Vers une lutte prolongée

Vers une lutte prolongée

La journée de mobilisation d’hier a vu le déploiement impressionnant des forces de répression. Même les effectifs en repos ont été rappelés pour tenter de briser le mouvement. Des centaines d’arrestations ont été effectuées avant même le début des manifs. Des arrestations ciblant tout potentiel « casseurs ». En fin de journée, on comptait près de 1939 arrestations dont 1700 gardes à vue ! Ces nombres énormes soulignent l’importance donnée au mouvement par l’Etat, qui a dû déployer des efforts logistiques importants. Rien que sur Paris, le nombre de gardes à vue n’aurait pas pu être pris en charge par les commissariats d’arrondissement, il y a donc nécessairement eu un recours aux commissariats de banlieue ce qui représente une forte débauche de moyens. A Paris, Bordeaux et Marseille, des véhicules blindés étaient mobilisés. Sur la capitale seulement, il y avait déjà 8000 forces de répression (89 000 sur l’ensemble du territoire).

Il aura fallu ça pour que le niveau de violence à Paris soit “moins important” que celui du 1er décembre. La différence principale pour l’Etat, c’est l’absence d’attaque symbolique, comme les images de l’Arc de Triomphe la semaine dernière. Et pourtant, tout ne s’est pas passé comme prévu pour le gouvernement. Plus étalés dans les beaux quartiers qu’il y a une semaine, les dégâts sont plus importants dans la capitale selon la mairie de Paris. Dans de nombreuses villes, la colère s’est une nouvelle fois exprimée et les affrontements ont été encore plus violents que la semaine dernière comme à Toulouse, Saint Etienne et Bordeaux notamment. Au Puy, « capitale » du sinistre Laurent Wauquiez, artisan des rapprochements pour un front électoral alliant l’aile droite de LR, le Rassemblement National (ex-FN) ou des forces plus réduites comme les Patriotes (Philippot ex-FN), la contestation n’a pas baissé de ton et la préfecture a de nouveau été attaquée.

Mais de manière générale, on peut en effet dire que la violence des manifestations a été plus contrôlée, car plus attendue. Celle de l’État en revanche a été encore plus grande avec ce déploiement de forces inédit. Et c’est ainsi que le gouvernement se satisfait des appels au calme, nous raconte qu’il s’agit d’un « coup d’arrêt de la violence ». Mais c’est se fourrer le doigt dans l’oeil ! C’est encore une fois la preuve d’un énorme mépris et d’une grande arrogance ! Que va faire le gouvernement ? Remettre l’ISF ? Augmenter le SMIC et le RSA ? Assurer une meilleure assurance chômage ? Augmenter les retraites de nos anciens ? Evidemment que non ! Il pense avoir gagné la bataille de la violence, et par là, avoir gagné la bataille politique.

D’une certaine façon, c’est vrai que l’Etat bourgeois a pour l’instant gagné la bataille de la violence, puisqu’il l’exerce dans chaque instant de nos vies : quand on se lève le matin avec un corps douloureux à cause du boulot qui nous détruit la santé ; quand on n’est pas embauché parce qu’on n’habite pas le bon quartier et/ou qu’on a pas la « bonne » couleur de peau ; quand on nous cantonne à des tâches de second ordre et qu’on est moins bien payée parce qu’on est une femme ; quand on hésite entre acheter des cadeaux pour les enfants ou partir en vacances parce qu’on sait qu’on ne pourra pas faire les deux voire aucun des deux ; quand la voiture ne passe pas le contrôle technique mais qu’on doit quand même rouler avec parce que sinon on perd le taf ; quand on se fait licencier et qu’on touche que dalle en indemnités et qu’on sait de toute façon que ça va vraiment être dur de retrouver du boulot ; quand on perd l’usage d’une main, d’un pied, ou pire parce qu’on a un accident du travail ; quand on est expulsé du logement parce qu’on a accumulé les crasses et qu’on arrive plus à sortir la tête de l’eau ; quand avant la fin du mois, on creuse juste notre découvert ; quand on voit les suicides autour de nous parce que les gens ne peuvent plus faire face ; quand on doit passer notre vie à travailler et baisser la tête pendant que d’autres se gavent sur notre dos… Ça c’est la violence, la vraie violence qu’on subit tous les jours et dont l’État et le gouvernement sont responsables parce qu’ils protègent et entretiennent ce système d’humiliation, d’oppression et d’exploitation.

Concernant la violence de la rue, la violence des masses populaires, c’est un tout autre sujet. La violence populaire est légitime. Elle est même nécessaire pour peu qu’on veuille réellement « changer les choses ». Elle l’est encore plus si on veut la révolution. Et par révolution, il ne s’agit pas de changement de gouvernement. Ça n’est pas ça une révolution. Une révolution c’est quand une classe chasse une autre classe du pouvoir. C’est ce qu’il s’est passé en 1789 quand la bourgeoisie a chassé la noblesse du pouvoir avec l’aide de la paysannerie et du prolétariat embryonnaire. C’est ce qu’il s’est passé en 1871 -la Commune de Paris-, en 1917 –la Révolution russe, en 1949 –la Révolution chinoise, quand le prolétariat a chassé la bourgeoisie du pouvoir. Et la révolution aujourd’hui, c’est forcément le prolétariat qui chasse du pouvoir la bourgeoisie. Sinon, on ne parlerait pas de révolution. Regardons les révoltes des pays arabes qui étaient décrites comme des révolutions par la plupart des « observateurs ». Soit l’impérialisme est intervenu directement et alors ça a été la guerre totale (Libye, Syrie), soit au final, le système s’en est bien remis et il y a eu juste un changement de têtes (et encore…).

Nous ne pouvons donc pas nous contenter d’une « révolution citoyenne », d’une « 6ème République » ou d’un autre objectif sans intérêt pour qui veut réellement transformer la société profondément. Transformer le monde c’est faire en sorte que tout le monde puisse vivre de son travail selon ses possibilités et que ce soit la classe ouvrière, celle qui produit toutes les richesses, qui soit au pouvoir. Nous devons clairement montrer que la seule voie est la révolution prolétarienne. C’est la seule révolution possible qui donne la démocratie aux masses populaires -l’ensemble des travailleurs et travailleuses incluant celles et ceux privés d’emploi, la petite paysannerie, les petits commerçants et petits artisans. C’est la seule qui impose sa volonté par tous les moyens aux dirigeants d’aujourd’hui -les rentiers et actionnaires, le patronat, les grands propriétaires terriens et immobiliers, la caste des hauts fonctionnaires administrant l’Etat bourgeois.

Et cette lutte, elle est forcément prolongée. On l’a vu ce week-end, l’ennemi est puissant et ne lâchera pas tout seul, juste parce qu’on le lui demande. Il choisit le terrain, il filtre les forces, il nous oriente vers l’échec et l’épuisement pour la démobilisation. Il ne comprend que le langage du rapport de force. Et si nous voulons gagner, alors il faut s’en donner les moyens. Ce n’est pas avec les marches pacifiques qu’on y arrivera. Si c’était le cas, ça aurait déjà eu lieu vu le nombre de ce genre de manifs qu’ont déjà fait les syndicats et autres associations. La seule voie est celle de la violence révolutionnaire de masse engagée sur une longue durée : la guerre populaire prolongée. Et les expériences révolutionnaires passées l’ont démontré, un tel processus n’est possible qu’avec les trois instruments de la révolution : le Parti, la Force Combattante et le Front. Voilà notre voie, notre engagement quotidien, notre priorité de développement. Notre méthode, c’est de construire les 3 instruments dans le feu de la lutte des classes, en lien étroit avec les masses.

Nous continuerons donc de nous investir pleinement dans le mouvement des Gilets Jaunes avec cet objectif : GAGNER !

Tout le pouvoir à la classe ouvrière !
Vive les luttes des masses populaires !
A bas l’impérialisme, stade suprême du capitalisme !
On a raison de se révolter !
Oser lutter, oser vaincre !