Histoire du maoïsme en France

Textes de base du Parti Communisme maoïste

Chapitre 3. Organisation

I. Histoire du maoïsme en France

1. Les origines du Parti

L’histoire du mouvement communiste en France prend racine à l’époque de la 1ère Internationale et des cercles ouvriers. A la veille de la 1ère guerre mondiale les sociaux-démocrates français suivent la voie sociale-chauvine de la 2ème Internationale alignant leurs positions sur leur propre bourgeoisie et en votant les crédits de guerre, c’est une défaite du mouvement ouvrier.

En 1917, c’est la révolution russe. Cet événement majeur va redonner un nouveau souffle au mouvement ouvrier. La 3ème Internationale est créée.

En décembre 1920, les communistes français se séparent des sociaux-démocrates et acceptent les 21 conditions d’adhésion à la 3ème Internationale et fondent le PCF alors nommé SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste). Ce parti fut l’organisation historique de la classe ouvrière. Bien qu’une importante lutte de ligne le traverse depuis sa création, il assuma sa tâche au moment de la seconde guerre mondiale en fournissant les plus gros bataillons à la résistance antifasciste. Au sortir de la guerre, le PCF s’aligna derrière un gouvernement d’unité nationale et trahit la classe ouvrière en désobéissant aux ordres de l’Internationale. Alors qu’il avait le pouvoir à portée de main, le parti mit les masses à la remorque de De Gaulle.

En 1953, c’est la mort de Staline. La ligne droitière à l’intérieur du PCUS (Parti Communiste de l’Union Soviétique) profitera de cette occasion pour faire passer ses idées révisionnistes. En 1956, lors du 20ème Congrès du PCUS, les révisionnistes officialisent leurs prises de pouvoir, liquidant par la même la révolution en Russie. Le PCF s’aligne sur la ligne khrouchtchévienne et réaffirme sa ligne de « transition pacifique au socialisme », il trahit une fois de plus la révolution et tombe dans le révisionnisme le plus réactionnaire.

La voie révolutionnaire est alors représentée par le Parti Communiste de Chine dirigé par Mao Zedong qui entérine sa séparation avec l’URSS le 14 juin 1963 par «La lettre en 25 points ».

Le début de la révolution culturelle en Chine en 1966 donnera un essor international au mouvement maoïste. En France, les premières organisations maoïstes voient le jour.

2. Après le mouvement de 1968

Suite à Mai 68, le mouvement marxiste-léniniste et maoïste connaît un plus grand essor. C’est à cette période que s’est affirmé une réelle rupture avec le PCF révisionniste.

Les événements de 1968 ont montré qu’il était possible de remettre en cause le système capitaliste et amorcer un processus révolutionnaire comme l’ont réalisé pendant quelques temps les forces révolutionnaires, dont la plus dynamique a été la Gauche Prolétarienne. En Mai 68, il n’a pas été possible de poursuivre l’avancée, faute d’un parti communiste appliquant le marxisme de façon conséquente et non la révision des principes marxistes sur la question centrale : la question du pouvoir et la stratégie pour le conquérir et instaurer celui du prolétariat.

La fin de la Révolution Culturelle en Chine et la mort de Mao, suivi de l’exécution de la « bande des quatre » marque la restauration du capitalisme en Chine, en particulier avec l’arrivé au pouvoir de Deng Xiaoping en 1978. Cette situation en Chine a eu pour conséquence la liquidation quasi totale du reste du courant maoïste en France (hormis ceux qui ont soutenu la théorie des Trois Mondes portée par les révisionnistes en Chine), la plupart de ceux qui refusaient cette liquidation ont soutenu l’Albanie d’Enver Hoxha, qui produira une critique révisionniste et dogmatique de Mao dans son livre L’impérialisme et la révolution en rejetant la continuation de la lutte des classes sous le socialisme.

3. La reprise du maoïsme

A la fin des années 80, des militants et militantes ont rompu avec les organisations marxiste-léninistes de l’époque pour relever la ligne du marxisme-léninisme-maoïsme. Cela s’est fait notamment grâce à l’exemple de la guerre populaire au Pérou.

Dans le milieu des années 90, la revue Front Social remet en avant le maoïsme. Les militants et militantes ayant rompu avec les organisations marxiste-léninistes pour en venir maoïsme ont mis sur pied l’Association Révolutionnaire des Communistes de France en 1993, qui a publié deux numéros de la Cause de l’Humanité, puis l’Organisation de Reconstitution du Parti Communiste (ORPCF) qui sortit le premier numéro du Drapeau Rouge le 18 mars 1996, journal qui deviendra celui du Parti qui sera fondé en septembre 2001. Ils et elles ont bataillé pendant dix ans, pour approfondir la ligne, en s’appuyant sur le marxisme-léninisme-maoïsme, sur l’expérience du Parti Communiste du Pérou, du Parti Communiste du Népal (maoïste), de deux guerres populaires. Ils et elles sont revenus au maoïsme.

4. La création du Parti Communiste maoïste de France

La condition principale pour créer le Parti, à savoir une ligne politique cristallisée dans un noyau dur, était réunie. Le Parti Communiste maoïste de France fut donc fondé en septembre 2001.

En 2002, une ébauche d’analyse de classe de la société française était publiée.

L’idéologie du Parti est le marxisme-léninisme-maoïsme, sa stratégie est celle de la guerre populaire adaptée aux conditions concrètes de notre pays. En mars 2003, le Drapeau Rouge n°11 était entièrement consacré à la guerre populaire et sera suivi par le Cahier du Maoïsme, qui montrera à travers notre histoire et celle du communisme en France que des prémisses de la guerre populaire ont bien eu lieu, depuis la Commune de Paris, la Résistance durant la 2ème guerre mondiale et les

luttes d’après mai 68.

5. Sur la construction du Parti

Notre conception de la construction d’un Parti, est qu’il se construit par un acte volontaire, comme toute construction humaine. Les initiateurs du PCmF sont des marxistes-léninistes-maoïstes des années 60. Ils et elles avaient acquis une grande expérience dans le mouvement, tous sont passés par le bourbier pro-albanais et ont repris le flambeau du maoïsme à la lumière de la guerre populaire dirigée par le Parti Communiste du Pérou. Il a fallu une dizaine d’années pour que la ligne soit élaborée à travers la lutte de classe sur le terrain et la réappropriation de la théorie. Le PCmF a fait et fait connaître, et revivre le maoïsme, a renoué les liens au niveau international avec les camarades du Pérou, de Turquie, d’Italie, du Canada, etc. qui ont apporté une aide politique internationaliste qui a été précieuse.

Quelques années après la création du Parti, des jeunes ont apporté du sang nouveau au Parti, ce qui a permis d’améliorer nos moyens de communications, sortir la Cause du Peuple et jeter les bases du front. L’apport de nouveaux camarades a permis de développer les interventions dans la classe ouvrière et sur différents fronts de lutte en liaison étroite avec des camarades maoïstes avec qui nous avons amorcé un processus d’unification.

Sur le plan intérieur, il a fallu lutter et continuer à lutter contre les positions de celles et ceux qui s’opposent à la création du parti par le haut. Leur position est la suivante : il faudrait avoir une implantation nationale, dans la classe ouvrière, dans les mouvements de masses, etc. Il ne suffirait pas que le parti soit en lien avec les masses, il devrait avoir des masses importantes avec lui pour créer le parti, il faudrait donc créer le parti par le bas. En réalité, celles et ceux qui prônent cette thèse, ne créent jamais un parti révolutionnaire. Ils et elles hésitent tant sur le plan organisationnel, comme sur le plan idéologique et politique à définir une stratégie. Comme le Parti n’est et ne peut être pur comme un diamant, qu’il s’y déroule la lutte de lignes, que le mouvement communiste international n’est pas encore suffisamment homogène, ils et elles se tiennent à l’écart, ne veulent pas prendre partie. Ils et elles continuent leur travail routinier, accumulent des forces pacifiquement ou se traînent derrière le mouvement spontané des masses.

6. Le processus d’unification

Au cours des années 2000-2010, certains découvrent le maoïsme à travers le site étoile rouge et d’autres à travers les organisations marxistes-léninistes voient l’impasse de la théorie d’Hoxha et en viennent à l’analyse du maoïsme. Le site internet étoile rouge a permis de diffuser et faire connaître des documents du maoïsme. Ainsi une nouvelle génération de militants et militantes va venir grossir les rangs du mouvement maoïste en France. Ils et elles apporteront un approfondissement des analyses et de nouvelles analyses justes de la situation.

En 2012, une partie de la Jeunesse Communiste Marxiste-Léniniste, va scissionner du ROCML (Rassemblement des Organisations Communistes Marxistes-Léninistes) donnant naissance à l’OC-FR (Organisation Communiste – Futur Rouge). Cette organisation a été également traversée par une forte lutte de ligne.

Le rapprochement, puis le processus d’unification entre le PCmF et l’OC-FR se fera tout d’abord au vu de la proximité idéologique, puis également par la pratique avec l’organisation commune d’événements liés au soutien à la guerre populaire en Inde par exemple puis par l’organisation de journées de formation communes. Cela permettra de créer une dynamique à laquelle vont se joindre des maoïstes non organisés politiquement, militant dans l’État Français.

Le début du processus d’unification n’a pas fait pas taire la lutte de ligne, au contraire il l’a exacerbé. Assez rapidement les contradictions vont exploser au sein du processus d’unification. Certains militants et militantes de l’OC-FR vont alors décider de quitter cette organisation car la ligne qu’elle défend au sein du processus leur semble erronée. Par un mauvais traitement des contradictions, cette lutte de ligne va prendre un tournant antagonique. Les contradictions ont porté principalement sur la volonté ou non d’aboutir à un parti au terme du processus, sur la construction de ce dernier, sur le style de travail d’une direction communiste, sur la question du fascisme et sur la question de l’universalité de la guerre populaire.

7. Bloc Rouge

Suite à une réunion plénière du processus d’unification la séparation est entérinée. Le processus va alors continuer entre le PCmF, les militants non organisés qui avaient rejoint le processus et les militants ayant quitté l’OC-FR qui avaient mené la lutte de ligne contre les positions fausses que cette organisation propageait au sein du processus. Le processus d’unification prendra la forme du Bloc Rouge.

Si cette lutte de ligne a retardé notre congrès et mis en péril le processus, elle fut cependant bénéfique car elle permit d’écarter du mouvement d’unification les idées fausses et d’arriver à une base d’unification idéologique supérieure avec les militants et militantes ayant décidé d’assumer la tâche historique d’unifier le mouvement maoïste dans l’État français.

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