Les instruments de la Révolution

Textes de base du Parti Communisme maoïste

Chapitre 3. Organisation

IV. Les instruments de la Révolution

1. Le Parti

Le Parti assure le rôle dirigeant de la révolution. Il se bat pour l’unité de tous les révolutionnaires car sans Parti, la classe ouvrière est désorganisée et ne pourra vaincre le capitalisme. Les éléments les plus conscients et déterminés du prolétariat doivent construire ce parti de type nouveau.

Le Parti Communiste d’aujourd’hui a pour idéologie le marxisme-léninisme-maoïsme, le dernier degré atteint en théorie et en pratique par le marxisme.

Il se base sur toutes les expériences historiques du prolétariat international et plus particulièrement la Commune de Paris, la révolution russe dirigée par le Parti Communiste jusqu’en 1953 et la révolution chinoise dirigée par le Parti Communiste jusqu’en 1976. Dans le cas de la Chine, une attention particulière doit être portée sur la période de la Révolution Culturelle, première expérience de mobilisation des larges masses dans la lutte contre la restauration capitaliste et pour l’approfondissement de la construction du socialisme. Du point de vue de la France, les grandes grèves de 36, la résistance antifasciste, mai 68 et l’expérience de la Gauche Prolétarienne dans les années 70 sont également des points de référence.

Le Parti s’édifie dans le feu de la lutte des classes en lien étroit avec les masses. Il développe sa ligne de masse afin que les masses s’approprient sa ligne et la mettent en pratique. La ligne de masse du Parti est conçue comme une méthode de direction, un aller-retour incessant entre les masses et le Parti permettant au Parti de systématiser les idées justes au sein des masses et de combattre efficacement les idées erronées au sein des masses et du Parti.

Le Parti éclaire la voie à suivre, met en avant les contradictions du système et proclame que seul un changement radical de société peut mener à une amélioration notable et durable des conditions de vie des masses.

Le Parti combat les positions révisionnistes et réformistes qui consistent à semer l’illusion qu’il est possible de changer le système de l’intérieur, de l’améliorer et qui rejettent l’utilisation de la violence révolutionnaire, condamnant la classe ouvrière à être simple spectatrice de son exploitation. Les révisionnistes et réformistes sont les meilleurs garants du système car ils dévient l’énergie révolutionnaire des masses dans une illusion qui n’aboutira jamais à la révolution.

Le Parti combat également les autres opportunistes qui refusent de s’organiser, de construire les instruments nécessaires au renversement de la bourgeoisie.

Les sociaux-démocrates, les révisionnistes et les opportunistes creusent le lit du fascisme comme naguère par leur inconséquence devant l’impossibilité de changer l’économie sans détruire de fonds en combles l’appareil d’État de la bourgeoisie, sans prendre le mal à la racine.

Pour réaliser son objectif, le Parti développe les tactiques nécessaires pour « gagner la gauche, neutraliser le centre, isoler la droite » que l’on retrouve dans chaque lutte de masse et dans la lutte de classe en général, permettant de gagner les militants « de base » qui luttent sincèrement, parfois à contre-courant de leur propre organisation.

Le Parti est un détachement du prolétariat international. Il fait tout son possible pour la juste application de l’internationalisme prolétarien, à savoir travailler pour le développement du mouvement révolutionnaire et de la lutte révolutionnaire dans son propre pays tout en soutenant cette même lutte, cette même ligne dans tous les pays. Il se bat pour la tenue d’une conférence internationale des maoïstes du monde entier pour mettre sur pied une nouvelle Internationale.

2. Le Front Uni

Le Parti seul ne suffit pas pour la révolution, il a besoin de construire de nouvelles structures pour développer la lutte révolutionnaire. Ces structures doivent être un contre-pouvoir au pouvoir d’État en place quel que soit le gouvernement. Ces structures doivent être un véritable outil de combat du prolétariat et des couches populaires. Elles ne doivent pas être des coordinations de lutte, mais des structures stables, autonomes sur le plan organisationnel, indépendantes politiquement des partis et organisations social-démocrates, révisionnistes et opportunistes.

Ces structures forment le front rassemblant toutes celles et ceux qui veulent s’unir pour lutter contre le patronat, la bourgeoisie et son État, regroupant les larges masses populaires qui ont intérêt à la révolution en se basant sur le fait que « ce sont les masses qui font l’histoire ».

Les secteurs principaux où le front doit se développer sont les usines et autres entreprises, les quartiers populaires, les établissements scolaires et universitaires. Les questions transversales telles que l’antifascisme, l’anti-impérialisme, l’anticolonialisme, le féminisme prolétarien révolutionnaire, doivent être développées par ce front.

Dans les usines et entreprises, ces structures doivent regrouper syndiqués et non syndiqués sur la base de la nécessité de reconstruire un syndicat de classe, outil indispensable pour se défendre contre la bourgeoisie et avancer la lutte révolutionnaire. Cette nouvelle structure regroupe les éléments les plus combatifs. Ses slogans stratégiques sont abolition du salariat et du patronat, fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, réorganisation de la société au service du peuple, etc. Son rôle est double : éducation et lutte politique et économique, qui sont intimement liées puisque la pratique permet de vérifier la théorie qui elle-même s’enrichit par la suite. Ainsi, cette organisation doit pousser à l’organisation de grèves politiques et doit lier les revendications économiques avec des revendications politiques, mettant toujours en avant que « sans le pouvoir, tout est illusion ». Elle prend comme inspiration les grèves étendues de 1936 et 1968 pour bloquer la production et pousser le patronat dans les cordes, ainsi que l’expérience du travail d’usine de la Gauche Prolétarienne tout en tenant compte des limites de ces expériences.

Concrètement, les vagues de luttes ouvrières depuis 2008 ont mis en pratique certains de ces aspects. On a pu voir des comités de lutte rassemblant syndiqués et non-syndiqués dans lesquels les ouvriers et ouvrières avaient leur mot à dire ; on a pu voir des slogans politiques avancés par certaines luttes ; on a pu voir des luttes ayant des références historiques. Ce qui manque maintenant est la systématisation de ces pas en avant et le dépassement de la simple « convergence (ou coordination) des luttes » en formant une organisation stable et s’inscrivant dans la durée.

Dans les quartiers, il s’agit de construire une structure populaire de lutte prenant en main les divers problèmes qui se posent et organisant de nouvelles structures indépendantes, par exemple des groupes anti-expulsion, des comités d’entraide entre femmes, chômeurs, des comités de sans-papiers, de lutte contre le racisme etc. Les jeunes et les femmes doivent avoir un rôle important, dirigeant dans ces comités de quartiers, car les premiers portent l’avenir et les secondes ont le plus à gagner de la révolution.

Concrètement, nous avons pu voir que sur la question du logement, notamment en région parisienne, de tels groupes peuvent se former. La tâche la plus difficile est de maintenir une structure stable et d’unifier les différentes luttes du même champ.

Dans les établissements scolaires et les universités, la question principale à laquelle sont confrontés les étudiants est la mise au pas de l’éducation au service du Capital, des intérêts privés. Les établissements privilégiés pour l’action du Parti sont les lycées professionnels, les CFA et les universités mais le Parti ne se ferme pas aux autres possibilités lorsqu’elles se présentent. Lors des mouvements lycéens et étudiants, il faut agir sur la question du lien étudiant-ouvrier et de leur renforcement réciproque dans la lutte, en mettant toujours en avant le rôle déterminant de la classe ouvrière.

Concrètement, les expériences d’unité à la base entre les étudiants et ouvriers, principalement, mais aussi élargies aux autres secteurs de la société, sont des premiers pas. Plusieurs initiatives ont déjà été menées dans ce sens et il faut en tirer les leçons et systématiser leurs réussites (par exemple, l’unité qui s’est construite autour des raffineries durant la lutte pour les retraites à l’automne 2010).

De manière générale, notre travail doit se faire sur une base de zone géographique. Il faut lier la lutte dans les entreprises à la lutte sur le lieu d’habitation, faire du travail de zone tout en donnant priorité à l’intervention sur les lieux de travail. Nous devons également renforcer le lien entre population rurale et urbaine en créant des réseaux d’entraide ville-campagne/campagne-ville. Par exemple, lors d’une grève dure, les paysans peuvent apporter de la nourriture aux grévistes et lors d’une mobilisation paysanne, les ouvriers peuvent apporter leur soutien.

Les communistes doivent aider à la formation de telles structures indépendantes des formations réformistes afin de ressouder l’Unité Populaire pour la lutte immédiate au service du peuple, mais aussi pour qu’elles soient un instrument démocratique aux mains des masses en construisant les bases du nouveau pouvoir.

3. La Force Combattante

La Force Combattante c’est la force de combat du parti, c’est un instrument militaire indispensable à la conquête du pouvoir par la guerre populaire, et nous ferions une erreur en mettant cette question

de côté. La bourgeoisie dispose des forces de répression officielles et de leurs alliés fascistes, les communistes eux doivent également disposer d’une force capable de mener l’affrontement de classe sur le plan militaire. La Force Combattante se place sous la direction du Parti car c’est la politique qui guide le fusil et non l’inverse.

Le développement d’une force combative est nécessaire, cependant elle doit correspondre à la réalité du développement du mouvement révolutionnaire et à l’intensité de l’affrontement de classe. Nous devons nous prévenir de toute dérive militariste car dans la situation actuelle, et au vue de l’état de nos forces, cela mènerait le mouvement ouvrier vers une défaite. Cependant nous devons également nous garder de l’attentisme en remettant à demain les tâches qui nous incombent.

Nous pensons comme le président Gonzalo que les trois instruments du prolétariat doivent se construire de façon concentrique, il nous faut donc envisager la question de la force armée d’un point de vue pratique.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas à l’époque des fusils généralisée, cependant nous somme à celle de l’affirmation de la nécessité de la violence révolutionnaire, cela en théorie et également en pratique.

Si nous ne pouvons pas construire une Force Combattante stricto sensus, nous pouvons néanmoins prendre certaines habitudes dans cette direction. Nous pouvons aussi développer la violence révolutionnaire de basse intensité, couplée avec le mouvement de masse et répondant aux objectifs du Parti.

La construction d’une structure d’organisation combative non armée militairement est donc un objectif intermédiaire, un acte volontaire qui permettra de structurer une pratique déjà existante dans notre mouvement (attaques de locaux, de cibles symboliques, manifestations,…). Les actions menées doivent toujours être des actions en lien avec les masses et leur niveau de conscience à un endroit et à un moment donné. C’est en ciblant les ennemis déclarés et reconnus par le peuple que nous pouvons propager dans ce dernier la nécessité de la violence révolutionnaire.

Nous devons également réfléchir à la question des paliers de violence, car la violence révolutionnaire c’est avant tout la violence du peuple par le peuple, nous devons donc travailler pour favoriser la violence des masses contre leurs oppresseurs.

Pour résumer, la situation n’est pas à la construction d’une armée populaire et le chemin vers le déclenchement de la guerre populaire est encore long. Cependant notre niveau de développement nous permet d’envisager à court terme de structurer notre pratique de la violence révolutionnaire de basse intensité, et donc de développer de façon concentrique le troisième instrument de la révolution tout en gardant bien à l’esprit, comme l’a indiqué Mao, que « le Parti commande aux fusils, et il est inadmissible que les fusils commandent au Parti. »

4. Le développement

La construction concentrique des instruments de la révolution implique un renforcement graduel et mutuel de chaque instrument au cours de leur développement respectif.

Le cœur étant le Parti, il est clair que c’est son renforcement et son développement qui doit être au cœur de nos préoccupations. Sans cela, nous tomberons soit dans le frontisme (tout passe par le Front Uni) ou le militarisme (l’aspect militaire de la lutte est ce qui détermine le reste), ces deux déviations ayant des répercussions telles que le développement de l’opportunisme, du sectarisme, du spontanéisme ou encore du légalisme, etc.

Le Parti se construit dans le feu de la lutte de classe et en lien étroit avec les masses. Le Parti encourage donc les éléments les plus avancés que ses militants repèrent à rejoindre ses rangs et renforce la formation politique et idéologique. Les nouvelles recrues passent en même temps par la pratique et le travail de masse.

La question de l’établissement de la direction du Parti dans les luttes, dans le front et dans les organisations constituant le front n’est pas une question de déclaration. La direction se gagne par la lutte. Les membres du Parti doivent donc prouver aux yeux des masses leur engagement, leur détermination et la justesse de la ligne, principalement au niveau pratique. C’est comme cela que nous pourrons conquérir un rôle dirigeant. C’est un travail de long terme qui demande beaucoup d’investissement personnel et collectif. La ligne qui peut sembler la plus juste au niveau théorique ne sera d’aucune utilité si elle n’est pas mise en pratique. De même que la pratique la plus intensive n’aura aucune utilité si elle n’est pas guidée par la théorie révolutionnaire. Dans les deux cas, nous ne récolterons aucun fruit.

Les organisations du Front ne peuvent être des coquilles vides, c’est à dire des organisations dont on déclare la constitution uniquement parce qu’on les estiment nécessaires. Les organisations du Front se développent en fonction des nécessités et des conditions dans laquelle la lutte de classe prend place, très souvent en lien avec d’autres forces, et les militants du Parti s’investissant dans leur création et/ou leur développement doivent y impulser la ligne du Parti. Ces organisations peuvent être déjà existantes. La question du Front n’est pas une question formelle d’adhésion à une plate-forme. Ceci ne peut être qu’un aboutissement d’un travail de longue durée. La question du Front est

celle d’unir autour de la ligne définie par le Parti pour le Front, les masses en lutte et leurs organisations. Dans ce sens, la plate-forme du FRAP est une bonne base pour le travail de construction du Front (voir Annexe).

Le Front a un double usage pour le Parti : 1. développer la lutte de classe et de masse sous une forme organisée et consciente ; 2. recruter des membres ayant fait preuve de leur détermination et de leur potentiel. Concernant la Force Combattante, il est clair que son embryon est déjà en formation dans la pratique que nous avons. Il nous reste encore plusieurs étapes à franchir avant de formaliser toute création. Son développement se fera évidemment en lien avec le développement des deux autres instruments et en fonction des nécessités imposées par la lutte de classe.

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