Sur la révolte des gilets jaunes

Ce qui s’est passé aujourd’hui a eu, a et aura un grand impact sur la pratique des mouvements de masse dans l’État français. Aujourd’hui, c’est la colère de l’ensemble des travailleurs et travailleuses qui a éclaté, en prenant pour cible les lieux de pouvoir centraux, concentrés dans quelques arrondissements à Paris et incarnés par les préfectures dans les régions.

Le gouvernement, au travers de la porte parole de la préfecture de police de Paris, a été obligé de reconnaître que les masses de gilets jaunes étaient solidaires de ce qu’ils appellent les « casseurs ». Et nous l’avons vu également dans tant d’endroits. Les gens comprennent la colère et la violence des masses contre ce système injuste. Qu’est ce qu’on peut bien en avoir à faire qu’une Porsche brûle à part se réjouir de penser au grand patron qui voit son joujou partir en flammes ? Qu’est ce qu’on peut bien en avoir à faire des incendies dans ces quartiers où se concentrent tous les exploiteurs et oppresseurs en tout genre à part se dire que c’est enfin dans leur sale quartier de riches que ça se passe ?

Aujourd’hui, ce sont les larges masses qui se sont révoltées et pas « l’ultra droite » comme aimerait nous faire croire le gouvernement en se servant d’eux comme des épouvantails. Bien sûr, les fascistes étaient là, essayant de tirer leur épingle du jeu. Mais ce que l’on voit sur le terrain c’est qu’ils sont ultra-minoritaires, qu’ils se font dégager des blocages, que certains de leurs drapeaux ont aussi brûlé aujourd’hui et que là où ils sont le plus « implantés », le mouvement a une dynamique beaucoup moins importante qu’ailleurs. Alors arrêtons de leur donner plus d’importance qu’ils n’en n’ont réellement. A nous de faire le ménage où ils se trouvent et de les dévoiler aux yeux des masses pour ce qu’ils sont : des garants du système d’exploitation capitaliste, pour la plupart fils et filles de bourgeois.

La révolte d’aujourd’hui s’est caractérisée par un fort sentiment anti-bourgeois et anti-flic ; les deuxièmes étant les chiens de garde des premiers, on comprend bien qu’on ne peut lutter contre les uns sans lutter contre les autres. A Paris, c’était très mélangé avec des jeunes, des vieux, des gens venus de loin, et une forte présence des villes de banlieue. A noter que le Collectif Justice et Vérité pour Adama faisait également partie des gilets jaunes. Dans les régions, il y a eu beaucoup de jonctions avec des cortèges qui ont fusionnés : CGT, lycées, paysannerie, tout le monde uni sous le gilet jaune et rouge.

De nombreux affrontements ont eu lieu avec une liste non exhaustive : Avignon, Charleville-Mézières, Dijon, Le Puy-en-Velay, Marseille, Nantes, Narbonne, Tarbes, Toulouse, Tours. Plusieurs voitures de police ont brûlé, des banques, des véhicules et boutiques de luxe, plusieurs préfectures ont été attaquées, un fusil d’assaut a été volé aux flics et la préfecture du Puy-en-Velay a été incendiée ! Nous comptons dans nos rangs de nombreux blessés dont un très grave à Paris, et un jeune avec la main partiellement arrachée à Tours. Il y a également 300 arrestations environ et il y a tout à parier que la répression sera sévère. Mais ces tactiques ont porté leurs fruits car selon le gouvernement, c’est la quasi totalité des effectifs de police qui étaient mobilisés aujourd’hui partout en France.

Les masses font leur apprentissage de la violence en la pratiquant. Quelques semaines de mobilisation ont suffit pour comprendre l’antagonisme qu’il peut y avoir entre les masses en lutte et les forces de répression. Les discours « la police avec nous » ne prennent plus aussi bien qu’avant. Nous devons donc continuer notre travail patient d’organisation et de conscientisation au coeur de la lutte de classe et en lien étroit avec les masses. Chaque jour sur les blocages forge pour la lutte, chaque révolte prépare au prochain combat, chaque échange tisse la solidarité de classe.

Les blocages et actions du mouvement de révolte sont des lieux où se concentrent les plus éléments les plus déterminés. Et on voit bien qu’il s’agit ultra majoritairement de la classe ouvrière. Un exemple est le blocage d’un rond point à Rouen où les ouvriers de Renault se sont impliqués, ainsi que les gens du quartier populaire d’à côté. Là, deux fascistes se sont fait virer. Là, les flics ne sont plus les bienvenus. Voilà ce qu’est aujourd’hui cette lutte. C’est la classe ouvrière qui n’en peut plus que tout le système repose sur son dos et qu’elle n’en récolte même plus les miettes.

Nous continuerons évidemment d’être aux côtés des masses en lutte, car la révolte ne fait que commencer et pour qu’elle aboutisse, il nous faut l’organiser de manière prolongée et la faire passer à la révolution. C’est un long chemin, qui prendra des formes multiples et qui sera semé d’embûches et de zigzag. Mais n’oublions pas qu’une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine.

Solidarité avec les victimes de la répression !

Vive le torrent des luttes qui emporte tout sur son passage !

De la révolte à la révolution !

Toujours avec les masses ! Sur le mouvement des Gilets Jaunes

Toujours avec les masses !
Contre les conceptions erronés concernant la lutte de masses

Sur internet tournait depuis quelques semaines un appel visant à “bloquer les routes” pour protester contre la hausse du prix du carburant. Cet appel a trouvé un écho important, des centaines de milliers de personnes s’y intéressant avant le 17 Novembre.

Au premier samedi de la mobilisation, des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées sur les routes, parking et zones commerciales, dans le but de bloquer, avec un mot d’ordre général “contre la taxe”. Rapidement, les mots d’ordres, sous les yeux de nos camarades, sont passés du refus de la hausse de la taxe sur le diesel au refus de la hausse des prix, à la réclamation de meilleurs salaires et retraites, etc.

Au deuxième samedi, l’appel à monter à Paris n’a pas été très suivi et la division entre celles et ceux restés localement et celles et ceux montés sur Paris s’est ressentie, avec une baisse générale du nombre de blocages, malgré la continuation de nombre d’entre eux.

A la Réunion, le pouvoir a directement été confronté brutalement à la colère des masses qui payent encore plus cher qu’en métropole l’ensemble des denrées de première nécessité. La situation sociale de l’île, avec un fort taux de pauvreté et de chômage, a mis le feu au poudre. Depuis 15 jours, l’Etat applique un traitement militaire à cette révolte, en déplaçant ses forces de répression vers la Réunion. La situation est telle que la ministre des “outre-mer” a du s’y déplacer, le 28 Novembre, pour faire des promesses à des “représentants” triés sur le volet pendant que la foule la huait.

Là où il y a oppression, il y a résistance, c’est une loi universelle.

Pour nous communistes, la lutte contre la vie chère est un élément important dans la lutte de classe, un élément d’une grande importance politique, idéologique et organisationnelle. Pourtant, de nombreux militants sont gênés par cet appel et par l’écho qu’il peut avoir, par le fait que le mot d’ordre semble avoir été repris par un militant fasciste, et que les patrons routiers tentent de faire main basse sur cette mobilisation. Beaucoup décident que, puisque ce mouvement a un écho à droite, alors il ne faut pas participer. Il s’agit d’une méthode métaphysique, une manière d’analyser qui part de principes immuables, qui ne voit pas tous les aspects des choses. Il ne faut pas analyser de cette manière pour tirer une conclusion sur la tactique à adopter.

Deux semaines après la mobilisation, les choses ont changé. Pourtant, il était tout à fait prévisible que, vu la forme du mouvement et sa composante de classe, il allait tourner à la fronde anti-gouvernementale, avec des revendications prolétariennes sur les salaires et le coût de la vie !

Élément principal et élément secondaire

Dans chaque mouvement, il faut estimer quel est l’élément principal et l’élément secondaire. Mao Zedong résume la méthode d’analyse qu’utilisent les communistes dans De la contradiction.

La métaphysique, ou l’évolutionnisme vulgaire, considère toutes les choses dans le monde comme isolées, en état de repos ; elle les considère unilatéralement. Une telle conception du monde fait regarder toutes les choses, tous les phénomènes du monde, leurs formes et leurs catégories comme éternellement isolés les uns des autres, comme éternellement immuables. Si elle reconnaît les changements, c’est seulement comme augmentation ou diminution quantitatives, comme simple déplacement.
Et les causes d’une telle augmentation, d’une telle diminution, d’un tel déplacement, elle ne les fait pas résider dans les choses ou les phénomènes eux-mêmes, mais en dehors d’eux, c’est-à-dire dans l’action de forces extérieures.
Les métaphysiciens estiment que les différentes choses, les différents phénomènes dans le monde ainsi que leur caractère spécifique restent immuables dès le commencement de leur existence, et que leurs modifications ultérieures ne sont que des augmentations ou des diminutions quantitatives. Ils estiment qu’une chose ou un phénomène ne peut que se reproduire indéfiniment et ne peut pas se transformer en quelque chose d’autre, de différent.

Quel est l’élément principal dans le mouvement qui se déroule ? Dans la période actuelle où les salaires et aides sociales sont attaquées (soit directement, par les baisses de salaires, soit indirectement, via les baisses de cotisations sociales, soit encore indirectement, par la hausse générale des prix), le mot d’ordre “battons nous contre la vie chère” a un immense écho dans les masses qui voient augmenter les difficultés à boucler les fins de mois.

La hausse brutale du prix de l’essence, qui est un élément central du budget des ménages (un ménage rural peut dépenser plus dans sa ou ses voitures que dans l’alimentation ou le logement !) a fait l’effet d’une bombe. Ce sont des pertes mensuelles qui peuvent s’élever à 100€, 200€, ou plus pour un ménage. Pour les plus bas salaires, ce n’est pas respirable.

En somme, le mot d’ordre lancé sur internet de bloquer les routes et d’agir a été repris par une masse immense de personnes, avec pour date le 17 novembre. Voilà où est le principal : le coût de la vie augmente, les masses cherchent à s’organiser, et ça demande beaucoup de courage de s’organiser quand on a aucune expérience. Une grande masse peut faire sa première expérience politique dans la lutte contre la vie chère.

Il y a dans ce mouvement une multiplicité d’intérêts. Alors que l’intérêt de classe prolétarien à court terme est la baisse générale des prix (c’est-à-dire, indirectement, la hausse générale des salaires), une fraction de la bourgeoisie réactionnaire a intérêt à une baisse du prix de l’essence. Dans la concurrence inter-entreprise, les transporteurs cherchent à baisser les profits des monopoles de l’énergie pour mettre la plus-value dans leur poche. Ces patrons du transport sont souvent très proches du Front National ou des partis de droite. Voilà pourquoi de nombreux militants FN ont relayé cet appel.

En somme, la contradiction actuellement secondaire est celle entre la bourgeoisie qui se bat pour ses intérêts particuliers et d’autres fractions de la bourgeoisie. Elle cherche à emporter avec elle une grande partie des masses pour soutenir ses négociations, s’appuyant pour ça sur un intérêt soi-disant commun, la baisse d’un prix en particulier, celui de l’essence. Or, la baisse unique du prix de l’essence via la baisse des taxes ne profitera pas réellement aux masses. Tout ça, les ouvriers l’ont bien compris : beaucoup réclament que ce soient les “vrais pollueurs” qui soient attaqués, qu’on arrête de “donner d’un coté et de reprendre de l’autre”.

Cette contradiction s’est vue à plusieurs reprise dans les grandes luttes de masse de ces dernières années : Guyane, Martinique, Guadeloupe, ou encore Bretagne pour ce qui concerne la métropole.

La ligne de masse

En premier lieu, le marxisme diffère de toutes les formes primitives du socialisme en ce qu’il ne rattache pas le mouvement à quelque forme de combat unique et déterminée.

Il admet les méthodes de lutte les plus variées, et il ne les « invente » pas, il se borne à généraliser, organiser, rendre conscientes les formes de lutte des classes révolutionnaires, qui surgissent spontanément dans le cours morne du mouvement.

Absolument hostile à toutes les formules abstraites, à toutes les recettes de doctrinaires, le marxisme veut que l’on considère attentivement la lutte de masse qui se déroule et qui, au fur et à mesure du développement du mouvement, des progrès de la conscience des masses, de l’aggravation des crises économiques et politiques, fait naître sans cesse de nouveaux procédés, de plus en plus variés, de défense et d’attaque.

Lénine, La guerre des Partisans

Dans les masses existent en germe les idées justes, les formes justes de mobilisation. Ce sont les masses qui font l’histoire : seul ce qui parle aux masses, qui les aide à s’organiser est juste. Tout discours abstrait sur ce qui est “moralement” bon est à jeter à la poubelle.

Dans ce mouvement existe en germe de nombreuses choses bonnes : volonté de lutter pour la baisse des prix, volonté de s’organiser, volonté de ne plus se laisser faire etc.

Il existe aussi de nombreux éléments réactionnaires : centralisation du discours sur les taxes, sur l’essence, sur l’immigration… c’est une vision de classe, bourgeoise, qui s’infiltre dans les rangs du prolétariat, encore plus dans les zones rurales où l’emprise idéologique du Front National peut être importante. Le gouvernement tente également de se servir de l’extrême droite comme d’un épouvantail en faisant comme si ce mouvement dans sa globalité était piloté par Le Pen et “l’ultradroite”, ce qui ne peut avoir comme effet que de donner du crédit aux fascistes qui s’affichent comme “populaires” mais qui défendent en réalité les intérêts de la grande bourgeoisie impérialiste française.

Face à cela, nous devons renforcer les éléments positifs, puis écraser les éléments négatifs, “séparer le bon grain de l’ivraie” comme on dit.

Comment ? En synthétisant des mots d’ordre justes, en les mettant en pratique, en renforçant leur emprise organisationnelle. Ces mots d’ordres doivent être simples, efficaces, pour ne pas être perdus de vue par les militants.

Le premier est : “on a toujours raison de se révolter”. Oui, les masses ont raison de se révolter ! Oui, il y a des problèmes, mais l’aspect central est la volonté de lutter et de s’organiser, l’expérience politique concrète.

Le second est : “baisse générale du coût de la vie” (qui n’est rien d’autre que “hausse générale des salaires”). Il faut insister sur ce point, : ce sont avant tout les profits des capitalistes qu’il faut attaquer car ils sont la raison de notre exploitation, que c’est notre travail qui produit tout, toutes les richesses.

Le troisième est : il faut résister physiquement à la police, “combattre la répression”. La violence révolutionnaire est nécessaire pour toute transformation réelle et durable de la société. Nous nous plaçons du côté de celles et ceux des masses qui subissent la répression parce qu’elles et ils ont osé relever la tête et reprendre leurs affaires en main ; nous n’avons en revanche que faire de la vermine fasciste qui serpente dans le mouvement pour distiller son venin.

Secondairement, il faut renforcer certaines idées dans le mouvement : nous devons rappeler que la catastrophe écologique vient de la façon dont le système économique est organisé : sa loi fondamentale est “le plus de profit possible dans un temps minimum” au plus grand mépris de tout le reste. Nous luttons pour un monde où la loi fondamentale de l’économie sera “la satisfaction maximale des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société “. Il faut aussi expliquer aux militants progressistes l’intérêt de classe des patrons, des bourgeois dans le mot d’ordre de baisse des taxes sur l’essence.

Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine !

Aujourd’hui il y a une grande colère dans la classe ouvrière et le prolétariat, contre les patrons, contre le gouvernement, contre l’Etat. Il peut y avoir des explosions brutales où les masses frapperont leurs ennemis, où il y aura de gros débordements.

Le rôle des communistes est de souffler sur le feu et de diriger les flammes dans la bonne direction, pas de tenter de l’éteindre. Nous devons être partout avec les masses quand il y a des revendications justes, quand les mots d’ordre prolétariens peuvent être mis en avant. Nous n’avons pas peur de lutter. Tout mouvement de lutte est traversé par les contradictions de la société. Il ne peut pas y avoir de mouvement “pur”, de mouvement parfait. Un mouvement pur, c’est un mouvement sans les masses, c’est un mouvement mort. Il existe des exemples d’agressions et de comportements dirigés par les fascistes visibles localement au sein du mouvement. Contrairement à la lutte principale que nous avons identifié comme étant la lutte contre la vie chère, ces exemples ne sont pas constitutifs du mouvement, pas explicatifs de la révolte des masses. Il est possible de lutter contre ces agissements localement, en coupant l’herbe sous le pied des fascistes et en éliminant les prétendus “porte-paroles” racistes, sexistes et parfois affiliés aux partis d’extrême-droite.

Voilà ce que disait à ce propos Lénine, qui résume les erreurs sur lesquelles nous avons mis le doigt, dans Une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles mêmes :

Supposer qu’une révolution sociale est pensable sans une révolte des petites nationalités dans les colonies et en Europe, sans des explosions révolutionnaires de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans le mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes inconscientes contre l’oppression de la noblesse, des églises, des monarchies et des nations étrangères – supposer cela serait ABJURER la révolution sociale. C’est s’imaginer qu’une armée prendra position en un lieu donné et dira “Nous sommes pour le socialisme”, et qu’une autre, en un autre lieu, dira “Nous sommes pour l’impérialisme”, et que ce sera alors la révolution sociale ! C’est seulement en procédant de ce point de vue pédantesque et ridicule qu’on pouvait qualifier injurieusement de “putsch” l’insurrection irlandaise.
Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. (…)
La révolution socialiste en Europe ne peut être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement – sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible – et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d’autres mesures dictatoriales dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne “s’épurera” pas d’emblée, tant s’en faut, des scories petites-bourgeoises.

Ce mouvement, comme tous les autres, est traversé par la lutte de classe. Chaque classe apporte ses propres mots d’ordre, ses propres volontés, ses propres militants. Les communistes doivent tout oser pour gagner la confiance des masses et renforcer le camp du prolétariat et des masses populaires. Dans cette lutte, notre Parti engage ses forces aux côtés des masses en lutte et s’efforce de démasquer les ennemis du peuple qui tentent de s’y infiltrer.

Sans révolution pas de libération ! Pour un féminisme prolétarien !

La tribune des 600 femmes contre les violences sexistes et sexuelles a trouvé un écho retentissant dans les médias. Ces 600 premières signataires appellent à descendre dans la rue le 24 novembre prochain. Cette tribune n’est pas une analyse mais une volonté de réunir le plus largement possible. Elle s’affiche comme une continuité de l’explosion du mouvement #metoo il y a un an, prolongé dans la rue.

Il est clair qu’un point fort, un moment commun de lutte des femmes contre les violences sexistes et sexuelles est nécessaire. Le mouvement #metoo et #balancetonporc ont eu un impact positif sur la libération de la parole, la prise de conscience des violences subies et un regain de confiance en soi pour de nombreuses femmes. Si cela constitue en effet des éléments pour entamer un processus d’organisation et de transformation, cela est loin d’être suffisant.

Tout d’abord parce que « exiger des mesures ambitieuses et des moyens » est un leurre. Nous ne devons rien attendre du vieil Etat, et surtout pas qu’il nous protège ! C’est lui même qui est responsable de la mise en place et de la sauvegarde d’institutions qui garantissent le maintient du statu quo, c’est à dire une place « toujours derrière l’homme » pour les femmes.

Ensuite parce que nous devons en effet changer les hommes en ce qu’ils ont d’oppresseurs pour les femmes ; et nous devons changer les femmes pour qu’elles prennent confiance en elles et réalisent tout le potentiel qu’elles ont malgré toute une éducation à leur dire qu’elles sont inférieures. Mais ces changements ne peuvent passer que par la lutte, mais surtout par la lutte révolutionnaire. Nous sommes matérialistes, c’est à dire que nous pensons que c’est le monde autour de nous qui façonne notre façon de penser et que donc, un système se répercute à tous les niveaux sur les individus qui le composent. Sans changer fondamentalement de système, impossible d’un changement réel et durable. La transformation des hommes et des femmes ne peut se concrétiser réellement et durablement que par un nouveau système et au travers du processus révolutionnaire qui détruira l’ancien et créera le nouveau. Concrètement, il s’agit d’en finir avec ce système d’exploitation et d’oppression qu’est le capitalisme pour développer le socialisme en direction du communisme.

Il faut également analyser d’où viennent les violences si nous souhaitons lutter contre celles-ci. Celles-ci viennent des hommes, non pas parce que ceux-ci seraient violents par nature envers les femmes ou que le machisme serait principalement le produit de la génétique, mais parce qu’au cours de l’évolution des sociétés humaines, les classes dirigeantes ont tour à tour relégué les femmes à un rôle unique de reproduction de la force de travail (donner naissance aux enfants, s’occuper du foyer,…). Les hommes ont ainsi pris la position dominante à tous les échelons de la société et cela s’est répercuté dans la société toute entière. Les hommes ont alors défendu leur place, usant de la violence envers les femmes pour les maintenir dans une position subordonnée. Mais il n’y a là aucune fatalité ! Tout comme il n’y a aucune fatalité à ce que le capitalisme soit le système qui perdurera pendant des millénaires – si tant est que la planète y survive…

Enfin, il faut bien considérer que toutes les femmes n’ont pas les même intérêts. Certaines subissent une triple oppression, celles d’être femmes, prolétaires et victimes du racisme ou vivant dans des pays dominés par l’impérialisme. Au contraire, certaines ont en effet intérêt à réformer le système, à le rendre moins pire parce que leur position de classe les préserve d’aller travailler à l’usine, d’aller faire les ménages, de s’occuper des enfants des autres 24h/24, de travailler dans les champs, dans la grande distribution avec des horaires à la con… Mais pour la grande majorité des femmes, l’intérêt n’est pas de réformer le système mais bien de le renverser et d’en mettre en place un nouveau. Un système où on ne serait pas enfermées dans notre rôle de mère, où il n’y aura pas de « plafond de verre » dans nos choix de vie, où on ne sera pas obligées d’être à mi-temps, sous-payées juste parce que nous sommes des femmes. Un système où la place égalitaire des femmes avec les hommes sera établie si fortement qu’il en coûtera cher à celui qui oserait s’en prendre d’une manière ou d’une autre à une femme.

Cette majorité de femmes, c’est nous, les travailleuses, les prolétaires, les ouvrières, les caissières, les femmes au foyer/chômage forcé, les « techniciennes de surface », les livreuses, les serveuses, les magasinières, les logisticiennes, … et toutes celles qui se placent de notre côté. Nous sommes les femmes les plus exploitées, celles qui ont le plus à gagner de la révolution.

Notre féminisme à nous n’est pas n’importe lequel. Il place les intérêts de la classe ouvrière avant ceux des autres. Il combat côte à côte avec les Camarades, femmes ou hommes, LGBT, qui veulent avancer vers la révolution. Il combat la bourgeoisie dans son ensemble, y compris les bourgeoises. Il ne dresse pas de barrières au sein de la classe. Il rééduque les hommes de la classe pour qu’ils combattent à nos côtés. Il unit et renforce les femmes de la classe. Il redonne confiance en nos propres capacités et compétences. Il nous permet de reprendre nos affaires en main.

Notre féminisme, c’est le féminisme prolétarien. Dans nos Textes de Base, nous l’affirmons en tant qu’outil pour la lutte contre le patriarcat aujourd’hui.

Nous appelons à descendre dans la rue le 24 novembre sous les mots d’ordre :

Sans révolution, pas de libération !
Pour un féminisme prolétarien !

Nous rendrons également hommage à Anuradha Ghandy, dirigeante révolutionnaire indienne et théoricienne du féminisme prolétarien décédée il y a 10 ans.

Construisons le mouvement des femmes par le féminisme prolétarien !

Immeubles effondrés à Marseille : ce n’est pas un accident , c’est un crime !

Lundi 5 novembre, 2 immeubles se sont effondrés à Marseille, dans le quartier de Noailles, un quartier populaire du centre ville, à cause de leur vétusté. Un troisième immeuble mitoyen, lui aussi habité, a été dans la foulée détruit par précaution tant la situation était précaire. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan définitif fait état de 8 morts, dont 5 étaient habitants sur place.

Immédiatement les pouvoirs publics ont tenté d’apaiser la situation en déclarant que ces immeubles n’étaient pas habités, ou que les gens à l’intérieur seraient des « squatteurs » ayant illégalement pénétré sur les lieux, soit disant déserts et murés à cause de leur insalubrité. Bien entendu ces déclarations étaient des mensonges, car au moins un de ces immeubles était habité « légalement ».

La mairie de Marseille a honteusement dénoncé la pluie qui est tombée ces derniers jours comme responsable du sinistre. Marseille est une des villes ou les précipitations moyennes sont les plus basses de l’État français, cet argument est donc une insulte lancée aux faces des familles des victimes et de celles et ceux qui subissent de plein fouet la crise du logement.

Le porte parole de l’association des habitants du quartier a déclaré :

“La situation des deux immeubles effondrés était connue de tout le monde. A la mairie, ils sont au pouvoir depuis 25 ans et ils laissent pourrir des immeubles sur pied, ils ne s’intéressent pas à la population de Noailles et ne veulent pas de logement social dans le centre”.

Un habitant du quartier ajoute :

“Les immeubles étaient délabrés, fissurés, ça se voyait que c’était du rafistolage. Ça a été évacué à un moment donné, puis les pauvres malheureux qui y habitaient sont revenus. Vous savez, c’est un quartier pauvre avec des marchands de sommeil…”

Les habitants du quartiers soulèvent ce problème de manière juste et désignent les principaux responsable de ce drame : les marchands de sommeil et leurs alliés des pouvoirs publics !
Cette situation n’est pas rare à Marseille. Déjà en 2015, une étude a mis en avant que 40 000 logements étaient indignes, insalubres et menaçaient la sécurité et la santé de 100 000 habitants. Le quartier de la Belle de Mai, également dans le centre ville, est considéré comme le troisième le plus pauvre d’Europe, et 55% de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Dans ces quartiers de Marseille, la mairie laisse pourrir les classes populaires. Les écoles, les maisons de quartiers, les crèches, tout ce qui ne rapporte pas ferme.La bourgeoisie veut gentrifier ces quartiers et exclure le prolétariat .

Les prix des terrains dans le centre des grandes villes ont atteint des prix faramineux, c’est pourquoi depuis Haussmann, les quartiers populaires ont été démolis pour faire place aux appartements somptueux, aux bureaux, aux banques et commerces. Les prolétaires sont chassés vers les cités des banlieues. Paris et sa région sont l’exemple le plus accompli de cette dynamique en France. Les banlieues ouvrières et prolétaires forment depuis des décennies une ceinture de fer autour du centre ville bourgeois. A Marseille comme ailleurs, les propriétaires des vieux immeubles ne les réparent pas et les vendent aux promoteurs qui les font partir à la découpe ou les louent à des prix élevés. Parfois des incendies criminels accélèrent la juteuse « rénovation ». Les prix des ventes et des loyers s’envolent.

Les plus démunis ne peuvent plus se loger que dans des taudis insalubres, vétustes, loués à prix d’or par les marchands de sommeil. Les plus pauvres, les SDF, ne peuvent même pas louer un logement quand ils travaillent car il faut 3 fois le salaire ou des garanties énormes dans les grandes villes.
Tout aboutit au mal logement et à la catastrophe sociale. L’effondrement d’immeubles insalubres habités n’est pas un accident isolé dans les pays impérialistes, c’est un meurtre de classe. Nous avions malheureusement déjà évoqué l’an dernier ce sujet dans un article sur les incendies du capitalisme à Grenfell, en Angleterre, et à Pedrógão Grande, au Portugal.

Photo d’un immeuble habité rapportée par une habitante de Saint-Denis (93) après l’effondrement des immeubles de Marseille

Friedrich Engels écrivait déjà en 1872 dans La Question du Logement :

«  Ce qui est certain, c’est qu’il y a dans les grandes villes déjà suffisamment d’immeubles à usage d’habitation pour remédier sans délai par leur emploi rationnel à toute véritable « crise du logement ». Ceci ne peut naturellement se faire que par l’expropriation des propriétaires actuels, par l’occupation de leurs immeubles par des travailleurs sans abri ou immodérément entassés dans leurs logis ; et dès que le prolétariat aura conquis le pouvoir politique, cette mesure exigée par le bien public sera aussi facile à réaliser que le sont aujourd’hui les expropriations et réquisitions de logements par l’État.  »

En matière de logement, comme dans chaque domaine, la bourgeoisie a pour politique le profit:
sur le logement, elle se sert 4 fois!
1. La plus-value prise sur le travail des travailleurs des carrières, fabriques de ciment, plâtre, verre, profilés d’aluminium, fer à béton, etc. ;
2. La plus-value prise sur le travail des ouvriers du bâtiment qui travaillent dans des conditions dégueulasses ;
3. La spéculation foncière, (vente de terrain et revente de locaux, appartements, etc.) et la rente foncière (location, fermage) ;
4. Le prêt bancaire pour l’achat des logements.

Le terrain est d’abord la terre à l’état brut : terres agricoles, prairies naturelles, forêts, montagnes, etc. En général, les municipalités, la région ou l’Etat rachètent à prix bas ces terrains dont les propriétaires ne connaissent pas la destination et donc la valeur future. Ils se chargent de les viabiliser (eau, électricité, égouts, routes, transports collectifs…) en faisant appel aux entreprises qui seront payées par les impôts. Leur prix bondit après viabilisation. Seulement, ils sont revendus au prix initial à des promoteurs immobiliers qui n’ont pris aucun risque mais encaisseront les profits lors de la revente: C’est la spéculation sur les terrains.

Le terrain viabilisé fait l’objet de spéculation foncière, qu’il s’agisse de terre agricole qui Dans ce régime, la viabilisation d’un terrain sert d’abord la spéculation foncière.
Les agents immobiliers et les promoteurs sont sur les rangs. Les deux font monter le prix du terrain et encaissent au passage une commission. En plus, ils prennent leurs bénéfices sur la vente des appartements et locaux construits ou récoltent la rente foncière sous forme de loyer pendant que les banques accordent des crédits qui vont faire doubler le prix d’achat de l’appartement en 20 ans. C’est le premier cycle de la spéculation foncière.

Pour maintenir le taux de profit, la bourgeoisie doit entretenir une certaine rareté dans la construction de logements ou la remise en état de logements anciens, sinon le cycle est fermé, la spéculation ne peut s’amplifier faute d’acheteurs ou de locataires demandeurs en attente. C’est pourquoi la bourgeoisie limite au minimum la construction de logements sociaux ou l’entretien des immeubles. La concurrence n’est ici qu’une façade: les gros promoteurs immobiliers tombent toujours d’accord sur notre dos!

Toutes les municipalités, quelle que soit leur couleur, sont prises dans l’engrenage de la spéculation et ne peuvent pas régler le problème du logement. Elles sont obligées de faire le choix du capitalisme. A l’échelon supérieur, l’État français avance lui aussi dans la même direction. Depuis la Loi ELAN adoptée le mois dernier, il vise un « choc de l’offre » (comprendre une attractivité renouvelée des logements pour les propriétaires et les riches municipalités) avec l’ouverture de baux précaires et la réduction des demandes sur les parcs de logements sociaux entre autres. Les villes riches, comme Neuilly par exemple, n’appliquaient déjà pas ces directives, préférant les amendes au coût social d’avoir des pauvres dans leurs centre villes et leurs banlieues chics. Des mesures répressives sont prévues contre les squatteurs et les mal logés, ce qui va rendre encore plus impossible le relogement pour les prolétaires dans les situations les plus précaires, comme les prolétaires immigrés.

En tant que communistes de l’État français, nous appliquons les deux leçons suivantes, que nous avions déjà soulignées il y a un an :

Tout d’abord, que les révolutionnaires ont un rôle à jouer dans les catastrophes que subissent les masses populaires, comme dans l’effondrement de ces immeubles à Marseille. Ces immeubles, nous y habitons, ces rues, ces quartiers, ces villes entières délabrées, laissées à l’abandon et rejetées par l’ordre bourgeois jusqu’à la rupture et le désastre, ce sont nos rues, nos quartiers et nos villes. Auprès des masses, nous devons aider les victimes des calamités, et nous atteler à démasquer les marchands de sommeil et les gentrificateurs. Nous devons chercher en tout lieu et à tout instant à développer la solidarité populaire, et à prévenir de telles catastrophes. Les luttes dont nous sommes témoins dans le monde, comme celles au quartier de Boyle Heights à Los Angeles, nous inspirent sur les méthodes d’organisation qu’adoptent les masses pour s’opposer au destin que la bourgeoisie leur a concocté à travers la gentrification et le mal-logement.

Deuxièmement, que la seule manière de combattre efficacement la situation actuelle des catastrophes du capitalisme en général, et du logement en particulier, c’est la solution de la révolution et la construction du socialisme comme moyens de protéger les masses. Notre stratégie révolutionnaire, la guerre populaire prolongée, nous apprend qu’il est primordial pour les masses de construire leur nouveau pouvoir en opposition à l’ancien pouvoir de la bourgeoisie.
Dans le cas du logement, nous avons montré comment tous les acteurs bourgeois, du propriétaire individuel en passant par la mairie et enfin l’État, assuraient par leur pouvoir qu’un système de logement meurtrier et dangereux pour les masses se perpétue. Cette situation est la preuve de la faillite du réformisme, et qu’il ne faut pas attendre un « gentil proprio », une municipalité « de gauche » ou un État bourgeois « providence », pour que la situation change.

C’est seulement par le développement de ce nouveau pouvoir, organisé par les masses elles-mêmes dans le cadre de la révolution socialiste, la guerre populaire, que les structures (comités d’immeubles, organisations de quartier, assemblées du logement) qui créeront les conditions nécessaires pour éradiquer définitivement les problèmes du logement sous le capitalisme pourront émerger et nous permettre de reprendre nos affaires en main.

A propos du référendum du 4 Novembre en Kanaky

Demain, dimanche 4 Novembre 2018, l’État français organise sur le territoire de la Kanaky (appelée Nouvelle-Calédonie par l’État colon) un référendum à propos de l’indépendance de la nation kanak. Abordée dans la presse comme une question périphérique, comme tout ce qui touche en général aux colonies de l’État français, cette votation est pourtant l’occasion de pointer du doigt la nature de cet État et les intérêts qu’il défend dans les territoires qu’il continue à occuper.

En effet, l’État français souhaite évidemment conserver la Kanaky dans son giron, car elle est un point d’importance.

Important pour la bourgeoisie monopoliste de ce pays, puisque cet ensemble d’îles et d’archipels au large du Pacifique et de la Mer de Corail couvre à lui seul environ 15 % des zones économiques exclusives (ZEE) françaises au large de ses nombreuses côtes. C’est l’apport des colonies, d’abord de la dite Polynésie française et de la dite Nouvelle-Calédonie, qui font de la France la deuxième plus grande ZEE mondiale. Les eaux concernées en Kanaky sont à des profondeurs océaniques, poissonneuses et potentiellement riches en minerais et bassins sédimentaires. La supervision et l’extraction est déjà prévue depuis plusieurs années par des programmes de repérage du gouvernement. Les ZEE sont un pilier de l’économie maritime. Elles étaient un argument phare et souvent abordé dans les interventions de Jean-Luc Mélenchon lors des élections de 2017 par exemple. Comme le reste des politiciens et des bourgeois de métropole, sa position sur le référendum est issue de sa place de choix dans l’État colon. Si, contrairement à une grande partie de la droite et du gouvernement qui veulent explicitement la victoire du « non », Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas prononcé, il admet pencher du côté du « rester ensemble » comme il l’a dit le 30 septembre sur France 3 (https://la1ere.francetvinfo.fr/jean-luc-melenchon-refuse-se-prononcer-referendum-independance-nouvelle-caledonie-633058.html). En plus de ces richesses marines, entre 20 et 40 % des réserves mondiales de nickel sont réparties sur le territoire de la Kanaky et l’État français tente de garder l’emprise par tous les moyens sur cette ressource stratégique. Même en cas d’indépendance formelle, l’impérialisme français conserverait la mainmise sur ces ressources comme il l’a fait pour ses ex-colonies africaines.

Alors « rester ensemble » ? Sous cette formule bien creuse, la réalité est très différente d’un simple choix qui se résumerait à « ensemble ou séparés ».

La Kanaky n’est pas une partie intégrante de l’État français, elle est une colonie depuis maintenant deux siècles. Successivement et conjointement colonie pénitentiaire où sont déportés les opposants et révoltés indigènes, colonie d’extraction minière, colonie de plantation et colonie de peuplement, la Kanaky n’a jamais été, depuis la proclamation de la domination française en 1853, libre et indépendante.

Face à cette situation, il est naturel que la résistance devienne le mot d’ordre. Le Front Indépendantiste puis le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS), son successeur, développent, dans les années 1980, des positions justes et visent la libération nationale pour la Kanaky. Ils pratiquent le boycott actif des scrutins et représentations « démocratiques » organisées par le colonisateur. En 1984, le leader Machoro défonce une urne à coup de hache. C’est le début des actions offensives du FLNKS. Ils organisent des prises d’otages et des attaques ciblées sur les ennemis du peuple kanak, en particulier les agents du colonisateur français sur place. Sur l’île d’Ouvéa en 1988, le FLNKS attaque une gendarmerie et organise son occupation et la séquestration des gendarmes. Cela intervient entre les deux tours de l’élection présidentielle française, pour protester contre le nouveau statut du territoire, les exactions et manipulations juridiques françaises ainsi que la votation fantoche organisée un an plus tôt. L’assaut des forces de l’État colon sur les commandos fait 19 morts, une grande partie d’entre eux étant décédés dans des circonstances suspectes. L’État étouffe l’affaire, ment et se blanchit d’avoir pratiqué des exécutions sommaires après les combats.

Avec des exemples tels que celui-ci, il est facile de comprendre pourquoi la lutte du peuple kanak est importante. Alors pour quelle raison ce référendum est-il ignoré et peu médiatisé hors de Kanaky ? Comment expliquer que les organisations indépendantistes kanaks les plus déterminées ait appelé à la « non-participation » au scrutin ?

C’est que la présence française en Kanaky ne se manifeste pas que par l’administration coloniale. Au contraire, l’afflux de métropolitains est tel que les kanaks représentent désormais seulement 40 % de la population des îles de la Kanaky. Malgré leur majorité relative, les Kanaks vivent face à face avec les colons, qu’ils soient Caldoches (européens installés depuis les débuts de la colonisation en Kanaky) ou Métropolitains, arrivés avec le boom du nickel dés les années 1960 et l’attrait économique renouvelé des îles. La composition de classe de l’économie du territoire ne trompe pas, et on retrouve aux postes clefs des entreprises exploitantes de l’archipel une majorité écrasante venue de la minorité européenne. L’Etat français n’a eu de cesse depuis les « accords » signés à Matignon à la suite du massacre d’Ouvéa en 1988 entre le FLNKS et le gouvernement de François Mitterrand, de repousser l’échéance de la consultation, initialement prévue en 1998. Le gouvernement Jospin le repoussera a 2014, pour ne la voir finalement organisée qu’en 2018, laissant le temps à l’État colonial français de renforcer son emprise coloniale et économique sur la région. La Kanaky est aujourd’hui, comme l’était l’Algérie en 1954, une colonie de peuplement, où 73000 colons français écrasent démographiquement les kanaks dans les centres urbains du pays. Les kanaks eux, sont repoussés dans les périphéries ou dans des bidonvilles autour de Nouméa. Le rapport de domination économique et géographique entre colons et colonisés n’a fait que se renforcer d’années en années, en dépit des illusions d’ « autonomie » promises par l’État français.

Les conditions de vote au référendum, si elles excluent les nouveaux arrivants, donnent une voix favorable au vote en bloc des français présents pour le maintien de la Kanaky dans l’État français. De cette manière, les conditions démographiques spécifiques de l’archipel déterminent déjà à l’avance le résultat.  Et bien avant elles, ce sont les aspects socio-économiques de la Kanaky qui priment. Les nombreuses dénonciations d’un « simulacre » ou d’une « escroquerie » sont donc bien fondées.

Nous avons dit jusqu’ici pourquoi la situation en Kanaky, l’une des dernières colonies majeures de l’État français, était importante pour eux, pour la bourgeoisie monopoliste impérialiste française, pour ses agents sur le terrain, qu’ils soient bourgeois, petits bourgeois venus profiter des îles ou forces de répression. Mais pourquoi est-elle importante pour nous, communistes de l’État français ?

En tant que marxistes-léninistes-maoïstes, nous affirmons le droit inconditionnel des peuples à disposer d’eux-mêmes, et nous reconnaissons que les luttes de libération nationale à l’époque de l’impérialisme sont liées indéniablement aux luttes pour la révolution prolétarienne mondiale. La politique coloniale pratiquée en Kanaky par l’État français bafoue tous les droits des masses populaires et la résistance revendiquée par le peuple kanak est par conséquent justifiée et légitime !

Le référendum de ce dimanche n’est qu’une poudre aux yeux jetée à l’opinion nationale et internationale. Il doit provoquer en nous l’effet contraire.

Il doit nous rappeler que nous vivons et luttons contre un État toujours colonial, toujours impérialiste, qui opprime tant dans la métropole que dans ses colonies directes et ses semi-colonies.

Les martyrs d’Ouvéa nous rappellent que sous une façade démocratique, l’impérialisme est toujours prêt à massacrer ses opposants quand il se sent menacé.