Entre la chute du mur et le pacte germano-soviétique : le révisionnisme historique de la bourgeoisie, Partie III

Nous proposons dans ce texte en 3 parties une réponse claire à la conception du monde de la bourgeoisie sur le communisme et l’histoire récente, notamment mise en avant lors de l’année 2019 par le “Parlement Européen” de Bruxelles et les différentes bourgeoisies d’Europe, notamment française.

L’UNION EUROPÉENNE, MACHINE ANTICOMMUNISTE ? GRANDE NOUVELLE !

 

Comme expliqué auparavant, la manière de comprendre et concevoir le monde dans les manuels scolaires peut se résumer comme ceci : Une première guerre mondiale affreuse, avec ses poilus et ses soldats morts pour rien, un entre deux guerre passé au hachoir qui se résume le plus souvent à expliquer que le totalitarisme hitlérien et stalinien mettait en péril le devenir du monde, puis à partir de 1945 la sortie du totalitarisme et la construction européenne, véritable havre de paix et d’entente avec les peuples. Mais il faudra attendre 1991 et la chute du communisme pour que cette unité puisse être pleinement réalisée. Si l’on peut se plaindre qu’il existe un “roman national” dans l’État Français (Une “France” mythique qui va de Vercingétorix à Clovis, de Philippe Auguste à Napoléon puis de De Gaulle à Macron), il existe également un roman supranational dans l’histoire de la “construction européenne”, rempart contre le totalitarisme et œuvre bienfaitrice qui ne visait qu’à rapprocher les peuples entre eux. Guère étonnant donc que l’Union Européenne puisse adopter un texte comme celui du 19 Septembre dernier, intitulé “Importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe”. Si cette résolution pose problème, c’est parce qu’elle entérine finalement une conception du monde qui prédomine depuis maintenant quasi trente ans : Le nazisme et le communisme sont l’un et l’autre le mal incarné, ils ont l’un et l’autre commis des génocides, il faut s’en souvenir comme deux frères qui marchaient main dans la main contre la liberté et la démocratie.

Si l’on y réfléchit un peu, il s’agit de l’aboutissement dans l’État Français des conceptions de François Furet et de Stéphane Courtois et en Allemagne d’un Ernst Nolte : Ce dernier expliquant clairement que le nazisme n’est finalement que le miroir déformant du bolchevisme et qu’il n’y a eu le fascisme qu’en réaction à la Révolution d’Octobre 1917. En gros, c’est à cause de Lénine et des bolcheviks qu’il y a eu Auschwitz… Ou comment en clair réhabiliter en douceur le nazisme. Si l’historiographie marxiste a souvent identifié le fascisme comme répondant avant tout à la nécessité d’écraser la classe ouvrière et la possibilité d’une révolution (Les mots de Clara Zetkin, communiste allemande, qui déclarait que le fascisme était finalement le châtiment pour le mouvement révolutionnaire de ne pas avoir accouché d’une révolution), il est également intéressant de replacer le fascisme dans un contexte de durcissement de l’impérialisme et de la grave crise qui se produit lors de l’après-guerre et qui va en s’amplifiant jusqu’au krach de 1929. En Italie comme en Allemagne, il s’agit principalement en plus d’écraser définitivement tout mouvement révolutionnaire, de réorienter une économie chancelante, de briser les salaires, les syndicats et de rouvrir des perspectives de conflits ouverts impérialistes dans un repartage du monde.

Ce qui permet d’expliquer plusieurs choses : Pourquoi la bourgeoisie des pays impérialistes “démocratique” considéraient un Mussolini ou un Hitler comme “garant de la civilisation” ou des “redresseurs de la morale européenne” ? Encore une fois, il n’y avait rien de bien choquant dans ses régimes et plus particulièrement le régime hitlérien avant qu’il ne se lance dans la solution finale. Dans l’Etat Français, même l’extrême-droite germanophobe des Maurras, La Rocque ou des Bainville qui vitupéraient la République de Weimar comme un avatar du militarisme prussien responsable du premier conflit mondial, louèrent le redressement moral, politique et économique de Hitler pour son pays. Qu’est-ce qui différenciait fondamentalement les lois de Nuremberg en Allemagne, des lois raciales qui étaient appliqués par exemple aux États-Unis, pays de ségrégation par excellence ? Pas grand-chose, si l’on pense que le concept de sous-homme (Untermensch) a été théorisé par un américain du nom de Lothrop Stoddard, membre du Ku Klux Klan qui sera d’une grande influence dans les théories raciales nazis. Les théories eugénistes développés par les nazis n’étaient également pas étrangères aux conceptions que pouvaient en avoir les classes dominantes anglaises ou américaines. (Il suffit de songer à Théodore Roosevelt, Président des États-Unis qui était en faveur de l’eugénisme et très loin de pouvoir être qualifié de nazi !) A terme, ce que reprochait finalement l’Allemagne Nazi à l’Angleterre ou aux Etats-Unis c’était d’être “abatardi” par la “juiverie internationale” alors qu’ils représentaient la race conquérante blanche anglo-sxonne ou encore que la France était devenue “nègre” en employant ses troupes coloniales lors de la guerre ou encore lors de l’occupation de la Rhénanie, favorisant le début de “l’invasion de l’Europe par l’Afrique” (Thèse qui finalement pourrait rejoindre celle du “Grand Remplacement” si à la mode par les temps qui courent…)

Le fascisme et sa version allemande qu’est le national-socialisme n’est donc pas une “anomalie” de l’histoire pour reprendre les analyses de Johann Chapoutot, ce dernier considérant que « les nazis n’ont rien inventé, ils ont puisé dans la culture dominante de l’Occident libéral ». Les références d’Hitler en matière de politique coloniale sont basées sur l’expérience américaine. La “Destinée Manifeste” de la Grossdeutschland vers l’est est l’équivalente de celle des colons allant vers l’ouest américain. Hitler identifiera d’ailleurs la Volga comme le Mississippi et les populations slaves comme ses propres “indianer”, c’est à dire les natifs amérindiens. Des références parfaitement modernes et qui sont des mythes fondateurs pour un pays de colons comme les États-Unis. S’il fallait donc chercher une parenté entre un système comme le nazisme avec un autre système, il devrait être cherché avant tout dans la modernité capitaliste. Bien évidemment, l’on imagine mal l’Union Européenne pouvoir écrire cela, puisque les historiens du consensus sont d’accord pour admettre que le nazisme n’est rien d’autre qu’une folie collective temporaire mettant en péril le rapprochement européen et qu’après tout dans national-socialisme il y a socialisme…

Là où le révisionnisme historique devient abject même dans les sphères académiques “raisonnables”, c’est de mettre finalement sur le même plan les nazis qui sont responsables d’Auschwitz et les soviétiques qui ont libéré Auschwitz. Au prix de 25M de morts, les peuples soviétiques dans ce que l’on nomme la “Grande Guerre Patriotique” ont évité à l’Europe et sans doute au monde la domination du nazisme, ainsi que la non-réduction en esclavage de leurs peuples respectifs par la race des seigneurs. La contribution à l’effort de guerre en Europe de la part de l’URSS est de loin supérieur à ce que les alliés (principalement les américains puis les anglais) pouvaient offrir. Aujourd’hui pourtant, l’on peut encore lire des absurdités qualifiant Staline d’incapable dans la direction de son armée, que les soldats de l’Armée Rouge étaient davantage tués par les leurs et que le Prêt-Bail a été la seule caution pour la victoire de l’Armée Rouge contre la Wehrmacht et la machine de guerre allemande. Non seulement cette vision est typiquement de “guerre froide”, mais elle est surtout l’alibi utilisé par les anciens officiers de la Wehrmacht après la guerre. Ces officiers d’extractions prussiennes ne pouvant accepter d’être battu par des moujiks, il fallait nécessairement que l’aide matériel et technologique américaine permette à ces derniers de vaincre… Un junker prussien ne peut décidément pas être vaincu par un sous-homme slave. Il serait intéressant d’étudier comment la propagande nazie de l’entre-deux guerres puis de la guerre est aujourd’hui réutilisée dans l’historiographie dominante : Le simple fait que Goebbels pouvait dire que l’URSS avait déjà tué entre 40 à 50 millions de personnes (au bas mot !) devrait nous faire réfléchir sur la propagande actuelle des “100 millions de morts du communisme”.

Dans le point numéro 3, le texte nous dit : “3.  rappelle que les régimes communistes et nazi sont responsables de massacres, de génocide, de déportations, de pertes en vies humaines et de privations de liberté d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité, qui auront à jamais marqué le XXe siècle; rappelle que le régime nazi est coupable de ce crime abject qu’est l’Holocauste; condamne sans réserve les actes d’agression, les crimes contre l’humanité et les atteintes aux droits de l’homme à grande échelle perpétrés par les régimes totalitaires nazi, communistes et autres ;” L’on peut légitimement se demander qui sont ces “autres “? Peut-être l’Empire Britannique qui a affamé volontairement les Indiens en provoquant une famine qui tuera 2 à 4M de Bengalis en 1943 ? Peut-être l’État Français qui dès le lendemain de la guerre, s’est lancé dans des répressions tous azimuts en Algérie, au Cameroun, à Madagascar ou au Vietnam ? Peut-être qu’au final, le véritable pêché du nazisme est tout simplement d’avoir pratiqué en Europe ce que les pays impérialistes faisaient dans leurs colonies… Comment ne pas penser dans ces “autres”, à la manière dont l’Italie fasciste a envahi et occupé l’Éthiopie ? Comment ne pas penser à l’Empire du Japon qui a massacré ouvertement et sans vergogne en Chine pendant quasiment une dizaine d’années ? La liste serait longue, mais dans ce cas-là elle clouerait certainement au pilori l’impérialisme comme étant responsable de massacres, de génocide, de déportations, de pertes en vies humaines et privations de liberté d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité, qui auront à jamais marqué le XXe siècle…

L’Union Européenne peut par exemple très bien se lamenter que dans certains pays, des cérémonies et des hommages appuyés sont de plus en plus rendus à d’anciens collaborateurs et nazis, principalement dans les Pays Baltes ou en Ukraine. Dans le sens inverse, les monuments à l’effigie des soldats soviétiques, des partisans ou autres grandes figures de la résistance antifasciste disparaissent de la mémoire collective. Quand l’on sait les liens qui unissent par exemple l’impérialisme américain avec la Division Azov ou les néo-bandéristes en Ukraine, ce que raconte l’Union Européenne nous semble être tout au plus de l’hypocrisie. Cette même hypocrisie qui après-guerre, a fait que des réseaux entiers appuyés par les Alliés ont pu extrader des criminels de guerre nazis via le Vatican, pour les envoyer en Amérique Latine ou tout simplement les remettre en service sur d’autres latitudes  :  L’équipe de von Braun pour la NASA, Klaus Barbie qui sera conseiller pour des dictatures d’Amérique Latine ou encore Reinhard Gehlen, ancien nazi qui sera à la tête des services de renseignements de la RFA et de l’Organisation Gehlen, officine de recyclage d’anciens nazis menant des opérations de sabotage dans les pays du bloc de l’est. Le retour des vieilles élites au pouvoir après 1991 a sans doute également favorisé le processus que l’on connaît actuellement, c’est à dire la réhabilitation de figures nationales ouvertement nazis voir collaborationnistes.

Il est donc aujourd’hui plus que vital de maintenir une analyse claire et matérialiste, défendant une vision communiste du monde contre les attaques de plus en plus fortes de la bourgeoisie. Il est évident ici qu’il ne s’agit pas de nier quelques crimes que ce soit, de passer sous silence ce qui nous semble dérangeant et condamnable durant les expériences socialistes du siècle passé. Les clauses secrètes entre l’URSS et l’Allemagne Nazi durant la période 1939 et 1941 ne peuvent pas être défendues unilatéralement, tout comme il est impossible de ne pas condamner les déportations et transferts de populations opérées par l’Union Soviétique à l’intérieur de ses frontières. Il n’est pas possible de laisser de côté ce qui s’est produit à Katyn, ni même de minimiser qu’il existe des crimes de guerres qui ont été commis par l’Armée Rouge, ou tout simplement l’antisémitisme qui était toujours présent après la guerre et qui ira en s’amplifiant. C’est en ayant bien en vue tout cela que nous saurons répondre aux attaques de nos ennemis et maintenir haut le drapeau rouge de la révolution !