Entre la chute du mur et le pacte germano-soviétique : le révisionnisme historique de la bourgeoisie, Partie II

Nous proposons dans ce texte en 3 parties une réponse claire à la conception du monde de la bourgeoisie sur le communisme et l’histoire récente, notamment mise en avant lors de l’année 2019 par le « Parlement Européen » de Bruxelles et les différentes bourgeoisies d’Europe, notamment française.

L’ALIBI DU PACTE GERMANO-SOVIÉTIQUE : LA FAUSSE ÉQUATION NAZISME = COMMUNISME

 

La signature d’un pacte de non-agression il y a maintenant 80 ans entre l’Union Soviétique et le Troisième Reich continue de servir d’argument pour expliquer que les deux régimes se valaient et qu’ils étaient l’un et l’autre totalitaire. Si l’utilisation du terme totalitaire est fortement décriée dans le milieu universitaire (principalement anglo-saxon), cette grille de lecture purement idéologique continue d’être utilisée jusque dans les manuels scolaires : Après tout, les lois de Nuremberg vaudraient bien la politique contre les koulaks mené en URSS au moment de la collectivisation. Ce qui frappe pourtant le plus, c’est que 80 ans après la signature de ces accords, l’on continue de nous mentir sur ce qui a emmené deux puissances opposées à conclure un tel pacte. L’explication de la proximité de deux dictateurs qui « s’aimaient finalement bien » ne tient pas la route si l’on se penche sur la politique de sécurité collective que l’URSS porte depuis son entrée à la SDN (Société des Nations, sorte d’ancêtre de l’ONU mais à tête anglaise à l’époque) en 1934, c’est à dire restreindre et refreiner la montée en puissance d’une Allemagne qui n’a que comme souhait de détruire l’URSS et de mettre en esclavage les slaves la constituant.

Faire uniquement peser le déclenchement du second conflit mondial sur la signature du pacte germano-soviétique, c’est purement et simplement oublié que les germes du second conflit mondial trouvent ses racines dans l’immédiate après-guerre. Entre la révolution d’Octobre et l’intervention impérialiste dans la guerre civile, le redécoupage hasardeux des frontières suite à la paix de Versailles ou encore la prise de pouvoir des fascistes en Italie, puis en Allemagne, tous les ingrédients étaient réunis pour permettre une reprise des hostilités. Il suffit de porter rapidement attention à la situation dans les années 20 sur deux Etats qui sont littéralement des parias : D’une part l’URSS pour des raisons idéologiques et politiques évidentes, mais également la République de Weimar, sur qui pèse la responsabilité de la première guerre mondiale et qui doit expiée ses fautes. Ce qui explique entre autres pourquoi les deux pays vont décider de signer le Traité de Rapallo en 1922, permettant une entraide économique mais aussi militaire. (Qui prendra fin à la toute fin des années 20 et au début des années 30 avec l’accession au pouvoir de Hitler) Mais la donne va changer à la fin des années 20 et plus précisément en 1927, quand la Pologne des Colonels va subitement rompre ses relations avec l’URSS et la Grande-Bretagne rompre son partenariat économique et sa reconnaissance diplomatique suite à l’affaire de l’ARCOS, augurant possiblement un conflit sur la frontière ouest de l’URSS que la direction soviétique prenait très au sérieux. Vis à vis de l’Allemagne, les plans successifs Young et Dowes vont permettre de remettre à flot l’économie allemande afin que l’Allemagne puisse rester un débiteur important, avant que le krach de 1929 ne mette un terme définitif à l’espoir de solvabilité des deux plans successifs.

Pour bien comprendre le cheminement qui va conduire à la seconde guerre mondiale, il faut jeter un coup d’œil rapide à la multiplication des conflits inter-impérialistes dans les années 30 : L’invasion de la Mandchourie par l’Empire du Japon en 1931, puis l’invasion du reste de la Chine en 1937. L’invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste en 1935. (Avec la bénédiction de la France, puisque l’on ne parle jamais du « Front de Stresa » ni du pacte Hoare-Laval qui reconnaît définitivement la main-mise de l’Italie sur l’Éthiopie récemment conquise) La guerre du Chaco entre 1932 et 1935 entre la Bolivie et le Paraguay qui voit s’opposer l’impérialisme anglais et l’impérialisme américain. (Ce conflit est notamment caricaturé par Hergé dans l’Oreille Cassée, une aventure de Tintin) La Guerre d’Espagne va également être un terrain de chasse pour l’impérialisme allemand et italien pour le contrôle de la Méditerranée face à l’impérialisme anglais. A côté de ces conflits, il y a une multiplication de pactes qui vont se faire avec l’Allemagne d’Hitler, qui sont souvent purement et simplement non mentionné : Si tout le monde connaît le pacte d’assistance mutuelle liant la France et l’URSS signé en 1935, peu savent que l’Allemagne a conclu des pactes de non-agression notamment avec la Pologne en 1934, qu’en 1935 elle s’accorde sur un traité naval avec l’Angleterre permettant le réarmement d’une partie de sa flotte de guerre. L’Angleterre conclura d’ailleurs en 1938 un pacte de non-agression avec l’Allemagne, juste après le Traité de Munich. En 1936, l’Allemagne, le Japon et l’Italie signent le Pacte anti-komintern, résolument tourné contre l’URSS. En 1939, l’Allemagne signera des pactes de non-agression avec la plupart de ses voisins, allant jusqu’à la Roumanie, la Hongrie ainsi que les Pays Baltes. Seul le pacte germano-soviétique d’Août 1939 est constamment mit en avant, laissant de côté d’autres pactes qui auront une conséquence concrète sur le déclenchement de la seconde guerre mondiale.

Il faut à ce stade, prendre un peu de recul. Si aujourd’hui l’accession au pouvoir de Hitler et du NSDAP est vécue comme une tragédie par la bourgeoisie et sa réécriture de l’histoire, il n’en était pas de même en 1933. Réfléchissons un peu : Qu’est-ce qui différencie à ce moment-là Hitler d’un Mussolini en Italie, d’un Horthy en Hongrie ou de la Pologne des Colonels ? A vrai dire, la mise en place des programmes d’exterminations des juifs et des « sous-hommes », l’Aktion T4 et tout ce qui s’ensuivra n’est pas encore proclamé, ni même en action. Hitler ressemble à s’y méprendre à énormément de ses contemporains en Europe, à la tête d’une dictature qui est avant tout viscéralement anticommuniste. Le nazisme n’est donc pas comme on peut l’entendre une « catastrophe dans l’histoire », ou un « moment incompréhensible de terreur et de barbarie ». Si l’on regarde bien les bases idéologiques du nazisme, il est parfaitement contemporain à sa période : Le nazisme n’est rien d’autre que la crise de l’impérialisme et de la bourgeoisie suite au krach de 1929. Il n’est en rien un « corps étranger » qui viendrait se greffer sur le peuple allemand (« un peuple d’artistes et de philosophes »), le nazisme est avant tout le produit de la réaction politique et donc de l’impérialisme, la « dictature des éléments terroristes et réactionnaires du grand capital » pour reprendre la définition scientifique du fascisme énoncé par Dimitrov en 1935 lors du 7ème Congrès de l’Internationale Communiste. Rien de plus normal donc que de signer des pactes avec lui, de s’entendre économiquement et même de l’aider à son redressement. Hitler est avant tout vu comme le bélier qui servira certainement à écraser l’URSS. Si les puissances impérialistes le savent, l’URSS le sait également…

Poussons le cheminement encore plus loin. Lors de la signature du pacte germano-soviétique, qui est le plus coupable selon la bourgeoisie ? Staline ? Mais non, c’est un communiste sanguinaire qui assassine son propre peuple. C’est plutôt Hitler qui est le plus coupable, pourquoi va-t-il signer un pacte de non-agression avec cet Etat honni, ces liquidateurs de propriété privée ? Il faut bien comprendre qu’à ce moment-là, se pose la question importante des conflits inter-impérialistes brièvement énoncé plus haut, chose que le Komintern et la direction soviétique prendront très au sérieux. L’impérialisme français et anglais ont d’abord essayé de s’attirer les faveurs de l’Italie, car cette dernière s’opposait aux visées de l’impérialisme allemand sur l’Autriche (Qui a connu une guerre civile opposant l’armée aux sociaux-démocrates, qui va conduire à l’instauration d’un régime fasciste très proche de celui en Italie) : Ce qui explique les mains libres qui sont laissés à l’Italie en Éthiopie et les accords entre la France et l’Italie à propos des sphères d’influences en Afrique (Notamment à propos de Djibouti ou de la frontière entre le Tchad et la Lybie sous domination italienne), mais comme mentionné plus haut les Anglais vont rompre le « Front de Stresa » notamment en signant un accord naval avec l’Allemagne en vue de son réarmement. L’échec du « Front de Stresa » et les sanctions anglaises contre Mussolini vont pousser ce dernier à se rapprocher d’Hitler. Le problème de fond qui se pose dans les relations inter-impérialistes est le suivant : Peut-on laisser à Hitler carte blanche ? Si l’impérialisme français est prêt à des concessions (Comme nous le verrons avec la Tchécoslovaquie et ses alliés à l’est), l’Angleterre l’est tout autant et semble prête à se détourner de l’Europe tant que l’Allemagne puisse lui garantir ses colonies et son empire. (Rappelons ici que l’abdication de Edouard VIII en décembre 1936 du trône de de Royaume-Uni ne provient pas de son remariage avec une divorcée du nom de Wallis Simpson, mais bien de ses sympathies pour le nazisme qu’il partageait avec sa nouvelle femme…)

Après l’Anschluss de l’Autriche en 1934, l’Allemagne se tourne vers la région des Sudètes et réclame le rattachement des allemands vivant dans cette zone. Si l’Allemagne par les accords de Locarno en 1925 garantissait ses frontières occidentales (Elle violera les accords en remilitarisant la Rhénanie en 1936 sous prétexte du pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique), il n’en était pas de même pour ses frontières orientales. S’attaquer à la Tchécoslovaquie, c’était s’attaquer à un allié de la France. Cette dernière avait contracté avec la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Yougoslavie une alliance militaire baptisée la « Petite Entente », devant lutter contre la résurgence de l’Autriche-Hongrie puis de la Hongrie fasciste de Horthy qui voulait briser le Traité de Trianon et recouvrir ses frontières « naturelles ». On tergiverse donc pour trouver une solution et le pauvre Edouard Benes dirigeant de la Tchécoslovaquie, va lâchement se faire abandonner par ses alliés quand les Français et les Anglais vont signer le Accords de Munich. Sous le signe de « l’Apaisement » tant vanté par Neville Chamberlain, c’est en fait la porte ouverte laissée à l’impérialisme allemand pour se tourner vers l’est et donc vers l’URSS… Comment cette dernière doit se positionner vis à vis de tout cela ?

C’est grâce à l’intervention de Louis Barthou, ministre des affaires étrangères de la France, que l’URSS est admise à la SDN en 1934. Barthou est un conservateur et un anticommuniste, mais il est conscient de la menace que fait peser l’Allemagne d’Hitler. Pour le vaincre, il faut renouer les anciennes alliances comme celle de 1914 : Un front commun de la France, de l’Angleterre et de la Russie. Barthou meurt en Octobre 1934 en même temps que le Roi Alexandre I de Yougoslavie, assassiné par des Oustachis lors de sa visite à Marseille. Son remplacement par Laval qui passe encore pour un homme de gauche à ce moment-là, conduit au pacte d’assistance mutuelle de 1935 qui ne restera qu’un morceau de papier. L’URSS cependant, se fait championne de la sécurité collective. Elle est la seule à condamner l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie par exemple, ou encore à s’opposer à l’Anschluss. Lorsque Hitler revendique les Sudètes, l’URSS contacte les Alliés Occidentaux et leur fait savoir qu’elle est prête à intervenir. En effet, elle dispose d’un pacte d’assistance mutuelle avec la Tchécoslovaquie et pour assurer sa sécurité, l’URSS est prête à faire bouger des divisions de l’Armée Rouge. Un seul problème : Il n’y a pas de lien terrestre et frontalier direct entre l’URSS et la Tchécoslovaquie, le passage ne peut s’effectuer que par la Roumanie ou par la Pologne. La Pologne des Colonels (Que nous aborderons un peu plus tard) refuse de laisser passer les troupes soviétiques. Il en est de même pour la Roumanie, bien qu’elle paraisse moins timide. Dans l’impossibilité d’intervenir, l’URSS doit se résigner. Insulte suprême, elle ne sera d’ailleurs pas invitée à participer aux Accords de Munich, preuve de plus que l’on ne souhaite pas la voir s’ingérer dans les affaires européennes. Winston Churchill, anticommuniste notoire, sera célèbre pour avoir déclaré « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez quand même la guerre ! » mais également pour avoir analyser froidement le résultat des Accords de Munich. Dans ses mémoires, il expliquera qu’il s’agissait là d’une véritable gifle adressée à Staline, une gifle qu’il n’était pas près d’oublier.

Après l’occupation totale de la Tchécoslovaquie, il devient clair pour l’URSS que le conflit avec l’Allemagne Nazie éclatera sous peu. Quelles étaient les alternatives pour les soviétiques ? Faire cavalier seul et se lancer à l’assaut de l’Allemagne ? Peu de chance, il y aurait eu une coalition antibolchévique bien plus puissante que celle qui avait émergée après Octobre 1917 et qui aurait très certainement mise à genoux l’Union Soviétique. Laisser les choses se faire ? Une position d’attente impossible, pas après la politique d’apaisement de l’impérialisme anglais et la mollesse de l’impérialisme français qui a accepté que son arrière cours en Europe Orientale passe sous contrôle allemand. Restait donc une dernière possibilité, celle de chercher coûte que coûte un accord avec les Alliés… Ou bien avec Hitler. Durant l’année 1939, l’Union Soviétique relance les Alliés Occidentaux pour constituer une alliance militaire et de revers pour contraindre Hitler à arrêter ses plans d’expansions impérialistes. Contre toute attente, les Alliés acceptent d’envoyer une mission militaire pour discuter d’une telle éventualité. Mais pour montrer leur peu d’empressement, ils affrètent un navire des plus lents qui doit conduire la délégation à Leningrad, de quoi perdre encore quelques semaines. Pendant ce temps, les entretiens entre Halifax et Ribbentrop se poursuivent et un possible accord se dessine entre l’impérialisme anglais et l’impérialisme allemand. Jusqu’aux derniers instants, Chamberlain maintiendra ouvert des pourparlers avec l’Allemagne pour un possible partage des sphères d’influences en Europe. Le double-jeu des Occidentaux est complet et les soviétiques ne sont plus dupes. Devant Voroshilov (Commissaire du Peuple à la Défense) et le Maréchal Shaposhnikov, les représentants militaires français et anglais n’ont aucun pouvoir pour signer quoi que ce soit et n’ont pas grand-chose à proposer à leurs interlocuteurs soviétiques. S’en est fini, l’URSS comprend définitivement qu’elle n’arrivera à aucun accord avec les Alliés occidentaux. (Ces derniers ont d’ailleurs proposé une série de clauses pour les soviétiques, dans le cas où l’Allemagne venait à envahir la Roumanie ou la Pologne, voir les Pays Baltes. Mais quand les soviétiques ont demandé des contreparties si jamais elle se faisait attaquer, les Alliés ont systématiquement fait la sourde oreille. Ce qui fera dire à Staline lors du XVIIIème Congrès du Parti Communiste qu’il était hors de question de « tirer les marrons du feu pour les autres »)

Reste alors l’Allemagne d’Hitler. Il faut ici cependant, clarifier notre point de vue : Nous ne fantasmons pas le pacte germano-soviétique tout comme nous ne le défendons pas bec et ongle. Il s’agit d’un sujet non seulement délicat, mais qui regorge d’événements qui laissent encore une trace indélébile sur le mouvement communiste international. Ce choix a été imposé à l’URSS, tout comme on lui a imposé de force le traité de Brest-Litovsk. Ceci étant dit, il faut revenir sur la position allemande à ce moment-là. Hitler suivait avec attentions les pourparlers entre l’URSS et les Alliés Occidentaux grâce à ses services de renseignements. Quand il a su qu’il y avait la possibilité de pouvoir discuter avec l’URSS une fois les Alliés hors-jeu, il a sauté sur l’occasion. C’est ainsi qu’à la fin d’Août 1939, Ribbentropp alors ministre des affaires étrangères de l’Allemagne Nazie, s’envole pour Moscou. Des discussions qui vont suivre, va naître le pacte germano-soviétique. Rappelons d’abord de manière préliminaire qu’il s’agit d’un pacte de non-agression, c’est à dire que les deux États signataires reconnaissent exclure un possible Etat de guerre. Parler d’alliance est absurde, en plus d’être fallacieux : Si l’URSS avait été allié avec l’Allemagne, elle aurait envahi conjointement la Pologne début Septembre 1939 et les Alliés lui aurait déclaré la guerre. Chose qui jusqu’à preuve du contraire, ne s’est pas produit. Des protocoles secrets qui vont en découler, l’URSS va arracher des territoires qui vont lui être précieux pour organiser davantage sa défense : Toute la partie orientale de la Pologne qui lui avait été prise suite au Traité de Riga va revenir à la Biélorussie et l’Ukraine. Elle va également recouvrir la Béssarabie, que la Roumanie avait envahie en pleine guerre civile en Russie. Elle va étendre son influence dans les Pays Baltes, au nez et à la barbe des nazis, en incorporant ses pays au sein de l’URSS. Finalement, elle se tournera vers la Finlande pour sécuriser Leningrad. Nous y reviendrons. Il ne faut pas oublier que si les yeux sont rivés sur le pacte germano-soviétique en cet fin d’Août 1939, la situation en extrême-orient aurait pu dégénérer entre l’Empire du Japon et l’Union Soviétique. Depuis 1931 et l’invasion de la Mandchourie, le Japon s’infiltre et provoque des conflits frontaliers avec la République Populaire de Mongolie. En 1939, les conflits dégénèrent en affrontement armés violents autour de Khalkin Gol. Joukov dépêché sur place, va battre les Japonais et freiner définitivement toute tentation de l’impérialisme japonais de chercher à poursuivre vers la Sibérie pour son expansion. La signature du pacte germano-soviétique va également convaincre le Japon de se détourner de l’URSS, pour se concentrer sur son expansionnisme en Asie du Sud-Est.

Le cas de la Pologne ainsi que le cas de la Finlande sont à étudier avec beaucoup d’attention. La Pologne qui surgit après plus d’un siècle et demi de non-existence en 1918 est dirigé par Josef Pilzudski, qui cherche à restituer le grand-duché de Pologne-Lituanie. C’est bel et bien la Pologne qui déclare la guerre à la jeune Russie soviétique en 1920 et non l’inverse ! C’est elle qui impose avec l’aide des Français et des Anglais le Traité de Riga et la ligne Curzon, incorporant en son sein une partie importante de la Biélorussie et de l’Ukraine. Régime autoritaire, dictature militaire après le coup de Pilzudski en 1926 : Si l’historiographie dominante représente la Pologne comme un État certes autoritaire, elle oublie volontairement d’expliquer en quoi cette Pologne réactionnaire est très liée avec l’Allemagne et qu’elle n’est pas prise entre deux États totalitaires, mais qu’elle s’est entièrement liée à l’Allemagne Nazie contre l’URSS. (Ce qui peut s’expliquer par la russophobie et le passé entre les deux pays, notamment la domination russe) Des études sérieuses chez des historiens allemands et polonais tendent à démontrer que si la Pologne avait accepté de céder le Corridor de Danzig, peut-être que cette dernière aurait tout simplement acceptée de rejoindre l’Axe et de participer à la curée contre l’Union Soviétique. N’oublions pas également que la Pologne va participer activement au dépeçage de la Tchécoslovaquie, s’arrogeant la région de Teschen. Ce n’est finalement que le refus de céder le Corridor de Danzig, qui pousse l’Allemagne Nazie à envahir la Pologne… Car l’URSS elle décide d’attendre la capitulation officielle du gouvernement polonais et sa sortie du territoire avant d’intervenir dans des territoires qui selon le droit international, n’ont plus de gouvernement légal. Parler d’invasion de la Pologne par l’URSS est donc impropre.

En ce qui concerne la Finlande, cette dernière a recouvrée son indépendance après la chute de l’Empire Tsariste, en 1918. S’ensuit un conflit civil du même type qu’en Russie, où les gardes rouges finlandais sont massacrés par les gardes blancs. Dès son indépendance, la Finlande est influencée et sous le giron de l’Allemagne. La Finlande monte pour ainsi dire la garde le long de la frontière et est très utile au sein du « cordon sanitaire » qui entoure l’URSS. (Par cordon sanitaire, l’on faisait référence à cette époque à la suite de pays qui servait à isoler l’URSS sur un plan purement frontalier et militaire. La Finlande, les Pays Baltes, la Pologne et la Roumanie en faisait partie et dans la majorité de ses pays, des régimes autoritaires voir plus tard fascistes prendront le pouvoir. L’une des revendications de l’URSS à la fin de la seconde guerre mondiale sera de faire sauter le verrou du cordon sanitaire et de demander que les gouvernements de ces pays ne soient plus antisoviétiques. ) Dans l’orbite de l’impérialisme allemand, c’est ce dernier qui lui permet de constituer la « Ligne Mannerheim » et également de pouvoir s’équiper militairement. Le danger qui pèse sur l’URSS est simple : La frontière entre les deux États est très proche au niveau de la ville de Leningrad, berceau de la révolution russe mais également vile industrielle importante. Depuis de nombreuses années, les soviétiques avaient proposés un échange de territoire pour repousser cette frontière et permettre de louer au gouvernement finlandais des petites îles dans la Baltique pour sécuriser l’accès à la mer et à la ville. Le gouvernement finlandais à continuellement refusé, alors que la rétrocession de territoire proposé par les soviétiques leur était favorable. Finalement, l’URSS déclarera la guerre à la Finlande le 30 Novembre 1939, dans ce qui est appelé la « Guerre d’Hiver ».

Non correctement préparée, stratégiquement déboussolée et encore secouée par les purges nécessaires qui ont frappées l’Armée Rouge quelques années auparavant, l’URSS piétine. Elle essaye de mettre sur pied un gouvernement démocratique finlandais pour susciter un soulèvement dans le pays : C’est un échec et l’idée est rapidement abandonnée. La réaction des Occidentaux est par contre spectaculaire. Alors qu’ils sont en guerre contre l’Allemagne depuis le début de Septembre 1939, les alliés échaudent des plans pour… attaquer l’URSS ! Les anglais proposent une mission commune avec les français afin de frapper Bakou dans le Caucase, tandis que les français livrent du matériel et préparent même un corps expéditionnaire pour aller se battre du côté des Finlandais. La SDN de son côté, expulsera l’URSS suite à cette « agression contre la Finlande ». Il faudra trois mois de combats dans des conditions météorologiques difficiles et suite à la percée dans la Ligne Mannerheim, pour que l’URSS propose la paix à la Finlande. Cette dernière accepte et perd davantage de territoires suite à cette paix que si elle avait accepté le règlement à l’amiable le tracé des frontières. La Finlande participera d’ailleurs du côté de l’Allemagne à l’Opération Barbarossa, dans ladite « Guerre de continuation » jusqu’à ce qu’elle signe à nouveau la paix en 1945, sans aucun changement de régime. Très souvent décrié comme un acte impérialiste et inqualifiable, comme une agression contre un pays neutre, l’intervention soviétique est qualifiée comme suit par Urho Kekkonen, ancien Président de la FInlande qui déclarera en septembre 1963 que : « Maintenant, plus de 20 ans après, si nous nous mettons dans la position de l’Union soviétique, puis en considérant l’attaque allemande en 1941, alors les considérations qu’avaient, et que se devaient d’avoir les Soviétiques quant à leur sécurité à la fin des années 1930, deviennent compréhensibles ».

C’est tout cela qu’il faut avoir en mémoire, pour appréhender correctement la situation qui a obligée l’URSS à signer ce pacte de non-agression. Si l’historiographie dominante continue d’expliquer qu’il s’agissait là d’une entente entre deux dictateurs qui s’admiraient secrètement et qui partageaient les mêmes desseins, il suffit de se tourner vers les contemporains de l’époque pour se rendre compte du grotesque de cette soi-disant « amitié ». Dans les conversations qu’il a avec Felix Tchouiev, Vyacheslav Molotov alors Commissaire du Peuple aux Affaires Étrangères de l’URSS à cette époque raconte la venue de Ribbentrop et la signature du pacte. Au moment de porter un toast, Staline lève son verre et dit « Je lève mon verre à Staline, le premier des antikominternien ! ». Incompréhension du côté des allemands, mais joie d’Hitler quand son ministre lui rapportera ses paroles. « Ils ne nous ont jamais compris », dira malicieusement Molotov. Il racontera également que Staline fera porter un toast à Kaganovitch, alors Commissaire du Peuple à l’Industrie Lourde. Kaganovitch, d’origine juive, aura donc eu un toast en son honneur délivré par… Ribbentropp. Voilà la réalité quasi ubuesque qu’allait entretenir le pacte germano-soviétique d’Aout 1939 à Juin 1941, jusqu’au moment où Hitler déchaînera ses armées pour envahir et tenter de réduire en esclavage les peuples d’Union Soviétique.