8 mars 2019 : Pas de révolution sans libération ! Pas de révolution sans féminisme prolétarien !

Hier en Corse, une femme de 34 ans est morte, tuée par son ex-conjoint. Elle est depuis le 1er Janvier 2019 la trentième victime de féminicides dans l’Etat français. Fin janvier, ce nombre s’élevait déjà à 17. De son côté le mouvement de libération de la parole sur les violences sexuelles initié par MeToo a récemment prouvé que les milieux “progressistes” ou qui mettent en avant le “féminisme” ne sont pas épargnés par ces phénomènes.

Ceci nous montre bien une chose : ces violences physiques et sexuelles meurtrières et destructrices subies par les femmes ne relèvent en rien des faits divers : elles font partie du quotidien des femmes de la société capitaliste, et elles ne sont que la partie visible de l’exploitation structurelle du patriarcat.

Les femmes sont, dans notre société, assignées à un rôle précis, en plus de leur rôle assigné par leur classe : celui de reproduire la force de travail des hommes et la leur. En effet, les capitalistes n’ont jamais voulu avoir à payer la reproduction de la force de travail, c’est à dire toutes les tâches domestiques liées au foyer et aux enfants. Pourtant, ces tâches sont indispensables pour que la société tourne correctement. On voit facilement cette division du travail genré en regardant le pourcentage énorme des tâches domestiques reposant sur les épaules des femmes.

Mais la où il y a oppression, il y a résistance, et partout où le patriarcat est maintenu et renforcé par l’impérialisme, un mouvement des femmes s’organise. Nous pourrions parler des très larges mouvements pour le droit à l’avortement en Irlande ou en Argentine où des sénateurs réactionnaires ont refusé de voter la législation sur le droit à l’IVG, ou de l’Espagne où une gigantesque grève a été organisée le 8 Mars dernier mobilisant des centaines de milliers de femmes. Mais au-delà de ces revendications réformistes, le mouvement des femmes joue un rôle essentiel dans les mouvements révolutionnaires du monde entier.

Dans toutes les révolutions, nous voyons le rôle fondamental qui est occupé par les femmes. Lors de la Commune de Paris, en pleine Semaine Sanglante, c’est un bataillon de femmes entier qui tenait une des barricades les plus importantes de Paris, rue Château d’Eau. Ces 53 femmes révolutionnaires, comme beaucoup d’autres qui se battaient pour la Commune, ont été fusillées par les armées de la bourgeoisie.

Lors des Révolutions russes en 1917, chinoise en 1949, des luttes de libération nationale dans les colonies et semi-colonies, ou encore de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine en 1966, nous voyons bien la place centrale jouée par les femmes.

Ce n’est pas étonnant que les réactionnaires et les contre-révolutionnaires cherchent à faire taire celles qui affirment cette Histoire. Lorsque nos camarades d’Inde, des Philippines, de Turquie, du Pérou ou du Manipur se soulèvent contre l’oppression qu’elles subissent, s’arment contre l’État bourgeois et patriarcal, l’ennemi s’en sert pour dénigrer la révolution. Dans les médias bourgeois, on lit que les femmes maoïstes d’Inde servent par exemple à « distraire les forces de sécurité » (BBC, 2013). La bourgeoisie montre bien ce qu’elle pense des femmes avec ces exemples. Quand elles se soulèvent, elles ne peuvent pas pour eux être des combattantes communistes sincères mais simplement « utilisées ». Dans la libération par la révolution, les femmes brisent cette image patriarcale.

Ainsi il est donc crucial pour les communistes de poser la question du féminisme prolétarien, car elle est fondamentale pour analyser le rôle de l’oppression spécifique des femmes dans la société capitaliste à son stade impérialiste, pour œuvrer à la destruction du système patriarcal qui exploite et oppresse les femmes. Tant qu’il subsistera, il empêchera une société véritablement communiste de voir le jour et restera un foyer majeur de la contre révolution.

Pas de révolution sans libération

Beaucoup de conceptions révisionnistes et opportunistes de droite font aujourd’hui de la lutte contre le patriarcat et du féminisme prolétarien quelques chose d’accessoire, voire d’obsolète, et qui sous prétexte de « diviser la lutte » n’aurait pas besoin d’être mis en avant.

Une première de ces conceptions erronées est celle prétendant que les phénomènes patriarcaux aujourd’hui ne seraient que des survivances de la société féodale, que le capitalisme aurait contribué à renverser.

Cette erreur est typique du « matérialisme » mécaniste bourgeois voyant l’Histoire comme un progrès continuel et linéaire, confondant les réels progrès obtenus par les féministes bourgeoises avec des progrès permis par le capitalisme. En réalité, ces progrès ont certes été concédés par la bourgeoisie à l’issue de luttes réformistes, mais l’on observe aussi que lors des grandes crises du système capitaliste, et notamment dans les phénomènes de montée du fascisme, ces droits sont parmi les premiers à être remis en cause comme étant l’expression d’une « décadence de la société ». Ce fut le cas dans la dictature fasciste chilienne ou dans l’Espagne de Franco, et c’est le cas actuellement en Pologne où le gouvernement réactionnaire cherche à supprimer entièrement le droit à l’IVG.

C’est bien là la preuve que le patriarcat n’est pas un vestige de l’ancienne société féodale mais bien une part entière de l’époque de l’impérialisme, tant dans les pays dominés où il maintient les femmes dans un état d’oppression maximale en empêchant le développant économique, que dans les pays impérialistes.

Le capitalisme nécessite pour la reproduction de la force de travail des ouvrières et des ouvriers, l’existence d’une exploitation domestique. Lors des périodes d’accumulation primitive et de l’avènement final du capitalisme, on a en réalité vu la condition des femmes et leur liberté se dégrader considérablement, reléguant la femme à un travail reproductif toujours plus nécessaire et intense au fur et à mesure que l’accumulation capitaliste s’intensifiait. Le fait que les femmes soient, en plus de ce travail reproductif toujours plus intense, exploitées dans le cadre du travail productif comme prolétaire (où elles sont même exploitées davantage que les hommes) n’est en réalité pas contradictoire, ces deux formes d’exploitations étant essentielles au capitalisme et à la création de profit.

Les femmes prolétaires dans notre société sont doublement opprimées et exploitées, en tant que femmes et en tant que prolétaires, le capitalisme ne permet en rien de libérer les femmes et le patriarcat fait pleinement partie du système capitaliste et de sa superstructure.

Mais une autre conception erronée de la lutte pour la libération des femmes est fréquemment revendiquée par beaucoup de prétendus révolutionnaires. Bien que reconnaissant l’existence d’une domination sur la femme dans le cadre du capitalisme, ils pensent que le combat féministe et le mouvement des femmes ne sont pas une nécessité, sous prétexte qu’ils seraient interclassistes. Ils prétendent que la révolution prolétarienne provoquera mécaniquement la disparition du patriarcat et que la contradiction entre les femmes et les hommes, car elle est secondaire, se résoudra d’elle-même avec la résolution de celle entre la production sociale et la propriété privée.

C’est ici une conception typique du révisionnisme mécaniste qui suit le principe selon lequel « deux fusionnent en un »

En réalité, si on peut effectivement considérer la contradiction entre les hommes et les femmes comme une contradiction au sein du peuple, donc déterminée par la contradiction principale entre la production sociale et la propriété privée, la considérer comme insignifiante et la voir seulement comme un moyen opportuniste d’intégrer les femmes au mouvement révolutionnaire, c’est oublier trois choses cruciale que nous apprend le matérialisme dialectique et le Marxisme-Léninisme-Maoïsme :

  • Premièrement qu’une contradiction au sein du peuple peut revêtir un aspect principal dans le cadre des luttes qui la concernent spécifiquement ou principalement, c’est le cas par exemple pour les luttes contre les violences faites aux femmes et contre les violences et abus sexuels.
  • Deuxièmement dans l’application de la ligne de masse, une contradiction bien que « secondaire » n’en revêt souvent pas moins un aspect crucial, c’est le cas par exemple des grèves du personnels hôtelier ayant été impitoyablement réprimées l’année dernière. Dans ce cas-là, bien qu’il s’agisse d’une grève contre une entreprise capitaliste, négliger ou ignorer le rôle que joue l’oppression patriarcale auprès d’un milieu ouvrier composé en très grande majorité de femmes, confrontées quotidiennement a cette oppression spécifique et surexploitées en tant que femmes, aboutirait à une analyse superficielle et une mauvaise application de la ligne de masse.
  • Enfin et surtout, c’est ne pas ignorer le rôle de la superstructure dans le développement de la contre-révolution. Depuis la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne nous savons que celle-ci ne s’efface pas automatiquement quand le pouvoir capitaliste est renversé et qu’elle contribue à maintenir et à alimenter le camp de la réaction. Dans le cadre de la construction du socialisme où continue la lutte de classe, des Révolution Culturelles sont nécessaires pour mettre à bas la contre révolution. Penser, comme les révisionnistes, que les contradictions entre femmes et les hommes vont se résoudre par la simple accumulation de réformes est une erreur fondamentale. Le patriarcat, l’exploitation reproductive des femmes et l’idéologie réactionnaire de la famille continueront d’exister après la révolution, et ne pas les combattre frontalement reviendra à mettre en péril la révolution.

Tout cela vaut aussi pour les autres contradictions au sein du peuple, comme l’oppression raciste.

Ainsi, contrairement à ce qu’affirment ces conceptions révisionnistes, il est essentiel de construire, au sein du mouvement révolutionnaire mené par le Parti Communiste, un front prolétarien des femmes, avec comme ligne centrale le féminisme prolétarien. Tout cela afin d’affronter frontalement ces problématiques féministes et sauvegarder la révolution en menant la lutte, au sein du mouvement révolutionnaire et des masses, contre le patriarcat et ses défenseurs réactionnaires. Car bien que les hommes des masses populaires aient intérêt à la révolution et à sa sauvegarde sur le long terme, ils ne peuvent diriger ce mouvement des femmes, car ils ont aussi un intérêt à court terme à leur exploitation et donc une tendance à vouloir conserver ces pratiques réactionnaires. La constitution d’un front Féminin féministe prolétarien et non-mixte n’est pas seulement nécessaire à l’intégration de femmes à la révolution, mais aussi à la défense et au maintien de celle-ci.

Pas de libération sans révolution

Le rôle historique de notre classe dans le domaine du mouvement des femmes, c’est de développer le féminisme prolétarien. Cette vérité n’a jamais été plus claire, plus de cent ans après la mise en place du 8 mars. Comme nous l’avons dit, nous n’aurons pas de révolution sans libération ! Mais nous n’aurons non plus pas de libération sans révolution ! Nous devons placer à l’avant de nos préoccupations le développement d’une théorie et pratique claire sur ce qu’est le féminisme prolétarien aujourd’hui, et son rôle dans notre révolution.

Nous vivons aujourd’hui dans une société de classe. Toutes les questions qui se posent dans la société de classe contiennent un point de vue de classe qui leur est propre. Nous reconnaissons donc que la lutte de libération des femmes dans la révolution ne peut aller jusqu’au bout que si elle est dirigée par les femmes prolétaires. Nous, les femmes prolétaires, composons une grande partie du prolétariat et de la classe ouvrière, et notre rôle dans la classe est donc moteur. Notre libération doit nécessairement partir du rôle social des femmes dans la société, qui est l’aspect principal du patriarcat à notre époque. Briser cet aspect principal, transformer le rôle social des femmes par la révolution, et mettre à bas tout ce qui maintient l’oppression patriarcale, c’est ça le processus de libération des femmes prolétaires par le féminisme prolétarien.

Cette position est une ligne de démarcation claire avec d’autres lignes de classe sur le féminisme. Le féminisme bourgeois historique est lui toujours axé sur la reconnaissance légale des droits des femmes, comme si l’État bourgeois dans une société patriarcale pouvait assurer une égalité femme-homme. Officiellement, un nombre important de pratiques patriarcales, comme les violences sexistes et sexuelles, sont illégales. Pourtant, elles continuent d’exister sous les formes les plus féroces et barbares, répandues dans toute la société. La police, chien de garde de l’État, refuse de traiter ces cas. Où est l’égalité là-dedans ? Nous n’en voyons aucune. D’un autre côté, les courants féministes universitaires et petits bourgeois, issus des luttes des années 60 et 70, cherchent à régler le problème tout en ignorant sa racine. On substitue à la révolution sociale, seule solution radicale, l’évolution culturelle, ou le changement individuel. Dans certains cas, ces pratiques sont théorisées, sous la forme de la déconstruction par exemple, pour garantir un milieu qui serait soi-disant sûr, comme un îlot sans patriarcat au milieu d’une société qui l’est toujours. Ces positions ne sont que des pratiques excluantes, qui relèguent au second plan le changement du monde pour lui préférer un supposé changement de soi, qui ne sera en réalité jamais accompli dans la société patriarcale.

Ce féminisme culturel domine le féminisme occidental et a ainsi influencé la pensée féministe dans les pays du tiers monde. Il s’allie ainsi facilement avec la tendance post-moderniste et a dévié toute l’orientation du mouvement des femmes d’une lutte pour changer les conditions matérielles de la vie des femmes vers une analyse des « représentations » et des symboles. Elles se sont opposées à l’idée que les femmes deviennent une force militante parce qu’elles mettent l’accent sur la nature non violente des femmes. Elles ne tiennent pas compte du rôle que les femmes ont joué dans les guerres contre la tyrannie à travers l’histoire. Les femmes ont eu et doivent continuer à jouer un rôle actif dans les guerres justes destinées à mettre fin à l’oppression et l’exploitation. Ainsi, elles seront des participantes actives dans la lutte pour le changement.

-Anuradha Ghandy, Dirigeante du Parti Communiste d’Inde (maoïste), Les courants philosophiques dans le mouvement féministe, 2006

L’ensemble de ces courants féministes ignore également dans son ensemble la question des femmes dans les pays dominés par l’impérialisme (colonies, semi-colonies) ainsi que la position des femmes prolétaires immigrées dans l’État français. Ces courants, le plus souvent depuis les pays impérialistes d’Europe et d’Amérique, négligent, méprisent ou refusent d’analyser les grands mouvements de femmes dans les colonies et les semi-colonies, comme dans les guerres populaires. La force du mouvement des femmes dans les zones rouges en Inde, ou leur place centrale dans le développement rapide des guerres populaires aux Philippines à partir de 1968, en Turquie, au Pérou à partir de 1980, ou au Népal à partir de 1996, ne sont jamais abordées. L’utilisation par les femmes maoïstes de grands mouvements de masse est ignorée. Ils sont pourtant de première importance, grâce à leur capacité à mobiliser les femmes des masses populaires contre les pratiques patriarcales féodales pour commencer à briser avec succès leurs chaînes par la révolution. Si l’on prend un exemple, on peut penser en Inde aux femmes adivasis (tribales). Grâce à un mouvement de masse réussi, elles ont pris la décision dans certaines zones rouges rurales d’interdire la production et la consommation d’alcool aux hommes (et donc à tout le monde, puisque la société patriarcale ne les autorisait pas à en consommer), car l’alcool augmentait le nombre de violences et renforçait le pouvoir des hommes.

Il est primordial de synthétiser toutes les expériences du mouvement des femmes des masses populaires, toutes les pratiques justes et dont on peut tirer un enseignement universel, pour avoir à notre disposition les armes de notre libération. C’est le point de vue essentiel du féminisme prolétarien. Notre objectif est la destruction du patriarcat par la révolution, alors toutes les théories qui nous désarment ou nous détournent de cet objectif sont des parasites pour notre libération. Nous voyons le développement dans tous les pays du mouvement des femmes, en parallèle au développement du mouvement communiste international. Dans l’État français, un État impérialiste et colonial qui opprime les femmes bien au-delà de la population métropolitaine, il est de la première importance de développer le féminisme prolétarien. Des organisations révolutionnaires adoptant le féminisme prolétarien comme point de vue de classe dans le mouvement des femmes sont plus que jamais nécessaires. Tous nos efforts vont au développement de telles organisations, et au renforcement indispensable du féminisme prolétarien dans notre Parti.

Vive le 8 Mars !

Pas de révolution sans libération !

Pas de libération sans révolution !

Développons le féminisme prolétarien dans l’Etat français et le monde entier !