La classe ouvrière dans l’Etat Français à l’heure actuelle

Textes de base du Parti Communisme maoïste

Chapitre 4. Classe ouvrière

II. La classe ouvrière dans l’Etat Français à l’heure actuelle

1. Eléments d’analyse de classe

Le PCmF a déjà un document d’ébauche d’analyse de classe de la société française, nous allons donc travailler à le réactualiser. C’est grâce à cette étude que nous pouvons déterminer avec précision qui sont nos amis, qui sont nos ennemis, qui fait partie du peuple et qui n’en fait pas partie.

Contrairement aux partisans de la thèse de la « fin de l’histoire », la classe ouvrière existe et partage des intérêts communs avec une partie importante de la population constituant le prolétariat.

Les falsifications quant à la fin de la classe ouvrière ne sont pas valables. La vision réactionnaire qui a contribué à propager l’idée qu’il n’y aurait plus aujourd’hui que des classes intermédiaires, et par extension plus de lutte de classe, est fausse. En France, il reste effectivement une classe ouvrière forte d’environ 7 millions de membres, soit environ 25 % de la population active. De façon plus large, le prolétariat est nombreux dans l’Etat français ; il rassemble environ 60 à 65 % de la population active (pour simplifier : classe ouvrière + employés à l’exclusion des cadres).

Ce qui en réalité a changé n’est pas le nombre d’ouvriers et ouvrières mais la structure de la classe ouvrière. Face aux années de restructuration capitaliste de l’appareil de production, la bourgeoisie poursuit l’atomisation, le morcellement et la division de la classe ouvrière. La bourgeoisie casse les grands centres de production qui réunissaient plusieurs milliers d’ouvriers et d’ouvrières. Plus de la moitié de la classe ouvrière travaille ainsi dans des entreprises de moins de 50 salariés. D’autre part, le secteur industriel a perdu des emplois alors que les secteurs agroalimentaire et logistique se sont développés.

Le développement de la sous-traitance fait partie de la tendance au morcellement de la classe ouvrière, les grands groupes se reposant sur ce mécanisme pour externaliser une partie de la production ou des services. Cela favorise l’éclatement des sites de production et l’atomisation de la classe ouvrière qui, bien que travaillant en définitive pour la production des mêmes marchandises, n’a pas le même employeur, pas le même salaire, pas les mêmes conditions de travail, etc.

Le recours par la bourgeoisie aux travailleurs en détachement fait partie de cette même logique. Si, en théorie, ces travailleurs ont les mêmes droits (la seule différence se situe aux niveaux des cotisations sociales qui sont payées dans le pays d’origine), la plupart du temps, la réalité est tout autre. Ils travaillent en général plus d’heures et leurs qualifications professionnelles ne sont pas reconnues. Au final, ils touchent un salaire inférieur aux autres travailleurs de France et souffrent de conditions de travail plus rudes. Sans compter le nombre de fraudes patronales sur l’utilisation des travailleurs en détachement et les combines pour leur soutirer directement leur salaire (les patrons leur font payer l’hébergement et autres frais, par exemple). En pratique, pas les mêmes droits, pas les mêmes conditions de travail, pas les mêmes salaires : les patrons divisent encore une fois la classe ; nous affirmons quant à nous que les travailleurs et travailleuses en détachement font partie intégrante du prolétariat de notre pays.

L’auto-entreprenariat participe également au morcellement de la classe ouvrière avec des embauches conditionnées à la création d’une autoentreprise. En plus d’exonérer les patrons de leurs cotisations sociales, ils font reposer les risques sur les auto-entrepreneurs. Cela se pratique notamment dans le bâtiment. De manière générale, l’auto-entreprenariat fait également passer la fausse idée de réussite individuelle, alors qu’il n’est qu’une forme d’exploitation consentie qui repousse les limites du salariat (heures de travail très nombreuses pour un salaire horaire inférieur au SMIC, conditions de travail désastreuses,…).

D’autre part, on assiste au développement d’une couche d’ouvriers rentiers tout en étant restant connectée à la production. Aujourd’hui, il faut noter le développement des petits voire très petits rentiers, qui peuvent continuer à travailler mais qui investissent dans des fonds destinés aux « particuliers » ou reçoivent des « stock-options » distribuées par l’entreprise et développant l’esprit corporatiste. En fait dans cette catégorie, si certains perçoivent un réel bénéfice de leurs actions, la plupart des ouvriers que le patron a incité à investir dans des actions de la boîte n’a que l’impression de percevoir un retour sur investissement car le fait d‘avoir des actions les pousse surtout à s’investir plus dans leur travail (pas d’arrêt maladie, heures supplémentaires non payées, pas de grève, relais de la propagande du patron sur le lieu de travail pour soutenir la hiérarchie et favoriser la production, épargne bloquée…). Or, la valeur de cet investissement supplémentaire est bien supérieure à tout ce que ces actions leur rapporteront en dividende ou augmentation de cours…

Il faudra développer une analyse plus pointue de la sous-traitance, du travail en détachement, de l’auto-entreprenariat, ainsi que de l’intérim, car il s’agit de mécanismes de la bourgeoisie pour casser l’unité de la classe ouvrière matériellement.

La frange la plus exploitée de la classe ouvrière sont les ouvriers spécialisés, c’est-à-dire sans qualification, majoritairement composée d’immigrés et de femmes. Plus largement, le noyau dur du prolétariat est constitué par 1. les travailleurs et travailleuses pauvres ; 2. les prolétaires sans travail, de plus en plus nombreux et nombreuse en raison de la crise ; 3. les travailleurs ou travailleuses immigrés avec ou sans-papiers qui n’ont pas les même droits ; 4. les femmes, qui occupent en grande majorité les emplois les plus précaires et qui subissent toujours une discrimination supplémentaire (salaire, harcèlement, embauche, carrière,…) ; 5. les jeunes, qui sont les plus touchés par le chômage et qui arrivent sur un « marché du travail » en tension et donc soumis à plus de pression et d’exploitation.

Nous vivons dans une période de crise économique, ce qui induit un regain d’intensité dans la lutte des classes. La bourgeoisie obéit à la loi fondamentale du capitalisme qui est la recherche du profit maximum en un temps minimum. La crise est donc une opportunité pour elle de réorganiser son appareil de production. Il y a les fusions-acquisitions qui se traduisent généralement par des licenciements, il y a les délocalisations qui mettent à la porte tous et toutes les ouvriers et ouvrières. D’autre part, le chômage étant galopant, les patrons n’hésitent pas à faire du chantage au salaire et au temps de travail, forçant les ouvriers et ouvrières à accepter des conditions de travail de plus en plus difficile en faisant croire que les intérêts de l’entreprise sont les mêmes pour les salariés que pour les patrons, etc.

Le chômage a été analysé par Marx non comme une fatalité mais bien comme un mécanisme à part entière du capitalisme, permettant à la bourgeoisie de mettre sous pression le prolétariat. Cela est d’autant plus visible aujourd’hui où non seulement le chômage est élevé mais où l’emploi est de plus en plus précaire. C’est tout bénéfice pour le patronat qui augmente la pression sur les salaires ainsi que les cadences : il faut travailler plus, plus vite, plus longtemps et pour un salaire au rabais. Les ouvriers et ouvrières au chômage font partie de la classe. Les plus touchés sont les femmes, les jeunes et les immigrés.

Actuellement, nous pouvons également voir une prolétarisation d’une frange de la petite-bourgeoisie qui, ruinée par la crise, tombe dans les rangs du prolétariat (au sens économique). C’est le cas par exemple de petits artisans, de commerçants ou encore d’intellectuels ne trouvant pas de débouchés suite à leurs études. Le problème de ce phénomène est que le niveau de conscience politique de la petite-bourgeoisie en voie de prolétarisation ne suit pas nécessairement leur condition matérielle. En l’absence d’un véritable Parti Communiste représentant les aspirations politiques de la classe ouvrière, cette petite-bourgeoisie en voie de prolétarisation est poussée dans les bras de la réaction. C’est ce qu’il se passe en ce moment. Voici un passage de Staline qui exprime de façon claire le processus de prolétarisation de la petite bourgeoisie.

« Un simple exemple. Imaginez un cordonnier qui possédait un tout petit atelier, mais qui, n’ayant pu soutenir la concurrence avec de grands patrons, a dû fermer son atelier et, supposons-le, s’est fait embaucher dans une fabrique de chaussures à Tiflis, chez Adelkhanov. Il s’est fait embaucher chez Adelkhanov, non pour devenir un ouvrier salarié permanent, mais pour amasser de l’argent, se constituer un petit capital et pouvoir ensuite rouvrir son atelier. Comme on le voit, la situation de ce cordonnier est déjà prolétarienne, mais sa conscience ne l’est pas encore ; elle est entièrement petite-bourgeoise. Autrement dit, la situation petite-bourgeoise de ce cordonnier a déjà disparu, elle n’existe plus, mais sa conscience petite-bourgeoise n’a pas encore disparu, elle est en retard sur sa situation de fait.

Il est évident que là encore, dans la ; vie sociale, ce sont les conditions extérieures, la situation des hommes, qui changent d’abord, et puis, en conséquence, leur conscience. Revenons cependant à notre cordonnier. Comme nous le savons déjà, il pense amasser de l’argent pour rouvrir son atelier.

Le cordonnier prolétarisé travaille donc, et il s’aperçoit qu’il est très difficile d’amasser de l’argent, car son salaire lui suffit à peine pour pourvoir à son existence. Il remarque, en outre, que ce n’est pas chose bien alléchante que d’ouvrir un atelier privé : le loyer du local, les caprices de la clientèle,

le manque d’argent, la concurrence des grands patrons et bien d’autres tracas, tels sont les soucis qui hantent l’esprit de l’artisan. Or, le prolétaire est relativement plus dégagé de tous ces soucis : il n’est inquiété ni par le client, ni par le loyer à payer ; le matin, il se rend à la fabrique ; le soir, il la quitte « le plus tranquillement du monde » et, le samedi, il met aussi tranquillement sa « paie » dans sa poche. C’est alors que pour la première fois les rêves petits-bourgeois de notre cordonnier ont les ailes coupées ; c’est alors que, pour la première fois, des tendances prolétariennes naissent dans son âme.

Le temps passe, et notre cordonnier se rend compte qu’il manque d’argent pour se procurer le strict nécessaire, qu’il a grandement besoin d’une augmentation de salaire. Il s’aperçoit en même temps que ses camarades parlent de syndicats et de grèves. Dès lors, notre cordonnier prend conscience du fait que, pour améliorer sa situation, il faut lutter contre les patrons, et non pas ouvrir un atelier à soi. Il adhère au syndicat, prend part au mouvement gréviste et épouse bientôt les idées socialistes. »

Staline, Anarchisme ou socialisme

2. Une classe sur la défensive en France

Contrairement à ce qu’ont pu affirmer les réactionnaires, la classe ouvrière n’a pas disparu, elle est même en expansion au niveau international, et face à elle la bourgeoisie se fait de plus en plus agressive. Ces dernières années en France ont d’ailleurs témoigné de nombreuses luttes sociales, de lutte « d’autodéfense ». Nous observons que la classe ouvrière est aujourd’hui dos au mur, elle lutte pour la défense de ses intérêts économiques immédiats, mais plus pour de nouvelles conquêtes sociales. Elle se défend face à un patronat hyper agressif mais n’est pas en mesure de sortir du champ de bataille imposé par la bourgeoisie pour se placer sur celui qu’elle aura elle même choisi. Quelques facteurs peuvent expliquer cette situation.

Premièrement, la chute du camp socialiste suite à l’arrivé au pouvoir des révisionnistes et à la destruction du socialisme en Chine et en URSS. Cette défaite historique de la classe ouvrière a ouvert une ère où la bourgeoisie a pu imposer son hégémonie culturelle et économique sur le monde, sans qu’aucun pays ne puisse représenter les intérêts et les aspirations de la classe ouvrière. De plus, la chute du mur de Berlin et de l’URSS (qui n’était déjà plus socialiste) fut propice à une propagande intensive sur la fin du communisme, les soi-disant crimes du Communisme et autres foutaises réactionnaires. Ces événements ont coupé pour un temps la classe ouvrière de l’idéologie prolétarienne.

Deuxièmement, la trahison des syndicats. En temps que maoïstes, nous avons conscience que les syndicats sont un mode d’organisation de la classe ouvrière, derrière la défense directe de ses intérêts économiques, et qu’ils ont leur limite. D’autant plus que les syndicats en France ont suivi de très près la déliquescence du PCF. Leur direction révisionniste n’a eu de cesse de trahir la classe ouvrière, de la lancer dans des batailles sans perspectives ou carrément de l’écarter des luttes sociales au bénéfice de quelques permanents corrompus et de la voie de la négociation. Les tactiques syndicales comme les grèves d’une journée qui ne servent à rien, le légalisme absolu, la négociation avant même la lutte, les « kermesses » au lieu des actions, etc. font partie des pratiques qui démobilisent la classe. La dernière lutte contre la réforme des retraites de 2010 a ainsi été un échec et a clairement démoralisé les masses. Au lieu d’une lutte intransigeante contre les patrons, les directions syndicales ont mené une politique de compromission. Les grandes centrales syndicales sont passées d’instruments de lutte au service des ouvriers et ouvrières à celui de partenaires sociaux. Les directions syndicales sont ainsi maintenant intégrées à l’appareil d’Etat : elles sont appelées à l’Elysée afin de préparer les futurs projets de loi ! C’est un tableau noir mais réaliste. D’ailleurs il est clair que l’hémorragie militante de la CGT est en partie due aux choix politiques de sa direction réformiste.

Troisièmement, et sûrement le plus déterminant, l’absence d’un parti communiste représentant les intérêts de la classe ouvrière. Le PCF fut un temps le parti de la classe ouvrière en France, et nous ne pouvons pas cracher sur toute son histoire. Le PCF fut le parti qui su à certains moments être l’incarnation organisationnelle des aspiration des ouvriers et ouvrières. Ce fut notamment le cas durant la seconde guerre mondiale, où les communistes de France formèrent les bataillons de la résistance. Cependant, le PCF était traversé par de nombreuses contradictions et dans la lutte de ligne interne, la droite du parti fut triomphante. Cela explique par exemple l’attitude du PCF au sortir de la guerre, où ce dernier désobéit aux ordres de l’Internationale et met la classe ouvrière à la remorque de De Gaulle en rendant les armes, en dissolvant les milices et en participant à un gouvernement d’union nationale. Le PCF a suivi le chemin du révisionnisme en s’alignant de façon inconditionnelle sur les thèse révisionnistes et anti-marxistes de Khrouchtchev. Il cessa donc d’être l’appareil politique de la classe ouvrière. Depuis, il y a eu Mai 68, la Gauche Prolétarienne, mais jamais la classe ouvrière dans l’Etat Français n’a plus eu de Parti capable de représenter ses intérêts. Le Parti est l’instrument fondamental que nous travaillons à reconstruire aujourd’hui.

Ainsi, ce qui caractérise principalement l’état d’esprit de la classe ouvrière dans l’Etat français à l’heure actuelle est sa démoralisation due au manque de perspective et son atomisation due à l’offensive bourgeoise. Notre tâche principale immédiate est donc de répondre à l’objectif « Relever la tête et reprendre nos affaires en main » en propageant la perspective révolutionnaire que nous portons en tant que communistes afin de développer et renforcer l’Unité de la classe ouvrière dans toute sa diversité.

 

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