Origines du patriarcat

Textes de base du Parti Communisme maoïste

Chapitre 5. Féminisme prolétarien révolutionnaire

I. Origines du patriarcat

La position des femmes dans la société a varié principalement en fonction du mode de production.

Durant le communisme primitif (survie en groupe consanguin avec ramassage de baies, graines et un peu de chasse), la productivité était insuffisante pour qu’il y ait un surproduit du travail. Tout ce qui est produit est consommé par les producteurs de manière égale sinon certains meurent de faim. Puis, avec l’arrivée du feu (donc de la consommation de viande cuite), il y a augmentation des capacités intellectuelles qui permettent de développer l’élevage, les outils et l’agriculture.

A ce moment, la propriété des terres et des outils (très rudimentaires) est collective : on prend conscience de l’importance de la horde pour la survie de l’être humain. Les unions sont le résultat de besoins instinctifs tels que la reproduction pour la survie : si l’on ne peut pas parler de famille au sens contemporain du terme, des règles d’union se mettent en place. Engels parle de mariages par groupe, formant une forme de famille qui va être un élément structurant des sociétés primitives.

Ainsi se développent des sociétés qui permettent aux femmes d’occuper des places très variables, avec une production sociale importante et reconnue : un grand nombre de ces sociétés adopte un mode de transmission de l’héritage matrilinéaire. Ceci est le résultat logique de l’organisation des sociétés primitives : petit à petit, la famille consanguine change de forme puisque les unions vont devenir moins libres avec l’interdiction des mariages entre frères et sœurs, puis plus largement. Dès lors, le mode de transmission matrilinéaire prend de l’importance : on ne peut pas savoir qui est le père d’un enfant mais on est certain de qui est sa mère.

Néanmoins, il ne faut pas croire que si une société adopte un mode de transmission de l’héritage selon un mode matrilinéaire, elle est matriarcale : les femmes ne disposent pas exclusivement du pouvoir sur les sociétés.

Des « gens » se créent, qui sont des groupes au sein duquel les individus sont liés par le sang (donc définis à partir des femmes) et entre lesquels existent des conflits ou des alliances temporaires, gérés par les chefs qui sont les guerriers les plus prestigieux (hommes exclusivement).

De fait, avec le déclin de la consanguinité, les mariages hors de la gens d’origine se développent. Ces mariages, réalisés dans un objectif de reproduction tout d’abord, vont devenir des enjeux dans les relations entre gens : les rapts de femmes permettent à un homme d’obtenir du prestige (notamment en temps que guerrier) et à une gens de montrer sa supériorité sur une autre. Les achats de femmes se développent aussi. Ce sont les fondations des futures sociétés patriarcales. Les femmes, déjà objets de reproduction, deviennent des objets politiques et économiques au service des guerriers, et des hommes de manière générale. Les mariages appariés deviennent la norme : l’homme qui a kidnappé sa femme ne veut pas partager le prestige qui lui revient, la polyandrie (une femme qui a plusieurs maris) est donc sévèrement réprimée. Toutefois, les hommes peuvent s’unir à plusieurs femmes, c’est d’ailleurs le cas le plus courant.

Suite à l’évolution des formes de sociétés et le développement des capacités intellectuelles des individus, on assiste à un développement des outils qui va permettre une augmentation de la productivité. Or, cette augmentation de production va faire sortir ces sociétés du règne de la nécessité. En clair, il y a des choses à partager et les chefs de tribu vont vouloir s’approprier cette production de plus en plus personnellement.

En même temps, les outils sont de plus en plus perfectionnés. Ainsi, ils demandent de plus en plus de spécialisation au niveau des métiers. Une personne ne peut pas tout faire, y compris s’il en a les compétences. Or ces personnes spécialisées doivent bien acheter ce qu’elles ne produisent pas. Cela amène à la création d’un marché de troc puis de l’apparition de la monnaie et donc des villes (lieux de rassemblement). Aujourd’hui, une survivance ou plutôt un retour à la situation antérieure, peut ainsi être observé chez les paysans ouvriers qui doivent occuper plusieurs métiers ou dans les communautés anarchisantes soi-disant « autonomes » qui sont nostalgiques du communisme primitif en promouvant l’idée que tout le monde doit apprendre à tout faire, quitte à réduire la totalité de connaissances pour permettre une uniformité.

La spécialisation (de certaines personnes en fonction de certains lieux) entraîne l’échange qui nécessite le transport des marchandises d’un endroit à un autre pour en favoriser la vente. C’est ce qui amène l’apparition des marchands.

De même, l’exploitation agricole familiale engendre la propriété privée de la terre afin de savoir qui ensemence et récolte sur quelle parcelle. En même temps elle fixe les populations sur un territoire donné (fin du nomadisme).

Avec le mariage apparié, à l’époque de la Grèce antique, la notion de « vrai père » apparaît et une division sexuée du travail s’organise pour des raisons économiques, impliquant l’apparition de nouveaux rôles genrés (c’est à dire attribués aux hommes ou aux femmes).

Les femmes occupaient une place plus importante dans la production par l’agriculture primitive alors que les hommes s’occupaient principalement de la chasse, qui restait plus aléatoire en tant que source de nourriture.

Du fait de l’amélioration des outils, l’agriculture perdit son aspect primitif, l’élevage se sépara de l’agriculture et l’importance des hommes dans la production devint plus importante.

Le fait que les outils doivent être fabriqués et achetés engendre la propriété privée des moyens de production et comme la productivité est plus forte, une famille simple ou légèrement élargie peut survivre sans obligatoirement être liée aux autres. On passe d’une exploitation collective des ressources à une exploitation familiale et d’un habitat collectif incluant tout le groupe social à un habitat familial.

La famille devient une unité de production.

Le problème pour les hommes à cette époque est que les richesses restent dans la gens de la femme puisque la filiation est toujours matrilinéaire. Avec l’augmentation des richesses, qui sont supérieures aux besoins pour survivre, les hommes refusent que leur propriété ne reviennent pas à leurs fils : l’oppression sur les femmes mariées va se renforcer (une surveillance des femmes se met en place) et la filiation devient patrilinéaire. Pour Engels, c’est « la grande défaite historique du sexe féminin » (L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, 1884). Le « vrai père » devient le propriétaire légitime ; ainsi, la monoandrie (les femmes n’ont qu’un seul mari) devient la norme pour des raisons économiques, car elle permet de concentrer les richesses du père dans l’héritage de fils légitimes.

Le régime esclavagiste se développe aussi, notamment parce qu’il y a intérêt à accumuler de la main d’œuvre et du surproduit du travail lui-même effectué à moindre coût puisqu’il est uniquement nécessaire de veiller à la survie de l’esclave.

On a ainsi une grosse augmentation de la production mais aussi de nombreuses guerres puisqu’il faut réduire les autres populations en esclavage. En même temps, ceux qui ne peuvent pas produire suffisamment ou qui se sont endettés pour tenter d’augmenter leur rendement (achat d’outils ou de terre) se retrouvent eux-mêmes esclaves.

Dans ce mode de production, les femmes ne sont pas considérées comme des êtres humains et n’ont aucun droit. Elles s’occupent de la reproduction de main d’œuvre, c’est-à-dire des enfants et du ménage.

Parallèlement, l’adultère et la prostitution apparaissent et les hommes exercent une domination à tout point de vue sur les femmes. Elles sont objets de reproduction de l’espèce (épouse et mère), de reproduction des richesses (domestiques dans le cadre privé), mais aussi objets de plaisir. Les femmes célibataires et les prostituées sont considérées comme des femmes de mauvaises morales puisqu’elles ne sont ni mères (reconnues), ni épouses. Au fil du temps, ces conceptions seront appuyées par les diverses religions et croyances ainsi que par les politiques des différentes sociétés.

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