvrière aux Philippines et la force dirigeante de la révolution en cours.

Au cours du 21ème siècle, le CPP a continué de mener la lutte aux Philippines. Il a attiré les jeunes travailleurs et paysans pour reprendre le combat avec une énergie renouvelée et pour le mener à la victoire grâce à l’expérience du Parti et de l’Armée populaire. Ses efforts pour étendre le gouvernement populaire et les fronts de guérilla dans l’archipel ont doté les masses de moyens vigoureux et vivants pour leur libération. Sa lutte contre le gouvernement actuel au sein du gouvernement de la République des Philippines prouve une nouvelle fois la nécessité de détruire cet Etat réactionnaire. Lorsque l’État attaque directement les masses, par des campagnes d’extermination et de bombardement du peuple Lumad à Mindanao, ou par des assassinats en masse illégaux et des arrestations de responsables des droits démocratiques dans des organisations de masse urbaines, ce n’est que justice que les masses se rassemblent derrière la direction du Parti Communiste, la seule force qui apporte une résolution ferme contre les atrocités de l’ennemi.

Le fait que le CPP soit capable de mener la lutte pour la révolution depuis 50 ans est une inspiration pour tous les communistes. Par une lutte ouverte, fondée sur des principes authentiques pour l’unité sous le marxisme-léninisme-maoïsme, nous voulons assurer nos camarades philippins de notre intention de tirer les leçons de cette lutte prolongée et de développer notre compréhension de la situation aux Philippines.

Preuve de notre engagement à cet égard, nous tenons à annoncer que, pour la première fois en langue française, un certain nombre d’œuvres de la révolution philippine seront publiées très prochainement dans l’État français par la maison d’édition rouge ” Soleil Rouge ” en association avec des camarades du mouvement philippin. Cette publication regroupera les travaux les plus importants qui ont jeté les bases de l’application de ce qui était alors le marxisme-léninisme pensée Mao Zedong aux conditions concrètes de l’archipel il y a 50 ans. Armés du marxisme-léninisme-maoïsme, notre idéologie universelle, nous souhaitons développer et synthétiser exactement la même chose, afin de découvrir les lois qui régissent les spécificités de la révolution dans l’État français.

Vive le marxisme-léninisme-maoïsme!
Vive l’internationalisme prolétarien!
Victoire aux Guerres Populaires Prolongées aux Philippines et dans le monde!
Mabuhay ang ika-50 anibersaryo ng Partido Komunista ng Pilipinas!