Famille et patriarcat

Textes de base du Parti Communisme maoïste

Chapitre 5. Féminisme prolétarien révolutionnaire

III. Famille et patriarcat

A travers la formation et l’évolution des sociétés, on a pu voir à quel point la famille telle qu’on la connaît aujourd’hui est liée au patriarcat. Elle a évolué au rythme des changements de modes de production et de formes du système patriarcal.

En régime capitaliste, la famille est souvent organisée autour de deux parents qui ont ainsi suffisamment de revenus pour vivre (sauf pour la bourgeoisie qui peut faire « chambre à part » ou habiter chacun chez soi).

Dans la plupart des cas, ce sont les revenus des prolétaires qui déterminent le fait d’habiter ensemble : contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’amour est secondaire. On le voit d’ailleurs là où les loyers sont chers, des couples continuent d’habiter ensemble ou restent mariés, y compris après une séparation, simplement parce qu’ils y sont économiquement contraints.

À ce propos, certains prônent de répartir les corvées domestiques en maintenant deux logements (un pour chaque membre du couple). Ceci est une illusion parce qu’ainsi, premièrement, on double l’importance des travaux ménagers et ensuite cette solution n’est accessible qu’à ceux qui ont les revenus suffisants pour le faire. C’est donc typiquement une solution bourgeoise.

D’ailleurs, il y a de plus en plus de formes de familles. On pense notamment aux familles monoparentales où les femmes, qui obtiennent la garde des enfants dans la majorité des cas, doivent se débrouiller seules et cela est principalement dû au capitalisme qui détruit les liens familiaux/communautaires qui étaient autrefois d’une grande aide pour assurer les tâches domestiques et notamment s’occuper des enfants. Et si c’est une libération de ne plus supporter un macho, il reste difficile de se débrouiller toute seule et de se taper la même double journée de travail. De plus la charge économique augmente : il y a un salaire de moins et des charges égales (loyer, traites, électricité, impôts foncier, impôts directs, garde d’enfants, etc.), même quand l’homme verse une pension quand il est solvable.

Cette double journée de travail est une conséquence de la domination des femmes dans cette société mais c’est également une des raisons de la pérennité de cette domination. En clair, une prolétaire qui doit s’occuper des enfants et du ménage n’a pas de temps libre pour s’organiser et changer la société !

En fait, la famille telle que nous la connaissons est une organisation réactionnaire basée sur le sang. Cette organisation pousse donc les parents à aimer et favoriser leur progéniture aux dépens des autres enfants. C’est aussi une des raisons qui poussent les plus réactionnaires à lutter contre le droit au divorce, à la contraception, à l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse = avortement), au mariage entre deux personnes de même genre/sexe, etc. Ils veulent conserver une unité de production et de reproduction reposant sur un concept simple, un papa chef de famille qui ramène de l’argent et une maman au foyer qui élève les héritiers, au service du capitalisme. Ainsi, l’homme reste le maître : dans la famille, il est le patriarche. Ses enfants, mais aussi sa femme, lui appartiennent.

« Dans la famille, l’homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du Prolétariat. »

Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, 1884

Car ce système patriarcal, fondé sur cette forme de famille, est intrinsèquement lié au capitalisme, l’un et l’autre se renforcent mutuellement : les discriminations sexistes permettent d’avoir de la main d’œuvre bon marché et plus maniable (i.e. les femmes) ainsi que de réaliser les travaux domestiques sans devoir les rémunérer, et donc d’augmenter ses profits et d’asseoir son système. En outre, la course aux profits donnent de l’importance à l’héritage, et donc aux héritiers. Pour cela, il est nécessaire que la famille comme unité de production se maintienne, tout comme la filiation patrilinéaire.

Enfin, empêcher les femmes d’accéder au pouvoir, ou même à l’espace public, réduit leur possibilité d’organisation pour s’émanciper, mais aussi les forces des prolétaires qui s’organisent pour détruire l’exploitation. Quoi de mieux pour la bourgeoisie que de priver le prolétariat de la moitié de son armée !

 

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