Les communistes et la question de l’impôt

Les communistes et la question de l’impôt

La gauche est pour l’impôt et les taxes, la droite est contre. C’est une idée reçue très répandue, qui mériterait qu’on s’y arrête.

A droite, on refuse les taxes car elles empêcheraient le commerce et écraseraient les petits propriétaires, les patrons, les entrepreneurs. On parle de « charges », d’un poids qui serait injuste. Libéraux, fascistes et conservateurs critiquent tous au moins une partie de ces taxes – soit en défendant les grandes entreprises sensées créer de l’emploi, soit pour protéger les commerçants et artisans. L’idée principale, c’est que l’Etat devrait gérer l’ordre public pour que le commerce se passe bien, mais sans interférer dans l’économie. Bien sûr ce n’est pas du tout ce qui se passe dans la réalité. Les gouvernements successifs ont besoin de financements. Les « services publics » tels que la santé, les transports en commun, l’éducation et les aides au logement sont financés via les impôts et les taxes. Mais ces services sont nécessaires à la reproduction de la force de travail : pour faire tourner une économie moderne, il faut pouvoir former, loger, soigner et déplacer les prolétaires pour qu’ils accomplissent leur travail.

A gauche, on défend les prélèvements en expliquant que ces services publics sont la base d’une économie plus sociale. Il s’agit pourtant avant tout de mesures permettant le bon fonctionnement de la production. Les acquis sociaux obtenus suite aux luttes de la classe ouvrière tels que les congés payés et la sécurité sociale sont peu à peu supprimés. Les taxes sont utilisées pour bénéficier à la classe dominant l’Etat, et les transformations fiscales de ces dernières années le prouvent bien. Les libéraux peuvent bien prétendre que la France taxe trop les grandes fortunes, ça ne change rien au fait que la TVA est un impôt particulièrement injuste qui touche principalement les plus pauvres.

Deux lignes s’opposent alors. La gauche réformiste déclare que les taxes et les impôts doivent évoluer dans un sens plus social. Il s’agit donc de gérer le capitalisme d’une autre manière, de l’humaniser. Il serait possible de réduire les inégalités par des réformes successives.

Cette position est idéaliste. Entre le désert capitaliste et la révolution, il n’y a rien de concret : l’échec des gauches “radicales” européennes telles que le parti grec Syriza prouve que l’on ne peut pas négocier avec le capital. Les communistes reviennent aux fondamentaux, à une conception du monde et un point de vue de classe.

Et celui-ci est très net. Toute personne vivant dans un milieu prolétaire sait que les taxes sont très mal perçues. Elles rendent invivable une situation déjà difficile. Les amendes des radars automatiques s’ajoutent à la taxe d’habitation, les factures s’additionnent aux impôts pour transformer chaque fin de moins en calvaire. Il s’agit d’un rejet net aux raisons très légitimes. Nous savons bien que le paiement de l’impôt permet de diviser le prolétariat en « bon contribuable » à jour et en « parasite » ne le payant pas, pour mieux contrôler les classes dangereuses. Nous savons également que nous enrichissons toujours plus la classe dominante avec la TVA et les redevances. Nous savons aussi que les radars automatiques ne nous épargneront pas les heures de transport quotidien du domicile au taf. Si nous allons vite, que nous nous mettons en danger (et les autres avec), c’est à cause d’horaires indécents et d’une organisation de l’espace faite pour éloigner les prolétaires des centre-villes. Nous savons enfin que la nouvelle taxe qui a servi d’étincelles au mouvement des « gilets jaunes » n’aurait que très peu financé la transition écologique dont nous parle la bourgeoisie qui détruit notre planète depuis des siècles.

Voilà pourquoi en tant que communistes, nous devons marquer notre rupture sur tous les plans avec la « gauche » telle qu’elle existe dans notre Etat.  En méprisant les révoltes des masses populaires sans chercher à les comprendre, elle devient de plus en plus impuissante. Nous n’avons pas la même conception du monde ni les mêmes valeurs. Nous ne souhaitons pas gérer mieux le capitalisme que les libéraux au pouvoir, nous voulons l’abattre.

Le libéralisme omniprésent nous dépossède de la politique en ne nous laissant que des solutions individuelles déconnectées des enjeux de notre époque. On ne change pas la société en votant. On ne sauve pas la planète en triant ses déchets. Et on ne bâtit pas le socialisme en vantant les taxes. Nous ne voulons pas survivre, mais vivre. Et cela ne peut se faire qu’en venant à bout collectivement de cet Etat bourgeois.