Le racisme

Textes de base du Parti Communisme maoïste

Chapitre 6. Prolétaires immigrés

V. Le racisme

Le racisme est quelque chose d’objectif, ce n’est pas un sentiment, des gens qui décident d’être racistes. C’est un processus systémique qui ne demande pas forcément le concours conscient des racistes.

Il n’est de raciste que d’un groupe social dominant envers un groupe dominé, le « racisme anti-blancs » est une fabulation de la même manière qu’un soit-disant impérialisme algérien en France est impossible.

En France, les racismes les plus développés sont contre les Juifs, les « Musulmans » et les Roms.

* Le racisme plus ou moins « classique », en fonction de la couleur de peau ou de la forme du visage. Il s’est particulièrement développé avec le commerce triangulaire, avec la séparation entre esclaves noirs et maîtres blancs. Dans les vieilles colonies de l’ancien régime (aujourd’hui DOM TOM ou Haïti), les sociétés coloniales ont dès le début construit une hiérarchisation sur cette base, avec des populations intermédiaires (métis). Les colonialistes du 19ème siècle ont continué à développer ce schéma, en le théorisant pour légitimer la soumission des peuples sous sa tutelle en mesurant les cranes, en hiérarchisant les différents peuples. Aujourd’hui, il a moins bonne presse, mais il existe encore, de manière plus ou moins masquée et sert en partie à légitimer la domination économique sur les peuples des pays soumis à l’impérialisme et sur les populations immigrées dont les aïeux ont connu la colonisation.

* Le racisme anti-juif est très ancien et ancré dans la société française. Il vient du fait que l’usure étant condamnée par l’Église, elle a obligé les Juifs à s’en occuper pour ne pas empêcher l’accroissement de l’investissement. Pour cela, elle n’a pas hésité à empêcher les Juifs d’occuper de nombreux métiers comme le travail de la terre par exemple.

Il y a trois vagues de racisme anti-juif : le vieil antisémitisme religieux avec les pogroms organisés par l’Église et les féodaux ; celui théorisé et mis en application par les nazis avec la solution finale ; et une troisième vague qui a démarré dans les années soixante-dix et basée sur le révisionnisme historique, aujourd’hui représentée par Alain Soral en France.

* L’islamophobie recouvre plusieurs racismes : grossièrement contre les Arabes, contre les Noirs et contre les Turcs. C’est un outil très important pour la bourgeoisie (comme l’attestent les chroniques de Finkelkraut, de Zemour dans les médias les plus importants) et il est très implanté et décomplexé (croyance que tout Arabe est musulman comme l’a fait Hollande en désignant une victime de Merah comme musulmane juste en fonction de son nom et de son teint).

Le terme de « musulman » renvoie à l’Algérie coloniale où il était question de « français musulmans » pour les différencier des soi-disant « vrais français ». Ce terme et ce racisme caractérisent en partie la revanche des fascistes pro-Algérie française.

En plus, stigmatiser les « musulmans » permet de ne pas se poser directement en raciste selon les critères de politesse que l’on a vu plus haut. Il permet même de faire croire qu’on le fait au nom du féminisme et de la lutte contre l’obscurantisme religieux. On a pu l’observer lors des différentes affaires du foulard, burqa, etc.

* Le racisme anti-rom est assez développé en France. Il est utilisé par la bourgeoisie pour faire croire qu’il existe une minorité rejetée par la majorité. La bourgeoisie tente ainsi de les isoler des autres exploités, des autres opprimés. Elle les présente comme des gens à part, voleurs de poules, d’enfants, la Cour des miracles. C’est un moyen de les séparer de leurs frères et sœurs de classe. Les travailleurs et travailleuses redoutent de se retrouver dans la même situation, les préjugés au sein du peuple servent la bourgeoisie pour diviser les exploités, en neutraliser une partie. Certains en arrivent à penser que pour en finir avec le spectre de la misère, du déclassement, il faut en finir avec les Roms. C’est pour cela qu’aujourd’hui en France et en Europe, il se produit des pogroms.

Le racisme, c’est penser que la France a un rôle particulièrement progressiste dans l’histoire, que la culture (ou cuisine) française est supérieure aux autres, que la France doit intervenir en Afrique pour pacifier les « sauvages », que l’Américain va sur la lune alors que l’Africain ne sait pas faire autre chose que mourir de faim (voire imagerie dans les livres scolaires), que l’Arabe est sexiste, qu’il faut libérer les filles voilées, qu’un Noir va vous agresser, qu’une personne de couleur est forcément moins cultivée ou instruite qu’un blanc,…

Le racisme, comme le sexisme, est une arme aux mains de la bourgeoisie pour opprimer encore plus une partie du peuple, pour diviser le peuple et l’empêcher de vaincre, comme l’a montré le débat sur « l’identité nationale » qui sert à attaquer les personnes (Roms, musulmans,…) jugées pas assez intégrées à l’Etat français.

La bourgeoisie répand le racisme avec son école (ex : en schématisant dans l’apprentissage des religions, les chrétiens détiendraient en eux l’amour, la charité et la compassion et les musulmans seraient tous des adeptes du jihad et de la violence), ses télévisions et toutes les images qu’elle véhicule via les médias qu’elle possède.

Et il faut reconnaître que ce racisme est repris au moins en partie dans la classe ouvrière du fait du vide idéologique et de l’absence de perspective révolutionnaire portée par un parti. Cependant, quelqu’un qui vit et travaille en tant qu’ouvrier ou ouvrière avec des ouvriers ou ouvrières doit se rendre compte de qui sont ses ennemis et de qui sont exploités comme lui voire plus que lui. Cette prise de conscience s’accentue à travers la lutte et d’autant plus quand une perspective politique révolutionnaire est portée. En revanche, le racisme prend plus profondément dans l’aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie qui profitent du pillage des pays dominés ainsi que de l’exploitation de la classe ouvrière.

Le racisme touche aussi la bourgeoisie. Certes, elle est unie pour attaquer le prolétariat mais elle s’affronte entre fractions quand il s’agit de partager le butin issu de l’exploitation.

Le racisme est un fléau et il doit être combattu sans relâche où qu’il soit. Cependant, il n’apparaît pas de la même manière en fonction de la classe sociale. Chez les ouvriers et ouvrières, c’est souvent très cru. Il est donc facile de le repérer et de le combattre.

Il n’en est pas de même au sein de la petite bourgeoisie, dont chacun de ses membres a appris quelles opinions étaient socialement acceptables ou pas. Pour un petit bourgeois, le racisme se résume à un jeu d’expression, à de la politesse. C’est-à-dire qu’il ne faut pas dire que « les races sont inégales », il faut condamner publiquement Hitler ; il ne faut pas dire d’insultes du genre « sale arabe, sale juif, sale noir,… » mais le petit bourgeois s’accorde néanmoins le droit de penser que « tout ne se vaut pas » et « que décidément, on n’est pas pareil ». Le racisme s’exprime plus facilement au sein de la bourgeoisie puisque cette dernière manipule à son aise le langage qu’elle a elle-même institué.

C’est ainsi que le plus grand crime de SOS Racisme n’est pas tant la récupération de la Marche pour l’Égalité mais d’avoir fait croire que le racisme c’est de l’impolitesse et donc d’avoir tenté d’imposer l’antiracisme comme de la politesse. C’est inutile et contre-productif dans le combat contre le racisme d’où ils se sont en plus permis d’exclure les premiers concernés puisque « le pote » c’est l’autre. Les organisations « anti-racistes » bourgeoises sont pour cette raison dangereuses, elles excluent de par leur pratique le peuple, elles sont paternalistes et font de l’anti-racisme une affaire de « petits blancs » maniant bien la « langue » officielle française, avec quelques représentants des populations racisées, mais toujours exposés jamais acteurs. C’est pourquoi il ne peut pas y avoir d’antiracisme conséquent sans dénonciation de l’impérialisme.

La société « française » est gangrenée par le racisme. Comment cela est-il possible ?

Les médias comme les systèmes d’endoctrinement étatiques (écoles) présentent les inégalités entre deux pays sans parler de l’impérialisme qui empêche pourtant le pays dominé de se développer. Il en ressort que celui ou celle qui n’a pas ou ne veut pas avoir conscience des conséquences de l’impérialisme, face à deux concurrents dont l’un s’en sort mieux, pense que l’un est meilleur que l’autre. Et ce qui est vrai au niveau des pays l’est aussi au niveau des individus. Il pense donc qu’il y a inégalité de capacités entre un individu d’un pays dominé et celui d’un pays dominant. Ce qui se résumerait par le fait que les « blancs sont supérieurs ».

Occulter l’impérialisme favorise le racisme. C’est la même chose quand on fait croire que les semi-colonies sont des pays indépendants comme certains le font avec l’Algérie ou l’Afrique francophone. Or, c’est faux ! Ces pays ne sont pas réellement indépendants même si l’armée française s’est retirée. L’argent du pétrole et du gaz revient en France.

Certains occultent le rôle de l’impérialisme dans les causes du racisme pour ne se focaliser que sur un inconscient colonial qui perdurait comme étant un héritage des zoos humains des années 30. Le racisme est effectivement dans la culture française mais ne voir que cette partie du problème ne mène à rien si ce n’est croire qu’il faudrait « éduquer » les français.

Cela dit, cette position est compréhensible pour les petits bourgeois immigrés ou issus de l’immigration qui fonctionnent politiquement à l’affectif. Il leur est tout simplement impossible de reconnaître que la libération nationale n’a pas été un succès et que leurs aïeux sont morts pour rien.

Un autre facteur qui permet au racisme de prospérer, c’est de masquer l’exploitation en France. Si on montre l’exploitation, on est obligé de parler des trente glorieuses autrement et de montrer les immigrés qui travaillent en habitant dans les bidonvilles. On est obligé de dire que ce sont notamment les ouvriers immigrés qui ont reconstruit la France après la guerre et qu’aujourd’hui, ce sont eux qui s’échinent sur les routes et dans la construction.

Le racisme étant le fruit de l’exploitation, du colonialisme et de l’impérialisme on ne peut donc pas le combattre efficacement si on ne met pas en avant cette même exploitation, ce colonialisme et cet impérialisme. C’est pour cette raison que les communistes ont un grand rôle à jouer dans ce combat anti-raciste prolétarien.

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