Au sujet de la police

Au sujet de la police

Assassinats impunis et racisme quotidien dans les quartiers, trafic organisé par des membres de la BAC, violences policières systématiques contre les Gilets Jaunes, viols et stockage d’images pédophiles par un officier de la DGSI, agression aux ciseaux d’un mineur, charge contre des fêtards lors de la Fête de la Musique ayant entrainé une disparition à Nantes… : la liste des crimes policiers s’allonge chaque jour, et chaque jour, de plus en plus de personnes perdent leurs illusions concernant les forces de l’ordre. A tel point que le slogan « tout le monde déteste la police » commence à décrire une réalité.

La question de la police est donc très importante sur le plan politique, mais souvent mal traitée. Il y a d’abord une ligne politique réformiste que l’on peut rapidement évacuer, qui consiste à dire que les policiers seraient des « travailleurs en uniforme », qu’il faudrait convaincre de nous rejoindre car « eux aussi, ils souffrent ». Il est vrai que le taux de suicide des policiers est extrêmement élevé (il reste cependant plus bas que celui des agriculteurs, par exemple). Qu’est-ce que cela nous apprend ? Cette profession est de plus en plus coupée de la vie du peuple. Les flics vivent entre eux, sortent entre eux, ne fréquentent plus que leurs collègues de travail, conscients de leur rôle social abject et de la juste haine qu’il provoque. Nous n’allons donc pas les plaindre, ni verser une larme sur les suicides de flics.

Croire qu’il est possible de travailler avec la police est une dangereuse illusion. Ce ne sont pas des camarades. Ni même des prolétaires. La police fait objectivement partie de l’encadrement du prolétariat : c’en est la partie la plus violente, qui apparaît historiquement non pas pour défendre la justice, mais pour protéger l’ordre dominant contre les rébellions. C’est le rôle des milices bourgeoises puis des différentes forces de maintien de l’ordre qui sont apparues dans l’Etat français, notamment sous Pétain (futurs CRS) et dans les colonies (futures BAC). Il n’y a rien à attendre de ces pourris qui ont participé avec enthousiasme à la déportation des Juifs, des Tsiganes et des communistes, qui ont massacré les colonisés comme en 1967 en Guadeloupe, qui ont noyé les Algériens, brisé les grèves, mutilé, tué, violé, et qui continuent à le faire.

La seconde position est une position opportuniste de gauche, dans sa variante anarchiste, consistant à faire de la police un ennemi principal. Elle apparait à première vue plus correcte que la précédente, mais cache des limites. On a souvent entendu des Gilets Jaunes dire que « la police on s’en fout, il faut viser le pouvoir ». C’est une position populaire qui exprime une idée juste. La police est effectivement un obstacle, un adversaire sur la route vers le pouvoir. Ce n’est pas en soi le principal ennemi des révolutionnaires. Elle personnalise l’ordre en place, c’est son rempart, mais il faut toujours être capable de voir à travers elle les cibles qui nous intéressent : les différentes composantes de la bourgeoisie. Se concentrer seulement sur une lutte « antipolice » ne peut pas permettre d’obtenir des victoires décisives dans la lutte de classe et à terme, la guerre de classe.

Nous comprenons la colère et la haine sans borne qui se développe contre les flics. C’est justement le travail des révolutionnaires d’organiser cette colère suivant un plan rationnel partant de la révolte spontanée des masses pour aboutir au renversement du système en place. La situation est à ce sujet excellente. Le mouvement des Gilets Jaunes a amené de grandes parties des masses populaires à se confronter à la police. Il y avait notamment parmi ces masses de nombreuses personnes qui ne subissaient pas les contrôles racistes au quotidien, qui ne participaient pas aux manifestations traditionnelles – bref, qui ne connaissaient ni la répression systématique du prolétariat (en partie issu des “ex”-colonies), ni la culture de « gauche » anti-police. Ceci est particulièrement vrai pour les prolétaires vivant dans les périphéries des métropoles, dans les pavillons et les villages dortoirs où domine la figure du gendarme qui ne s’occupe pas trop de politique. La dure répression du mouvement a conduit à montrer le vrai visage de la police : plus aucune personne en révolte ne sera épargnée, même si elle est blanche et qu’elle agite le drapeau tricolore, tandis que la violence systématique dans les quartiers continue.

La police tend d’ailleurs à s’autonomiser. Tous les indicateurs le montrent. L’IGPN et le gouvernement couvrent chaque crime policier sans même faire semblant de le condamner. Les critiques des instances internationales bourgeoises, pourtant très tolérantes avec le maintien de l’ordre dans leurs pays-membres, ne sont plus écoutées par les responsables politiques. Les pires attitudes de la police sont encouragées ou au moins tolérées. La bourgeoisie se sent en effet menacée, et le rapport de force entre la police et les donneurs d’ordre s’est inversé au profit de la flicaille.

Un exemple : deux syndicats représentant la majorité des policiers (Alliance et le SCPN) ont pu directement menacer le gouvernement et la justice. La raison de leur colère ? La simple perspective que la justice puisse sanctionner des crimes policiers. Ces syndicats peuvent donc se permettre ce qui serait considéré comme de la subversion dans un Etat de droit. Alliance parle dans un récent communiqué en termes très clairs : « si nos collègues venaient à être injustement condamnés, nous saurons ce qu’il nous reste à faire… Et notre colère, personne ne pourra la contenir ». On parle bien d’une profession arrosée d’argent public, dont les membres rackettent sous prétexte d’outrages des personnes arrêtées, qui peut tout se permettre sans jamais être stoppée. Même des infractions aussi facilement contrôlables que l’absence de matricule, les insultes quotidiennes et les mensonges sont tolérés. En 2016 déjà des policiers masqués et armés manifestaient vers l’Elysée pour demander plus d’armes, plus d’argent. Et ce fut un succès. Ayant l’oreille du pouvoir, cette profession est la seule à obtenir des victoires syndicales… Mais qui vont toujours contre l’intérêt du peuple.

Car il s’agit par essence d’une profession parasitaire. Cela nous ramène à la question des suicides de policiers. Les flics ont de plus en plus conscience d’être des tiques posées sur le corps social. Ils n’empêchent ni les viols, ni le trafic de drogue, ni les meurtres. Pire, ils se rendent coupables de ces crimes. Leur vie ne vaut rien, leur activité est dénuée de sens, et ne profite qu’aux exploiteurs. D’où la dérive, la fuite en avant fasciste d’une police votant largement pour l’extrême droite (jusqu’à 40% selon les estimations lors des présidentielles). La police tend à s’autonomiser, à se politiser. Certains de ses membres et ex-membres vont jusqu’à rejoindre des groupes fascistes clandestins tels que l’Action des Forces Opérationnelles, inquiétant les services de renseignement. C’est une tendance de fond au fascisme. Rappelons que l’ex députée Marion Maréchal est aujourd’hui invitée à l’université d’été du principal syndicat patronal, le Medef – ce qui n’était jamais arrivé. L’autonomisation des forces de police s’inscrit dans cette tendance générée par la crise générale du système capitaliste.

Il est donc du devoir des révolutionnaires conséquents de mettre en lumière le rôle criminel de la police, d’informer et d’agiter autour de ses agissements, pour maintenir et accentuer une pression constante sur ses rangs et l’isoler toujours plus du peuple. Et cela, tout en gardant un cap clair, ne faisant pas de la police le seul ennemi mais une composante bien identifiée d’un ordre social intolérable dirigé par la classe bourgeoise dominante.

Flic, parasite, trouve toi un vrai métier !

Contre les ennemis du peuple, autodéfense populaire !