Immeubles effondrés à Marseille : ce n’est pas un accident , c’est un crime !

Lundi 5 novembre, 2 immeubles se sont effondrés à Marseille, dans le quartier de Noailles, un quartier populaire du centre ville, à cause de leur vétusté. Un troisième immeuble mitoyen, lui aussi habité, a été dans la foulée détruit par précaution tant la situation était précaire. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan définitif fait état de 8 morts, dont 5 étaient habitants sur place.

Immédiatement les pouvoirs publics ont tenté d’apaiser la situation en déclarant que ces immeubles n’étaient pas habités, ou que les gens à l’intérieur seraient des « squatteurs » ayant illégalement pénétré sur les lieux, soit disant déserts et murés à cause de leur insalubrité. Bien entendu ces déclarations étaient des mensonges, car au moins un de ces immeubles était habité « légalement ».

La mairie de Marseille a honteusement dénoncé la pluie qui est tombée ces derniers jours comme responsable du sinistre. Marseille est une des villes ou les précipitations moyennes sont les plus basses de l’État français, cet argument est donc une insulte lancée aux faces des familles des victimes et de celles et ceux qui subissent de plein fouet la crise du logement.

Le porte parole de l’association des habitants du quartier a déclaré :

“La situation des deux immeubles effondrés était connue de tout le monde. A la mairie, ils sont au pouvoir depuis 25 ans et ils laissent pourrir des immeubles sur pied, ils ne s’intéressent pas à la population de Noailles et ne veulent pas de logement social dans le centre”.

Un habitant du quartier ajoute :

“Les immeubles étaient délabrés, fissurés, ça se voyait que c’était du rafistolage. Ça a été évacué à un moment donné, puis les pauvres malheureux qui y habitaient sont revenus. Vous savez, c’est un quartier pauvre avec des marchands de sommeil…”

Les habitants du quartiers soulèvent ce problème de manière juste et désignent les principaux responsable de ce drame : les marchands de sommeil et leurs alliés des pouvoirs publics !
Cette situation n’est pas rare à Marseille. Déjà en 2015, une étude a mis en avant que 40 000 logements étaient indignes, insalubres et menaçaient la sécurité et la santé de 100 000 habitants. Le quartier de la Belle de Mai, également dans le centre ville, est considéré comme le troisième le plus pauvre d’Europe, et 55% de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Dans ces quartiers de Marseille, la mairie laisse pourrir les classes populaires. Les écoles, les maisons de quartiers, les crèches, tout ce qui ne rapporte pas ferme.La bourgeoisie veut gentrifier ces quartiers et exclure le prolétariat .

Les prix des terrains dans le centre des grandes villes ont atteint des prix faramineux, c’est pourquoi depuis Haussmann, les quartiers populaires ont été démolis pour faire place aux appartements somptueux, aux bureaux, aux banques et commerces. Les prolétaires sont chassés vers les cités des banlieues. Paris et sa région sont l’exemple le plus accompli de cette dynamique en France. Les banlieues ouvrières et prolétaires forment depuis des décennies une ceinture de fer autour du centre ville bourgeois. A Marseille comme ailleurs, les propriétaires des vieux immeubles ne les réparent pas et les vendent aux promoteurs qui les font partir à la découpe ou les louent à des prix élevés. Parfois des incendies criminels accélèrent la juteuse « rénovation ». Les prix des ventes et des loyers s’envolent.

Les plus démunis ne peuvent plus se loger que dans des taudis insalubres, vétustes, loués à prix d’or par les marchands de sommeil. Les plus pauvres, les SDF, ne peuvent même pas louer un logement quand ils travaillent car il faut 3 fois le salaire ou des garanties énormes dans les grandes villes.
Tout aboutit au mal logement et à la catastrophe sociale. L’effondrement d’immeubles insalubres habités n’est pas un accident isolé dans les pays impérialistes, c’est un meurtre de classe. Nous avions malheureusement déjà évoqué l’an dernier ce sujet dans un article sur les incendies du capitalisme à Grenfell, en Angleterre, et à Pedrógão Grande, au Portugal.

Photo d’un immeuble habité rapportée par une habitante de Saint-Denis (93) après l’effondrement des immeubles de Marseille

Friedrich Engels écrivait déjà en 1872 dans La Question du Logement :

«  Ce qui est certain, c’est qu’il y a dans les grandes villes déjà suffisamment d’immeubles à usage d’habitation pour remédier sans délai par leur emploi rationnel à toute véritable « crise du logement ». Ceci ne peut naturellement se faire que par l’expropriation des propriétaires actuels, par l’occupation de leurs immeubles par des travailleurs sans abri ou immodérément entassés dans leurs logis ; et dès que le prolétariat aura conquis le pouvoir politique, cette mesure exigée par le bien public sera aussi facile à réaliser que le sont aujourd’hui les expropriations et réquisitions de logements par l’État.  »

En matière de logement, comme dans chaque domaine, la bourgeoisie a pour politique le profit:
sur le logement, elle se sert 4 fois!
1. La plus-value prise sur le travail des travailleurs des carrières, fabriques de ciment, plâtre, verre, profilés d’aluminium, fer à béton, etc. ;
2. La plus-value prise sur le travail des ouvriers du bâtiment qui travaillent dans des conditions dégueulasses ;
3. La spéculation foncière, (vente de terrain et revente de locaux, appartements, etc.) et la rente foncière (location, fermage) ;
4. Le prêt bancaire pour l’achat des logements.

Le terrain est d’abord la terre à l’état brut : terres agricoles, prairies naturelles, forêts, montagnes, etc. En général, les municipalités, la région ou l’Etat rachètent à prix bas ces terrains dont les propriétaires ne connaissent pas la destination et donc la valeur future. Ils se chargent de les viabiliser (eau, électricité, égouts, routes, transports collectifs…) en faisant appel aux entreprises qui seront payées par les impôts. Leur prix bondit après viabilisation. Seulement, ils sont revendus au prix initial à des promoteurs immobiliers qui n’ont pris aucun risque mais encaisseront les profits lors de la revente: C’est la spéculation sur les terrains.

Le terrain viabilisé fait l’objet de spéculation foncière, qu’il s’agisse de terre agricole qui Dans ce régime, la viabilisation d’un terrain sert d’abord la spéculation foncière.
Les agents immobiliers et les promoteurs sont sur les rangs. Les deux font monter le prix du terrain et encaissent au passage une commission. En plus, ils prennent leurs bénéfices sur la vente des appartements et locaux construits ou récoltent la rente foncière sous forme de loyer pendant que les banques accordent des crédits qui vont faire doubler le prix d’achat de l’appartement en 20 ans. C’est le premier cycle de la spéculation foncière.

Pour maintenir le taux de profit, la bourgeoisie doit entretenir une certaine rareté dans la construction de logements ou la remise en état de logements anciens, sinon le cycle est fermé, la spéculation ne peut s’amplifier faute d’acheteurs ou de locataires demandeurs en attente. C’est pourquoi la bourgeoisie limite au minimum la construction de logements sociaux ou l’entretien des immeubles. La concurrence n’est ici qu’une façade: les gros promoteurs immobiliers tombent toujours d’accord sur notre dos!

Toutes les municipalités, quelle que soit leur couleur, sont prises dans l’engrenage de la spéculation et ne peuvent pas régler le problème du logement. Elles sont obligées de faire le choix du capitalisme. A l’échelon supérieur, l’État français avance lui aussi dans la même direction. Depuis la Loi ELAN adoptée le mois dernier, il vise un « choc de l’offre » (comprendre une attractivité renouvelée des logements pour les propriétaires et les riches municipalités) avec l’ouverture de baux précaires et la réduction des demandes sur les parcs de logements sociaux entre autres. Les villes riches, comme Neuilly par exemple, n’appliquaient déjà pas ces directives, préférant les amendes au coût social d’avoir des pauvres dans leurs centre villes et leurs banlieues chics. Des mesures répressives sont prévues contre les squatteurs et les mal logés, ce qui va rendre encore plus impossible le relogement pour les prolétaires dans les situations les plus précaires, comme les prolétaires immigrés.

En tant que communistes de l’État français, nous appliquons les deux leçons suivantes, que nous avions déjà soulignées il y a un an :

Tout d’abord, que les révolutionnaires ont un rôle à jouer dans les catastrophes que subissent les masses populaires, comme dans l’effondrement de ces immeubles à Marseille. Ces immeubles, nous y habitons, ces rues, ces quartiers, ces villes entières délabrées, laissées à l’abandon et rejetées par l’ordre bourgeois jusqu’à la rupture et le désastre, ce sont nos rues, nos quartiers et nos villes. Auprès des masses, nous devons aider les victimes des calamités, et nous atteler à démasquer les marchands de sommeil et les gentrificateurs. Nous devons chercher en tout lieu et à tout instant à développer la solidarité populaire, et à prévenir de telles catastrophes. Les luttes dont nous sommes témoins dans le monde, comme celles au quartier de Boyle Heights à Los Angeles, nous inspirent sur les méthodes d’organisation qu’adoptent les masses pour s’opposer au destin que la bourgeoisie leur a concocté à travers la gentrification et le mal-logement.

Deuxièmement, que la seule manière de combattre efficacement la situation actuelle des catastrophes du capitalisme en général, et du logement en particulier, c’est la solution de la révolution et la construction du socialisme comme moyens de protéger les masses. Notre stratégie révolutionnaire, la guerre populaire prolongée, nous apprend qu’il est primordial pour les masses de construire leur nouveau pouvoir en opposition à l’ancien pouvoir de la bourgeoisie.
Dans le cas du logement, nous avons montré comment tous les acteurs bourgeois, du propriétaire individuel en passant par la mairie et enfin l’État, assuraient par leur pouvoir qu’un système de logement meurtrier et dangereux pour les masses se perpétue. Cette situation est la preuve de la faillite du réformisme, et qu’il ne faut pas attendre un « gentil proprio », une municipalité « de gauche » ou un État bourgeois « providence », pour que la situation change.

C’est seulement par le développement de ce nouveau pouvoir, organisé par les masses elles-mêmes dans le cadre de la révolution socialiste, la guerre populaire, que les structures (comités d’immeubles, organisations de quartier, assemblées du logement) qui créeront les conditions nécessaires pour éradiquer définitivement les problèmes du logement sous le capitalisme pourront émerger et nous permettre de reprendre nos affaires en main.